GOLIATH

Goliath – Marchands de doute

« Un bon avocat, il connaît la loi. Un grand avocat, il connaît le juge. »

Goliath - affiche

France, professeure de sport le jour, ouvrière la nuit, milite activement contre l’usage des pesticides. Patrick, obscur et solitaire avocat parisien, est spécialiste en droit environnemental. Mathias, lobbyiste brillant et homme pressé, défend les intérêts d’un géant de l’agrochimie. Suite à l’acte radical d’une anonyme, ces trois destins, qui n’auraient jamais dû se croiser, vont se bousculer, s’entrechoquer et s’embraser.

Avec Goliath, Frédéric Tellier raconte de manière frustrante une histoire qui parle de gens frustrés. Dès les premières secondes du film, il rend ses intentions claires en affichant ces mots : « Bien qu’inspirés en partie de faits réels, les personnages et situations décrits dans ce film sont fictifs. Néanmoins, toute ressemblance avec des évènements réels, des personnes mortes ou vivantes n’est ni fortuite, ni involontaire ». Ainsi, si les acteurs dont il est question dans le film relèvent de la fiction (notamment les pesticides, dénommés tétrazine et la société agrochimique, Phytosanis), l’histoire reste quant à elle non seulement loin d’être fictive, mais encore très actuelle. Bien que ce type de scandale ne soit pas nouveau et revienne régulièrement dans les médias à travers le monde, Tellier s’est surtout inspiré de la méga corporation Monsanto pour élaborer son récit. Il met notamment la lumière sur la situation en France, où le pesticide le plus répandu de la compagnie, le glyphosate, est toujours autorisé jusqu’en décembre 2022, et ce, malgré les recommandations du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), ces derniers déclarant le produit comme ‘’cancérogène probable’’.  C’est en parlant ainsi du lobbyisme, un sujet qui, s’il est connu de tous, reste un phénomène dont les fonctionnements demeurent relativement obscurs que Tellier illustre le paradoxe entre l’utilisation de produits cancérogènes connus et l’impossibilité pour les agriculteurs de se tourner vers d’autres alternatives étant donnée l’omniprésence du produit.

La privatisation de la nature

Pour élaborer son récit, Tellier préconise une forme s’apparentant à la fois au thriller et au film choral. En effet, le film est raconté en trois points simultanés : premièrement, avec le personnage de France (Emmanuelle Bercot), censée représenter le « petit peuple »,  ces gens qui restent souvent dans l’ombre des manigances corporatives,  mais aussi surtout ceux qui écopent le plus des décisions de ces dernières. Deuxièmement, le personnage de Patrick (Gilles Lellouche), avocat spécialisé en droit environnemental, « good cop » qui se dévoue corps et âme aux causes de ses clients et semble travailler beaucoup trop de temps supplémentaire. Finalement, la trame la plus intéressante du film est dédiée au personnage de Mathias (Pierre Niney), lobbyiste brillant et machiavélique pour Phytosanis. 

Goliath - France (Emmanuelle Bercot)
France (Emmanuelle Bercot)

Lorsque je précisais plus haut que le film ne fait que s’apparenter au film choral, c’est que Tellier semble être indécis sur l’allure qu’il désire donner à son film, utilisant les codes des deux genres de manière frustrante sans jamais proprement s’investir. Si dans la plupart des films qui prennent cette forme, les différentes trames finissent par se croiser, donnant au spectateur la satisfaction appropriée d’avoir pu suivre plusieurs trajectoires (idéalement aussi intéressantes les unes que les autres), les trois personnages principaux de Goliath ne sont reliés que par leur rapport aux pesticides. Bien que ceux-ci fassent des vagues rencontres entre les uns et les autres au courant du film, le manque de direction commune aux trois personnages empêche un réel attachement du spectateur vis-à-vis le récit, et en ressort alors plutôt une impression de regarder trois films séparés. Cette impression est rendue d’autant plus frustrante par le fait que beaucoup de scènes ne semblent pas avoir d’utilité précise. Notons par exemple celles qui montrent le personnage du lobbyiste dans son environnement familial; si l’intention d’humaniser un personnage aux abords aussi froids est compréhensible, une trop grande partie du film s’y attarde, et il aurait été intéressant de plutôt utiliser cet espace pour resserrer le récit autour de la cause principale.

Une écologie de rendement

Malgré son montage chaotique et sa construction qui tombe un peu à plat, il est difficile de ne pas s’identifier aux personnages du film (du moins, les moins machiavéliques). Tellier est très conscient du sérieux du sujet qu’il tient entre ses mains, et il en profite pour démystifier un sujet trop souvent mal (ou pas) représenté dans les médias. Ainsi est-il pénible de voir les déboires et les conséquences de l’utilisation de pesticides à aussi grande échelle, frustration d’autant plus amplifiée par le sentiment d’impuissance des victimes et le statut intouchable des dirigeants des compagnies. 

GOLIATH - Mathias (Pierre Niney)
Mathias (Pierre Niney)

En outre, si le film est loin de se démarquer sur le plan formel et narratif, nous retirons tout de même une plus grande connaissance des enjeux démontrés, et à l’image des manifestants dont il est question, le film réussit sa mission. Bien qu’il s’agisse de sujets complexes, sujets où la malhonnêteté et la désinformation règnent, Frédéric Tellier prend bien soin d’illustrer les dynamiques à l’œuvre dans ce type de corporation. Ainsi, sortons-nous du visionnement avec au mieux un certain espoir et une clairvoyance accrue, au pire avec une forte impression cynique que le combat est loin d’être terminé.

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
Goliath
Durée
122 minutes
Année
2022
Pays
France
Réalisateur
Frédéric Tellier
Scénario
Simon Moutaïrou et Frédéric Tellier
Note
5 /10

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Fiche technique

Titre original
Goliath
Durée
122 minutes
Année
2022
Pays
France
Réalisateur
Frédéric Tellier
Scénario
Simon Moutaïrou et Frédéric Tellier
Note
5 /10

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