[Histoires d’immigrants Francophones] Résonances du passé (courts métrages)

Voici notre couverture du programme 2 des courts métrages : Résonances du passé.

Y’a bon? (Marc Faye) — Sénégal

J’ai ressenti un malaise…

Le 23 février 2005, la radio annonce un projet de loi sur les bienfaits de la colonisation française. Cette annonce vient troubler le quotidien de Louise et de sa famille. Sa maison se révèle être habitée par d’étranges présences.

Y'a bon

Film d’animation sur la colonisation des pays africains dans les années 40 et 50 et, surtout, film habile à nous faire sentir un malaise persistant de l’époque des colonies. Le chat voit tous les fantômes du passé, les tortures, exécutions, etc. 

Puis, comme une faveur que la France ferait à ses ex-colonies, le fameux chocolat Y’a bon? , cacao additionné de farine de banane faisait le bonheur des enfants français qui n’ont aucune conscience du passé colonialiste de leur pays. Dessin habile.

Le slogan Y’a bon? a été banni pour des raisons racistes, mais un malaise persiste…

Note : 8/10

Son Indochine (Bruno Collet) — France

Colère 

Lors de l’anniversaire d’Émile, un événement fait ressortir son passé d’ancien combattant. Un passé qu’une partie de sa famille ne veut plus entendre…

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Émile a 80 ans, c’est son anniversaire. Un cadeau de sa petite-fille le replonge en pleine guerre d’Indochine. La colère, la honte. Il boit beaucoup. Aujourd’hui, on appellerait ça un syndrome post-traumatique. Un beau et bon grand-père à qui on a volé le droit de vivre sa vie en paix. 

Ce film est un petit chef-d’œuvre. Un procédé de dessin par superposition avec des vrais acteurs, un détail extrêmement efficace. C’est d’une beauté saisissante, malgré le sujet troublant. Le titre évoque que les cauchemars d’Émile sont uniquement son problème à lui, dans ce monde individualiste.

Un très bon film à voir!

Note : 10/10

Allée des jasmins (Stéphane Ly-Cuong) — France

On ne restera pas longtemps…

Au début des années 1960, Loan, une jeune Vietnamienne, et Pierre, son mari eurasien, sont relogés dans un village d’Auvergne, dans le cadre d’un programme de réinstallation de ressortissants français d’Indochine. Loan pense que la situation n’est que temporaire et qu’elle retournera bientôt au Vietnam.

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Un film tourné en Auvergne. 

Des Vietnamiens fraîchement débarqués pour échapper à la guerre s’installent en France. Loan dit : « de toute façon, on ne restera pas longtemps! » Ça dit tout de ce film et de l’état d’esprit de bien des réfugiés de toute époque. Certains tournent le dos à leur pays et s’engagent dans une nouvelle vie avec l’énergie positive qu’il faut pour réussir. D’autres, comme Loan, n’arriveront jamais à se déraciner de la mère patrie même sachant le retour impossible. La scène de la visite du fonctionnaire est très bien réussie. On sent tout le décalage entre lui et ses « clients ». L’histoire nous dira que même après plusieurs années, elle est toujours à dire : « on ne restera pas longtemps… » 

Ce film est tourné simplement, peu de dialogue, peu de budget, mais avec une très belle clarté du sujet. On illustre très bien que ces gens ne se sentent pas chez eux. Et la résistance au changement est un obstacle au bonheur, selon des études sérieuses. Loan élèvera sa fille à cheval sur deux pays, deux cultures. Une scène touchante où elle jette un regard sur sa fille résume bien l’intention de ce film.

À voir malgré quelques faiblesses.

Note : 8.5/10

Saigon sur Marne (Aude Leplège-Ha) — France/Belgique

Naïf 

Entre deux tâches ménagères, un couple de petits vieux raconte à leur petite-fille leur vie entre le Vietnam et la France, au temps de la guerre. De leur rencontre, à l’âge de 20 ans, jusqu’à aujourd’hui, ils détaillent les grandes étapes de leur relation, parlant de l’exil et de l’immigration, tantôt avec humour, tantôt avec gravité.

Saigon sur Marne

Un dessin assez simpliste, enfantin même, une petite-fille de grands-parents avec lesquels elle veut réaliser une entrevue micro, qui fuient en s’adonnant plutôt à leurs tâches quotidiennes. 

Le grand-père raconte quand même des bribes de sa vie et de la rencontre avec sa femme, mais tout ça est fait dans une atmosphère très légère, comme sans intérêt.

Et ça donne malheureusement un film joyeux, mais sans grand intérêt. L’accent difficile du grand-père n’aide aucunement l’attention. Une histoire un peu floue.

Note : 6.5/10

Comme un fleuve (Sandra Desmazières) — Canada/France 

J’aurais du rester…

Deux sœurs grandissent au Vietnam pendant la guerre et vont être séparées par les conséquences du conflit opposant le Vietnam du Nord et celui du Sud.  Après la chute de Saïgon en 1975, Thao, adolescente, doit quitter son pays avec son oncle. Sa grande sœur Sao Maï, à peine plus âgée, reste avec ses parents, nourrissant l’espoir de la rejoindre bientôt. Mais leur séparation va durer près de vingt ans au cours desquels les lettres qu’elles échangent sont leur seul lien, exutoire à leur solitude. Thao et Sao Maï y font le récit de leur quotidien, de leurs souvenirs, de la guerre et de ses fantômes.

Comme un fleuve - avant Entrevues exclusives
Comme un fleuve de Sandra Desmazières fait partie du programme de courts métrages Résonances du passé.

Film d’animation d’une grande beauté et d’une grande intensité. Pendant la guerre du Vietnam, des familles sont déchirées par les morts quotidiennes, mais aussi par les départs précipités de certains qui trouvent l’opportunité de quitter l’enfer pour un passage même incertain vers une terre promise. Ici c’est la Malaisie, puis Montréal. 

Deux sœurs sont ainsi séparées, la plus vieille est restée au Vietnam, son nouveau copain a été abattu par l’ennemi. 

Dans ce récit, l’ennemi c’est la guerre, peu importe du côté duquel on se trouve. Est raconté d’une façon très sensible, cette histoire qui est semblable à des centaines de milliers d’autres nous ramène à l’essentiel : les liens familiaux, la paix. Dessin naïf superbe!

Note : 10/10

Bach Hông (Elsa Duhamel) — France

Il pleut des bombes sur mon pays.

« La guerre n’est pas encore là. » dit la voix de Jeanne Dong, que nous entendrons tout le long de ce récit sur la guerre et la fuite du Vietnam en 1975. Dessin efficace et beau.

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Une approche intelligente que celle d’Elsa Duhamel, qui a laissé raconter une histoire très personnelle, vécue par Jeanne Dong qui parle de son passé singulier, mais sans rancune politique ou sociale, qui narre sa vie d’avant avec beaucoup d’émotions, mais sans jamais tomber dans le dramatique. Une voix chaude et agréablement familière. Si je devais donner un prix à ce film, ce serait pour la qualité de la voix de la narration.

La fillette devenue femme raconte son amour des animaux, mais surtout avec Bach Hông, un cheval formidable qu’elle avait le privilège de monter et avec lequel elle avait développé une relation très proche. Le cheval a été abattu par les communistes après leur arrivée à Saigon. 

Une enfance presque dorée, puis le monde s’écroule. Les boat people se dirigent vers la Malaisie, puis la France. À travers sa passion pour l’équitation, elle nous présente le parcours trop commun des gens qui doivent fuir leur pays. Un récit d’une grande beauté et d’une voix charmante, qui m’a charmé… 

Ce film est une belle réussite.

Note : 10/10

Le cercle d’Ali (Antoine Beauvais Boetti) — France

Ali bat bas…

Dans un centre d’accueil, Salman, un jeune Afghan de 22 ans, se prépare pour son audition à la Cour nationale du droit d’asile, l’obligeant à se confronter au souvenir de son premier et unique match de bouzkachi, le sport national d’Afghanistan.

Cercle d'ali

Le bouzkachi, une épreuve équestre afghane, ouvre ce film sur l’arrivée d’Ali, un jeune afghan, en France. Son audition devant le comité de sélection lui fera remonter des souvenirs très forts liés à son origine.

Il pratique le français sans trop le comprendre, mais il semble motivé à convaincre les juges. Des images fortes de l’Afghanistan, les chevaux en compétition féroce avec leur cavalier qui risquent leur vie pour l’honneur de la victoire. Entre-temps, une Jeep avec des gens armés représente, on l’imagine, les Talibans qui foncent vers les lieux de la compétition en tirant de leurs mitrailleuses.

Un drôle de film que l’on devine avec une formidable intention, mais qui est un peu déroutant. Une belle sensibilité, une simplicité aussi dans le jeu et dans l’image font quand même de ce film un moment intéressant où l’on apprend des valeurs afghanes et leur mérite immense de continuer à vivre.

Note : 8/10

Venue de loin (Shira Avnui et Serene El-haj Daoud) — Canada

Saoussan a envie de pipi!

Cette touchante histoire raconte les efforts d’adaptation à un nouveau monde de Saoussan qui, dans son pays, a connu les affres de la guerre. La fillette recherche une vie plus calme et plus sûre au Canada et, malgré les souvenirs de guerre et de mort qui la hantent, doit apprivoiser une langue et une culture étrangères. Venue de loin parle de notre capacité d’adaptation, de celle de Saoussan et de I’accueil des nouveaux venus.

Venue de loin

Venus de Beyrouth, Saoussan, une fillette de 7 ans, et son père apprennent la vie au Canada. Les premiers jours de classe sont éprouvants, la petite ne comprenant pas un seul mot de français. Puis, une deuxième envie de pipi lui donne la frousse, alors qu’un squelette avait été mis sur son chemin pour l’Halloween, qu’elle ne connaissait pas.

Un tout petit film très simple et sympathique pour démontrer l’angoisse énorme d’un enfant parachuté dans un pays et une langue étrangère. Très touchant, léger malgré les malheurs de Saoussan, mais très efficace.

Beau dessin.

Note : 9/10

Âme noire (Martine Chartrand) — Canada

Back to black

Une animation qui convie le spectateur à une plongée au cœur de la culture noire, à un rapide et exaltant voyage à travers les lieux qui ont marqué l’histoire de ces peuples. Le récit que transmet une vieille dame à son petit-fils fait défiler sous nos yeux une succession de tableaux peints directement sous la caméra, accompagnant l’enfant sur les traces de ses ancêtres.

Ame noire

Martine Chartrand réussit ici un tour de force d’illustrer l’Histoire des Noirs, du début des civilisations au jazz, en passant bien sûr par l’esclavage. Animation très dynamique et efficace. Des images de soumission et de révolte, des exécutions, des noyades, des récoltes de canne à sucre, tout est ciblé pour nous tenir en haleine pendant ces presque dix minutes d’une grande maitrise artistique.

Le début m’a charmé : une tasse de café dans lequel tombe un cube de sucre. Et la suite coule de source, le sucre, les esclaves, les Antilles et les colonies. 

Puis : I have a dream! 

La musique, le jazz, le sport où les Noirs sont champions, Oliver Jones…

Ce film sans paroles est un bijou universel!

Note : 9.5/10

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