Night Blooms - une

Night Blooms – Fucked Up

« – I’m sorry. I messed everything up for you guys.  
– You didn’t do it alone. He is a grown-up. He knows better. »
[– Je suis désolée. J’ai tout gâché pour vous.  
– Tu ne l’as pas fait toute seule. C’est un adulte. Il sait mieux.] 

Night Blooms - affiche

Night Blooms, de la réalisatrice canadienne Stephanie Joline, met en scène une jeune rebelle de 17 ans, Carly (Jessica Clement), qui commence une relation amoureuse avec le père de sa meilleure amie Laura (Alexandra McDonald) et fait vaciller ainsi non seulement la stabilité de son amant, mais aussi celle de toute la famille. Qu’en est-il de la question de la responsabilité lorsque l’adulte aurait dû « mieux savoir », mais que la jeune fille était celle qui a initié et réclamé la relation amoureuse? 

Carly, l’ado punk 

La première scène de Night Blooms, dans la chambre de jeunesse de sa protagoniste, situe le film tout de suite dans la perspective de l’adolescente provocatrice : les murs sont décorés d’affiches de chanteurs rock et la même musique criarde transperce les premières secondes de ce long-métrage. En son centre se trouve Carly : habillée en look punk, trop maquillée, avec des piercings qu’elle s’est faits elle-même et au regard méprisant envers le monde qui l’entoure. L’école, elle s’en désintéresse – pour finir condamnée à suivre des cours de rattrapage, en été, accompagnée d’un enseignant salace. 

Night Blooms - Carly ado punk
Laura (Alexandra McDonald) et Carly (Jessica Clement) à l’école

Les garçons de l’école, eux, ne lui procurent aucun plaisir, mais cela n’empêche pas de coucher avec eux dans la grange derrière le lycée. Lorsque l’un de ces derniers, Jason lui demande de cacher quelques affaires chez elle, elle est consciente du fait qu’elles ont été volées – mais elle accepte de le faire tout de même et se fait, peu après, menotter par la police en riant dans le couloir de l’école. « You need to take more responsability » [Tu dois prendre plus de responsabilités], cet énoncé de Laura, la meilleure amie de Carly, tout au début du film s’avère devenir son enjeu principal. Tout le comportement et le style vestimentaire de Carly manifestent une négation ostensible des règles conventionnelles – pourtant, on la voit feuilleter des magazines « féminins » et imiter les poses séduisantes des mannequins. Il est évident que la jeune rebelle cherche à attirer l’attention des autres, puisqu’à la maison personne ne semble se rendre compte de son existence. 

En quête d’une famille… 

Carly est délaissée non seulement par son père emprisonné depuis sa naissance, mais aussi par sa mère qui, même si elle n’est pas au travail, semble également absente lorsqu’elle se trouve à la maison – le regard fixé sur la télévision en fumant une cigarette après l’autre ou endormie sur le canapé. Comparé à la situation lamentable de sa propre famille, le foyer divorcé de sa meilleure amie Laura paraît presque comme une famille modèle – la mère s’occupe de ses enfants la plupart du temps et le père – ancien alcoolique – s’engage davantage dans la vie de sa fille. Wayne (Nick Stahl) laisse les filles désireuses de devenir des vedettes rock répéter au sous-sol bien équipé de sa maison, accepte que Carly passe les nuits chez eux et lui propose même de l’aider à réviser pour l’école. Lasse de ses aventures sexuelles avec ses camarades de classe avec qui elle prend toutes sortes de drogues afin de fuir la réalité morose de sa vie ennuyeuse, Carly s’agrippe à cet adulte qui constitue pour elle une première figure masculine honorable. Et comme la position de la fille est déjà occupée, comment s’assurer une place dans son cœur si ce n’est en se proposant comme sa maîtresse? 

… et d’un amant adulte 

Night Blooms - Et un amant adulte
Père et jardinier nocturne : Wayne (Nick Stahl)

Une fois que Laura s’est endormie, Carly rejoint Wayne et essaie de le séduire. Ayant regagné depuis tout récemment le contrôle de sa vie, Wayne sait ce qu’il peut perdre. Il repousse l’adolescente d’abord, mais succombe à ses tentatives quand elle revient le chercher dans son lit et qu’elle le réveille assise à califourchon sur son corps en pleine action… Après, l’homme a beau essayer de lui faire comprendre qu’il ne veut pas continuer ce qui n’aurait jamais dû commencer, Carly insiste… et, dans son chagrin de s’être fait rejeter, elle rend public leur secret. La nouvelle éclate comme un coup de tonnerre et ébranle la vie des deux familles impliquées et surtout celle de Carly… 

Sex sells… mais pas ici, heureusement!

Joline met en scène une relation amoureuse taboue sans la mettre en scène. Au lieu de montrer des scènes de sexe passionnantes entre un adulte et une ado, stratégie qui aurait su attirer un public plus large, la cinéaste se contente d’esquisser les rapports sexuels sans les présenter directement. En plus, le plaisir est quasi inexistant. Lorsque Carly se donne aux garçons de son école, elle pense à autre chose, lorsqu’elle se satisfait elle-même, elle ne ressent rien non plus et l’intermezzo avec Wayne se passe également de grandes émotions. Pourtant, la représentation sexualisée de la protagoniste sur l’affiche du film – mordant l’une de ces fleurs blanches à la floraison nocturne dont la couleur symbolise une innocence perdue depuis longtemps et dont la forme rappelle le sexe féminin – a laissé anticiper une autre direction du film qui, lui, pose plutôt la question de la responsabilité et de la culpabilité dans des cas possibles du « me too » plus complexes. Les relations des personnages dans Night Blooms ne sont pas faciles à saisir : Wayne est séparé de la mère de Laura, mais semble toujours l’aimer, Laura semble admirer Carly tout en la craignant, la mère de Laura semble aimer Carly comme une seconde fille même si c’est elle qui a causé la destruction de sa famille… Qui est coupable de ce qui s’est passé? Qu’est-ce qui peut être pardonné – à un niveau légal et à un niveau interpersonnel – et qu’est-ce qui restera impardonnable? Et finalement, comment peut-on vivre avec les conséquences irréversibles de nos actes? 

Nuancé, intelligent, convaincant 

Night Blooms est un film aux relations humaines nuancées et avec des acteurs dont la prestation est convaincante – Alexandra McDonald dans le rôle de la meilleure amie du rôle principal Carly me semble d’ailleurs particulièrement prometteuse. Le recours presque constant à de gros ou même de très gros plans permet de mettre l’accent sur le manque de perspectives et l’étroitesse de la vie en banlieue défavorisée ainsi que, dans un autre ordre d’idées, sur l’égoïsme de Carly. Night Blooms est donc, en dépit de son affiche ambigüe et du caractère un peu stéréotypé des personnages, un film à recommander fortement. 

Fiche technique

Titre original
Night Blooms
Durée
98 minutes
Année
2021
Pays
Canada
Réalisateur
Stephanie Joline
Scénario
Stephanie Joline
Note
7 /10

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Fiche technique

Titre original
Night Blooms
Durée
98 minutes
Année
2021
Pays
Canada
Réalisateur
Stephanie Joline
Scénario
Stephanie Joline
Note
7 /10

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