De son vivant – Accompagner l’inacceptable

 « Se dire adieu alors qu’on s’aime »

De son vivant - affiche

Un homme (Benoît Magimel) condamné trop jeune par la maladie. La souffrance d’une mère (Catherine Deneuve) face à l’inacceptable. Le dévouement d’un médecin (le docteur Sara dans son propre rôle) et d’une infirmière (Cécile de France) pour les accompagner sur l’impossible chemin. Une année, quatre saisons, pour « danser » avec la maladie, l’apprivoiser, et comprendre ce que ça signifie : mourir de son vivant.

De son vivant, ou accompagner l’inacceptable. Comment réussir à apprivoiser une nouvelle terrible ? Une vie encore non accomplie, un passé enfoui, un futur funeste. Une mère parfois trop présente qui aide son fils au quotidien,  un médecin dévoué et réaliste. Quelques personnages, quatre saisons, un travail inachevé. Une mort certaine mais préparée.

Choc brutal et nouvelle inacceptable

Dès la scène d’ouverture, le personnel médical est présent. Le médecin, souvent filmé en gros plan, guide et rassure ses collègues. Qu’est-ce que la présence ? Comment annoncer une nouvelle insupportable ?

Benjamin, le personnage principal, se présente comme un « acteur raté » auprès d’Eugénie, infirmière interprétée par Cécile de France. Adossé contre un mur, il la suit ensuite à travers l’hôpital. Un travelling les accompagne.

« Dites-moi ce que vous pensez que vous avez ? » demande le docteur Eddé à Benjamin. Sa mère arrive et la nouvelle tombe, certaine et insupportable : un cancer du pancréas, stade quatre.

Le médecin va proposer d’indiquer une date à Benjamin, en ce qui concerne le temps qui lui reste à vivre.

« Qu’est-ce que la pudeur ? » demande l’acteur lors des plans suivants, à ses étudiant.e.s qui préparent le concours du Conservatoire d’art dramatique. Ces jeunes apprentis vont apprendre à jouer des scènes de séparation, d’annonces brutales, parfois éprouvantes. 

Le film va entremêler des scènes où l’on voit Benjamin à l’hôpital et des scènes à son travail, comme une présentation en accéléré de ce que le personnage peut apporter aux autres, en l’occurrence, ses élèves.

Le temps et les saisons passent…

Entre présence et acceptation : saison après saison

Après le choc et le déni, l’acceptation. Cristal, la mère de Benjamin, interprétée par Catherine Deneuve, ne va pas supporter d’entendre que le cancer de son fils est une bataille « qui ne peut-être gagnée ». La présence de danseurs à l’hôpital la choque, comme si le bonheur s’était déjà échappé. 

De son vivant_ Catherine Deneuve - Entre présence et acceptation
La mère (Catherine Deneuve)

La réalisatrice, Emmanuelle Bercot, parvient à ne pas mettre le spectateur en situation de malaise, tout en étant proche du réel. La plupart du personnel soignant dans le film exerce le même métier dans la vraie vie. Les déplacements, gestes et paroles sont adéquats et précis. Le docteur Sara a relevé le défi d’interpréter son métier à l’écran.

Le personnel soignant évoque plusieurs fois au cours du film son ressenti en ce qui concerne le travail au quotidien. 

« Vous avez le droit de pleurer », leur souligne le docteur Sara. 

Alors que Benjamin glisse progressivement vers l’acceptation, ses élèves travaillent la pièce Andromaque de Jean Racine. Il s’emporte lors d’une répétition, comme si l’essentiel devait ressortir, sans « chercher à bien jouer ». Cette scène sera la dernière auprès de ses élèves, en classe.

Le docteur Eddé, dès le début du film, va instaurer un « pacte de vérité » auprès de Benjamin. Ou encore, le choix mais aussi la volonté de dire les choses comme elles sont. Ceci afin non seulement d’instaurer une relation de confiance avec ses patients, mais également afin d’aider à accepter le passé pour préparer le départ prochain.

Un passé à préparer 

« Pardonne-moi », « Je te pardonne », « Je t’aime », « Merci », « Au revoir ». Lorsque le docteur aborde la question du passé avec Benjamin, il lui suggère de souffler ces mots à ses proches avant de partir.

Le personnage principal a parfois l’impression que sa mère décide pour lui et c’est elle qui va prendre la décision d’appeler la mère de son enfant qu’il n’a pas reconnu, alors très jeune et sans recul nécessaire.

Son fils, élevé en Australie, va se rendre auprès de son père, mais ils ne seront dans la même pièce que le jour de la mort de celui-ci. 

De son vivant_ Catherine Deneuve et Benoît Magimel - Un passé à préparer
Le fils (Benoît Magimel) et et la mère (Catherine Deneuve)

Benjamin va avoir le sentiment de ne « laisser aucune trace », de « n’être essentiel à personne » et de « mourir sans avoir intensément vécu ». Or, une relation va se nouer entre Eugénie, l’infirmière et Benjamin. 

Peu de paroles mais des regards, comme si des affinités auraient pu se développer sans cette tragique nouvelle. 

Benjamin va suivre les conseils du docteur Eddé, et accepter le passé. Il va reconnaître son fils et c’est lui qui sera présent lors de son dernier souffle.

Sa mère, très présente tout au long de ce long chemin vers la mort, sera absente, et le personnel soignant, quant à lui, aura eu le mérite d’entourer Benjamin du début des soins jusqu’à son décès.

Ce film, considéré par la réalisatrice comme un « mélo », arrive à concilier réalisme et éléments dramatiques, sans surcharge émotionnelle. Les lumières tout comme les apparences sont dosées, et ce long-métrage est comme observateur d’un événement tragique, mais bien réel, de vie.

C’est peut-être dans ce subtil mélange que réside la réussite du film : au plus près de ses personnages, mais avec la distance nécessaire.

« Qu’est-ce que la présence ? » 

La vie de Benjamin aura été courte, mais sa présence immense aussi bien pour ses proches que le personnel soignant. 

Une vie inachevée et indispensable.

Note : 8/10

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
De son vivant
Durée
120 minutes
Année
2021
Pays
France
Réalisateur
Emmanuelle Bercot
Scénario
Emmanuelle Bercot et Marcia Romano

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Fiche technique

Titre original
De son vivant
Durée
120 minutes
Année
2021
Pays
France
Réalisateur
Emmanuelle Bercot
Scénario
Emmanuelle Bercot et Marcia Romano

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