Guerres — C’est pas une raison pour se faire mal!

« On ne survit pas tous… »

Guerres Poster Emma Ducharme (Éléonore Loiselle) vient d’avoir 20 ans et n’a rien devant elle. Pour suivre les traces de son père et remplir le gouffre existentiel qui l’habite, elle s’est enrôlée dans l’armée. Disciplinée, compétitive, fière; elle adhère assez rapidement à l’idéologie militaire et aux règles de plus en plus répressives auxquelles elle est soumise. D’un autre côté, le désir naît entre elle et son supérieur, le sergent Richard. Répondant à leurs pulsions, à leurs obsessions, et défiant les règles militaires, ils entreprennent une relation de plus en plus malsaine qui les mènera à leur perte.

Guerres n’est pas un film de guerre, mais un drame psychologique sur l’ambiguïté du viol, particulièrement lorsque le viol survient dans l’armée.

Sombre

Paul Richard (David Lahaye) est un sergent très dur et sévère de l’armée canadienne. Emma Ducharme, 20 ans, fille de militaire, s’engage à son tour pour donner un sens à sa vie. Elle cherche une orientation, elle est jeune. Elle trouvera plutôt la plus totale désorientation.

GUERRES - Sombre
Emma Ducharme (Éléonore Loiselle)

Guerres est un film aussi sombre dans son propos que dans sa réalisation. On ne parle pas ici d’un beau film, mais on ne se trompe pas en le qualifiant de bon film. Le film de Nicolas Roy joue sur plusieurs valeurs : la violence de l’armée, le caractère ultra masculin de l’armée et l’omerta de l’armée.

Malaise et ambigüité

Filmé très proche des personnages, avec beaucoup de chuchotements, on dirait que le malaise qui s’installe chez le spectateur est voulu. L’armée est là pour casser les caractères. « On ne survit pas tous… » annonce le sergent.

GUERRES - Malaise et ambiguité
Paul Richard (David Lahaye)

Le réalisateur réussit à illustrer la subtilité et l’ambiguïté des relations de séduction, de désir, d’attirance et de rencontre sexuelle. Il s’agit d’un viol entre un supérieur et une simple soldate, mais joué dans une ambiance ambivalente de désir bestial et de maladresse de deux êtres qui ne semblent pas avoir suivi les étapes normales de l’apprentissage de la vie et de la rencontre sexuelles.

Si le scénario n’avait pas été écrit par une femme (Cynthia Tremblay) on pourrait facilement douter du bien-fondé de cette histoire malheureusement réelle et multiple. 

Un viol, une accusation, un procès où la victime devient souvent l’accusée parce que les témoins se désistent — quand il y en a — et où on ne veut surtout pas ternir l’image de l’armée (ou du producteur de festival humoristique). 

La soldate Ducharme rencontre une psychologue, pour parler du viol qu’elle a subi, à laquelle elle avoue : « je me suis senti vivante… »

Pris au premier degré, ce film peut se lire comme un endossement au viol, où on nous fait jouer sur le consentement de la fille, mais aussi sur la maladresse et la violence du gars qui en fait un violeur. Mais un viol c’est un viol. Il y a violence, abus de pouvoir et de force.

Aller jusqu’au bout

J’ai passé presque tout le film avec le sentiment que je devais critiquer cette œuvre comme machiste et biaisée. Mais il faut aller jusqu’à la fin.

GUERRES - Aller au bout

La scène finale résume bien le film, et malheureusement la situation de ces trop nombreux cas. Et nous laisse sur une question : la vengeance serait-elle réparatrice ou encore plus destructrice?

Ainsi, le réalisateur nous laisse sur cette ambiguïté, ce viol qui devient presque un acte d’union entre ces deux-là. Pas pour le meilleur, mais pour le pire…

Très bon pour réfléchir sur le sujet.

Note : 9/10

Bande-annonce

Fiche technique : 

Titre original : Guerres
Durée : 84 minutes
Année : 2021
Pays : Canada (Québec)
Réalisateur : Nicolas Roy
Scénario : Cynthia Tremblay

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