Profession du père — Mythomane

« Profession du père : parachutiste. Il est parachutiste ton père, Émile? »

PROFESSION DU PERE AFFICHELyon,1961. Émile (Jules Lefebvre) a onze ans. Son père (Benoît Poelvoorde) est un héros : il raconte qu’il a été champion de judo, parachutiste, footballeur, espion et même conseiller particulier du Général de Gaulle. Maintenant il veut sauver l’Algérie française! Fasciné et fier, Émile est prêt à suivre son père dans les missions les plus dangereuses et s’en acquitte avec le plus grand sérieux. Mais si tout ce que raconte le père de ses exploits était faux? Et si toute cette aventure allait trop loin pour un enfant?

Avec Profession du père, Jean-Pierre Améris livre une adaptation sombre et poignante du roman éponyme de Sorj Chalandon. 

Papa mon héros

Profession du père montre l’amour inconditionnel d’un enfant pour son père, et combien il tombe de haut quand il comprend que ce héros n’en est pas un. 

PROFESSION DU PÈRE - Papa mon héros
Émile (Jules Lefebvre) et son père (Benoît Poelvoorde)

Il croit tout ce que lui raconte son père et l’apprécie, même si cela lui fait un peu peur, comme d’être associé aux actions politiques du père pro-Algérie française, d’espionner des gens avec des jumelles, de mettre une lettre anonyme dans une boîte aux lettres en pleine nuit… Jusqu’à ce projet complètement fou qu’a le père de tuer le Général de Gaulle. A priori, on pourrait trouver cela exagéré. Mais si vous avez un enfant, vous savez qu’à un certain âge, son père est ce héros, plus fort que n’importe qui. 

Mais qu’arrive-t-il lorsque ce papa est un mythomane dépressif? Parce qu’il y a, évidemment, un moment où le mensonge ne fonctionne plus. Et c’est là que ça dérape pour le petit Émile — brillamment interprété par Jules Lefebvre. Comment aimer encore ce héros déchu après et comment apprendre la résilience? Car non seulement la folie du père crée une névrose familiale, mais elle s’accompagne d’une violence psychologique et, éventuellement, physique. 

Reproduire la violence

La force du film d’Améris est de rappeler qu’une névrose familiale se fait toujours ensemble, que chacun des membres de la famille y participe. Tout est noué. Ici, la mère a peur. Pour se « protéger », elle se réfugie dans le déni. Elle est soumise, mais avec cette étrange force de caractère qui lui fait dire et penser que tout cela n’est pas grave, car au fond, elle aime son mari. Et que c’est ce qui compte. Ça et les apparences…

PROFESSION DU PÈRE - Reproduire la violence

Alors que le foyer familial est censé être un lieu où l’on se sent rassuré, il est plutôt le lieu de l’angoisse. « … ce thème, en effet, je le filme non seulement dans l’appartement, mais aussi dans le vieux Lyon dont le côté petit théâtre m’a bien servi. Je ne voulais de toute façon pas d’une reconstitution historique fidèle. Les rues sont fermées et le fait de n’y voir presque personne n’était pas imputable au manque de moyens, mais bien à une volonté de ma part pour faire de ce décor extérieur une sorte de petit monde mental qui est celui de l’enfance. » D’ailleurs, ce fut un réel plaisir pour moi que de voir le vieux Lyon, qui fut ma demeure pendant quelque mois, à l’écran.

Mais revenons à la relation père-fils. Les professionnels le disent tous : les chances qu’une victime de violence reproduise ces comportements sont élevées. Émile en vient donc à reproduire ce comportement mythomane sur son ami Luca. Et les conséquences seront plus complexes que pouvait l’imaginer un enfant de 11 ans.

Mais la vie n’est jamais si simple. Profession du père montre aussi que ces relations violentes peuvent tout de même être basées sur un amour sincère. Sans minimiser la violence — qu’on voit d’ailleurs dans une scène où Émile reçoit des coups de ceinture —, le réalisateur met l’emphase sur autre chose. L’emprise du père qui ne veut pas détruire son fils, ni l’effacer, ni même réellement le blesser. Il veut l’entraîner dans sa folie, dans son monde de pure fiction. Malheureusement, il s’agit d’un univers qui s’avère dangereux. Pourquoi? Simplement pour ne pas y être seul, pour y avoir un ami. Et il faut bien un auditeur à un mythomane.

Mais encore…

Afin de donner une histoire racontée du point de vue de l’enfant, le jeune acteur est présent dans toutes les scènes. Un gros travail pour un jeune comédien. Et il relève le défi avec brio, bien accompagné par Poelvoorde qui brille aussi. 

PROFESSION DU PÈRE - Mais encore

Avec Profession du père, Améris crée un film poignant et touchant sur le père qui apparaît comme un héros aux yeux de son fils qui veut tout faire pour être à la hauteur. Et l’enfant ne peut pas se rendre compte des abus de son père, car il n’a pas les outils. Il faudra pour cela que le père le trahisse.

Le film arrive en salles ce vendredi, et je vous le suggère fortement.

Note : 8/10

Bande-annonce

Fiche technique : 

Titre original : Profession du père
Durée : 105 minutes
Année : 2019
Pays : France
Réalisateur : Jean-Pierre Améris
Scénario : Murielle Magellan et Jean-Pierre Améris

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