[FNC] Compétition courts métrages — Les nouveaux alchimistes 1

Me voici enfin arrivé à une de mes catégories fétiches tout estivales confondues : les nouveaux alchimistes. S’il y a quelque chose qui me rend heureux, c’est de regarder des courts métrages expérimentaux. Et cette catégorie en offre une très belle sélection.

Voici donc la section 1 de la compétition, qui en contient cinq.

EarthEarthEarth (Daïchi Saïto et Daïchi Saïto) – Canada

L’aube point où la terre est chair,
Où les os sont échos;
Tu as survécu à des extinctions –
D’étoiles, de cieux, de sable, de mers;
Enfin le futur nous rattrape,
Et tous les morts sont devant nous.

EarthEarthEarth

Heureusement, il y a la musique qui rend le tout planant. Parce que sinon, on a un peu l’impression de regarder des vieilles photos de montagnes. Mais ce genre de photos qui ont décoloré avec le temps, ou qui ont pris l’humidité. Ou simplement des prises de vues qui ont été modifiées à l’aide de filtres de couleurs. 

Et malheureusement pour ce film de 30 minutes, la musique, bien que très bonne, est surutilisée dans les courts métrages expérimentaux aux images répétitives. Passons à autre chose…

Eidolon (Mike Rollo) – Canada

Le voyant passe sous les branches, traverse les champs, observe les coins tranquilles. La lumière et l’obscurité se succèdent pour révéler un fantasme à deux faces, une énergie qui change de forme à travers le temps.

Eidolon

Ici, l’important n’est pas tant la trame narrative que les images. Et elles sont belles ces images. Une qualité photographique en noir et blanc qui n’est pas sans rappeler Salgado. Ces images sont, par moments, coupées par des courtes séquences de ce qu’on pourrait appeler des gribouillis de lignes blanches sur fond noir. Ce court film de 4 minutes est un plaisir pour les yeux.

Fleeting: Here & There (Gilnaz Arzpeyma) – Canada

Des boucles mécaniques et organiques se transforment dans cette exploration expérimentale de la saturation et du souffle en tant que quête sans fin de la présence.

Fleeting here and there

Voici une magnifique animation en noir et blanc (avec quelques couleurs ici et là) sur le mouvement. Ou devrais-je dire sur LES mouvements : tant mécaniques qu’organiques. Les images ressemblent à du fusain et les sons à des souffles et des rires d’enfants. Un film difficile à expliquer, mais qui mérite certainement d’être vu.

One thousand and one attempts to be an ocean (Yuyan Wang) – France

Ce film se penche sur l’incapacité de voir le monde avec la perception de la profondeur. Constitué de microévénements issus de « satisfying video » qui pullulent sur Internet, le récit abstrait se déploie en faisant référence à la transe et à la musique minimaliste.

One thousand and one

Ce court métrage de Wand montre le signifiant et l’insignifiant du web. De la mécanique à la microbiologie, en passant par le surf et les bains de foule, le réalisateur trace un portrait hypnotisant de notre monde. Il divise son film en séquence thématique comme les mouvements de foules, l’incroyablement petit, les mouvements perpétuels, et beaucoup, beaucoup d’autres. Il s’agit vraiment d’un court métrage à voir!

The coast (Sohrab Hura) – Inde

Œuvre filmée dans l’obscurité de la nuit lors de festivités religieuses dans un village du sud de l’Inde; la marge entre la terre et l’eau devient un point de libération au-delà duquel les personnages vivent la peur, mais aussi le ravissement.

The coast

Veuillez noter qu’il semble y avoir une petite erreur sur le site du festival puisqu’on annonce The Coast en compétition dans la présente catégorie, mais on nous présente plutôt Bitter Sweet. J’ai donc décidé de vous parler de ce dernier, puisqu’il s’agit de celui que vous pourrez voir ici.

Bitter Sweet (Sohrab Hura) – Inde

En se concentrant sur la relation entre sa mère et son chiot persistant, Hura expose les qualités sinistres du quotidien et souligne la force de la vulnérabilité.

Quel film étrange et quelque peu insaisissable. Ce court métrage documentaire qui commence par nous informer d’une maladie semble soudainement bifurquer vers autre chose. Au départ, tout est en beauté dans la profondeur granuleuse de photos en noir et blanc. Beaucoup de flous qui pourraient être associés à la perte de souvenir lié à la maladie. Ou pas…

Puis soudainement, les images sont en couleur. La beauté cède sa place à une certaine pauvreté, à des gens usés par la vie et à un chien grandement malade. 

There is, indeed, the Unspeakable (Marzieh Emadi et Sina Sadaat) – Autriche

« Il y a, en effet, l’indicible » : phénomènes inexplicables et associations surprenantes, éclosions mystérieuses, chambres de torture et substances qui élargissent la conscience.

There is indeed the unspeakable

Le cinéma expérimental c’est aussi des films qui, on ne sait pour quelle raison, nous attirent, nous intéressent. C’est le cas ici, avec ce court métrage inspiré d’un poème. Disons simplement que ce film laisse place à l’interprétation du spectateur, telles de nombreuses œuvres d’art à travers les siècles.

Train again (Peter Tscherkassky) – Autriche

Expérience en chambre noire, blockbuster underground ou peinture cinétique dans mille nuances de gris, ce film est une ode extatique à la fragilité et à la force explosive du médium cinématographique.

Train again

La superposition d’images (principalement fait par alternance dans ce cas-ci) permet de faire des choses assez intéressantes. Ici, le réalisateur utilise le train afin de jouer avec les possibilités. Ça commence de façon assez intense avec deux femmes : une debout sur un chemin de fer, avec une valise, l’autre accroupie, la tête posée sur le rail. Les deux femmes semblent attendre la mort. 

S’ensuivent une série de plusieurs superpositions d’images avec, toujours, un train. Il y a, dans le montage saccadé de ce film, quelque chose qui rappelle le cinéma russe du début du XXe siècle. Petit bémol : le film est un peu long. 15 minutes auraient été parfait.

***

À suivre, avec la section 2 des Nouveaux alchimistes.

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