[TJFF] Talking the Pictures (カツベン!) — Leçon historique et culturelle

Talking the pictures - posterPetite leçon d’histoire du cinéma. Durant la période du cinéma muet au Japon, chaque projection de films se faisait avec ce qu’on appelle un benshi. Le rôle de ce dernier était de lire les intertitres et de servir de narrateur pour les spectateurs, à un point où il pouvait complètement changer l’histoire d’un film avec ses mots. C’était un métier très populaire, à tel point que les gens allaient au cinéma juste pour entendre les benshi et que la popularité des films muets s’est étirée jusqu’au milieu des années 30, alors que le reste du monde s’était tourné vers le cinéma parlant. C’est un aspect de l’histoire du cinéma que beaucoup ne connaissent pas, notamment parce qu’elle n’est pas liée à cette grosse partie du gâteau qu’est Hollywood. C’est cet aspect qui intéresse le réalisateur Masayuki Suo pour son film Talking the Pictures.

En effet, il met en scène Shuntaro, un jeune homme rêvant de devenir benshi. Au début, s’il s’associe à des criminels, il verra très vite son rêve s’accomplir et il pourra montrer ses talents de narration à des gens cherchant à se divertir au cinéma. Il découvre par la suite la passion d’un projectionniste pour son métier, les manigances de certains pour avoir plus de succès avec leur cinéma, et les rêves d’actrices d’une amie d’enfance.

Du bon

La grande force de ce film est, sans aucun doute, comment cette époque du cinéma muet est retranscrite à travers le long-métrage. En effet, le fonctionnement des cinémas à cette époque et les particularités des séances au Japon, comment les films étaient tournés à l’époque ainsi qu’une discussion entre Shuntaro et un benshi vétéran, désabusé et alcoolique, sur le réel fonctionnement du cinéma. Plusieurs éléments donnent une meilleure immersion pour l’histoire qui est racontée, ainsi qu’une bonne transcription d’une époque que le grand public ne connaît pas forcément, en plus d’apporter un questionnement sur le médium.

talking_the_pictures - La grande force

Ce n’est pas le seul hommage fait à l’époque du cinéma muet. La mise en scène de Masayuki Suo rappelle plusieurs œuvres de cette période. De nombreuses scènes rappellent les films burlesques à la Charlie Chaplin ou à la Buster Keaton ou certains effets de caméra utilisés dans le cinéma de l’expressionnisme allemand. Cependant, même si ce sont des hommages sympathiques, la manière dont ils sont montrés paraît trop molle. 

Et du moins bon

C’est là le plus grand défaut du film : il manque d’énergie. Cela se voit surtout à travers la mise en scène et le scénario. Pour commencer, la réalisation se contente seulement de montrer ce qu’il se passe. Outre les hommages faits au parlant, elle consiste à des plans larges pour montrer l’action et des gros plans pour montrer les émotions. Elle empêche de s’intéresser plus à ce que le film raconte. Si l’on peut penser que c’est pour imiter le style du muet, il ne faut pas oublier que plusieurs réalisateurs de cette période faisaient preuve d’une grande créativité derrière la caméra. Le film n’est pas aidé par un scénario basique et peu inspiré. C’est l’histoire vue et revue de quelqu’un en fuite qui se retrouve à aider une bande de personnes en galère avec un talent incroyable, le tout mêlé à la relation avec une amie d’enfance. S’il est vrai que l’importance d’un scénario n’est pas son originalité, mais comment il se transmet, là aussi ça reste très basique. Un autre défaut : la musique qui est très mal intégrée et qui empêche toute implication du spectateur dans le film.

talking_the_pictures - là le plus grand défaut

C’est dommage que ses défauts entachent pleinement la qualité du film, car son sujet est à la fois original, et intéressant à montrer à un grand public qui pourrait en apprendre plus sur l’histoire du cinéma et la culture japonaise. Il aurait juste fallu faire un meilleur film.

5/10

Talking the Pictures est présenté au TJFF, du 5 au 27 juin 2021.

Bande-annonce

Fiche technique :

Titre original : カツベン!
Durée : 127 minutes
Année : 2019
Pays : Japon
Réalisateur : Masayuki Suo
Scénario : Shôzô Katashima

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