[Annecy Festival] 2021 – Les courts de l’ONF

Annecy Festival 2021 - AfficheCélébrant ses 60 ans d’existence cette année, le prestigieux Festival du film d’animation d’Annecy se déroulera de manière hybride entre le 14 et le 19 juin 2021. Quatre films produits par l’ONF y seront présentés en compétition officielle : 

L’art dans le sang / Affairs of the Art (Joanna Quinn) – 16 minutes 

Art dans le sang« I’m into art now » (« Je m’abandonne à l’art maintenant »), déclare la protagoniste Beryl, femme ouvrière d’un certain âge en voix off, lors des premières secondes de ce court-métrage de Joanna Quinn et Les Mills. Et dès qu’on la voit, on l’adore : on adore son anticonformisme, ses quelques kilos en trop, sa poitrine indomptable de femme vieillie, ses cheveux teints comme un oiseau du paradis, sa voix pleine d’ironie et de sympathie. Bref, on adore son aspect indéniablement queer et on rit avec elle lorsqu’elle se moque de l’excentricité de sa famille, de sa sœur Bev, fascinée dès l’enfance de tout ce qui est morbide – que ce soient les animaux morts ou Lénine dans sa tombe -, et de son fils Colin, geek irrémédiable, alors que Beryl se laisse tomber sur un rideau, le corps nu enduit de peinture bleue, afin de créer un autoportrait innovateur. À 59 ans, pense-t-elle, il est temps de revenir sur ses rêves d’enfance : devenir artiste. 

L’art dans le sang est simplement fantastique – l’intrigue humoristique autant que le style des dessins, faits à la main, car, comme l’explique la célèbre animatrice britannique Joanna Quinn, dessiner à la main est plus naturel que la production à l’ordinateur. Et le succès – entre autres ses épisodes autour de l’héroïne Beryl – lui donne raison. Montrer les femmes différemment, en dehors des stéréotypes – tel est l’un des objectifs du duo maintes fois récompensés Joanna Quinn et Les Mills. 

Bande-annonce

Mauvaises herbes (Claude Cloutier) – 6 minutes 22 secondes

Mauvaises herbesDans Mauvaises herbes, de Claude Cloutier, auteur de bandes dessinées et animateur renommé, le panorama du paysage idyllique, présenté tout au début de ces quatre minutes de film, et accompagné d’une musique classique harmonique, trompe. On y  trouve certaines plantes carnivores qui se nourrissent de moustiques, leurs permettant d’évoluer et de changer d’aspect tout comme un caméléon passe d’une couleur à l’autre : de la plante simple aux personnages historiques les plus terrifiants, en passant par tout un bestiaire de créatures grandes et intimidantes – et ces changements à une vitesse folle étant déclenchés par l’existence de l’Autre, du rival. 

Claude Cloutier y voit « une fable sur la rivalité, une rivalité qui dépasse la survie pour devenir une question d’orgueil. » Alors que la nature leur offre assez d’insectes, les deux rivaux réclament tout pour eux-mêmes. Cloutier résume : « Les deux personnages n’arrivent pas à s’en satisfaire, et leur bataille les mène à l’autodestruction. » 

À part l’intrigue profonde, la technique du dessinateur qui utilise de l’encre de chine sur papier, est en soi tout simplement magistrale. Les différents « visages » des concurrents démontrent une virtuosité technique sublime et méritent d’être regardés de près. 

Bande-annonce

Les deux autres courts-métrages produits par l’ONF discutent tous les deux des conséquences de la pandémie actuelle sur l’individu. L’un a choisi une approche un peu plus accessible par le grand public, l’autre emploie une technique très expérimentale :

À la maison / How to be at Home (Andrea Dorfman) – 4 minutes 51 secondes

How to be at homeÀ la maison, de la cinéaste et animatrice canadienne Andrea Dorfman, est la suite au succès viral How to Be Alone qui, comme son prédécesseur, est une mise en vidéo d’un poème de Tanya Davis, à l’aide de techniques mixtes. Sur le fond d’un livre ouvert, le livre intitulé How to be alone, on entend Tanya Davis réciter en voix off (et quelle voix veloutée !) son poème sur l’isolement à l’ère du virus Covid-19. Le tout étant illustré par des objets apparaissant sur les pages du livres : «  Si la poitrine te fait mal parce que ton anxiété continue, fais une pause et respire. Vas-y doucement. Gère ce que tu peux. » De la force consolatrice de la nature et du yoga, au désespoir et à la peur – ce court-métrage résume sans pathos, mais de manière palpable nos émotions pendant le confinement. 

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Nuit de Juin / June Night (Mike Maryniuk) – 4 minutes 10 secondes

June nightC’est une toute une autre approche, pour évoquer le temps de l’isolement collectif, qui a été choisie par le cinéaste d’avant-garde Mike Maryniuk. Des images d’archives et une animation réalisée à la main s’y mêlent pour anticiper un monde post-COVID marqué par la renaissance et la réinvention de la nature qui semble avoir repris le dessus sur notre planète. 

Présentant une panoplie d’images cauchemardesques, parfois sans lien entre elles, Nuit de Juin m’a laissée, hélas, dans un état plutôt perturbé. Mais j’avoue que je suis néophyte dans le domaine de l’art expérimental… 

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