ICFF à la maison – Juin 2021 : La seconda patria — Un long voyage

 « — Quand t’es minoritaire, forcément t’es obligé d’abandonner un certain nombre de choses. Mais la difficulté, c’est là où tu vas, c’est qu’il faut que là aussi il y ait un abandon.
— Je trouve pas qu’il y a une fluidité, un échange culturel, un respect.
— Non, il y a un fossé. Mais c’est un problème de la culture québécoise. »
Discussion entre Pierre Curzi et Tony Nardi

La-seconda-patria afficheIls ont choisi de quitter leur « terre amère » et se sont retrouvés au Québec, une province qui a toujours accueilli de façon positive les personnes de différents pays. Des hommes et des femmes avec courage et résilience, disponibles à se laisser envahir par un « esprit nomade ».  

La seconda patria (La deuxième patrie), de Paolo Quaregna, présente des portraits passionnants d’immigrants italiens de première et deuxième génération, au Québec, tout en faisant un lien avec les peuples des Premières Nations.

Premières, deuxièmes et troisièmes nations

« Si on ne respecte même pas ses premières nations, comment peut-on respecter ses deuxièmes et troisièmes nations? » Cette question, qui est plus une déclaration, fait tellement de sens. D’ailleurs, ça explique bien des choses. 

L’échange entre Curzi et Nardi (en début de texte) va dans le même sens. En tant que Québécois, on se dit accueillant et respectueux. Mais le sommes-nous réellement? Parce qu’il semble que bien souvent, nous ne considérons pas vraiment ceux qui étaient là avant, ni ceux qui arrivent après. Mais à notre défense, il faut dire qu’on ne se respecte pas beaucoup entre nous non plus…

La seconda patria - Mais encore
Johnny (Giovanni) et son petit fils

Une des parties les plus intéressantes de La seconda patria, c’est de voir les interactions entre Johnny (Giovanni) et Florent Vollant. Comment se fait-il qu’alors que les relations étaient si difficiles entre les Innus et les Blancs, un immigrant italien réussît à construire sa maison à moitié sur le territoire québécois, et à moitié sur le territoire de la réserve? Comment se fait-il que cet Italien d’origine, qui parle des Innus en tant qu’Amérindiens qui parlent indien, ne soit pas repoussé par la communauté. Comment se fait-il qu’il soit accepté parmi eux? Florent Vollant résume en une très courte phrase : « Parce que tu l’as fait avec respect Johnny! »

On pourrait dire que le documentaire de Quaregna donne une belle leçon d’humilité.

Des témoignages inspirants

Les témoignages qui nous sont présentés dans ce film sont inspirants à plusieurs niveaux. Essayez d’imaginer que la seule option vous permettant de survivre à une période difficile est de quitter votre pays… De tout quitter. Pour plusieurs des protagonistes, il s’agissait réellement de tout quitter. Ils sont partis seuls, avec pour seuls bagages, une valise souvent plus remplie d’espoir que de vêtements. Parfois avec quelques souvenirs comestibles de leur tendre Italie. Parmi eux, plusieurs laissent aussi une famille derrière, dans l’espoir de les amener au pays un jour… ou pas.

Dans les années 40, le lieu d’arrivée par excellence était Sept-Îles, avec l’espoir de trouver un job à Schefferville, dans une mine de charbon. Saviez-vous qu’il y avait une communauté italienne à Sept-Îles? Moi je viens de l’apprendre. 

Mais ce qui ressort dans tous ces témoignages, c’est à quel point les Italiens arrivaient ici sans savoir réellement dans quoi ils arrivaient. Beaucoup sont arrivés en plein hiver, sur la Côte-Nord. Vous savez, pour un italien qui a rarement vu plus d’un cm de neige, avec un très froid -5, c’était tout un choc de se retrouver en mocassins à -30. De plus, ils ne parlaient pas, pour la majorité, ni français, ni anglais. Beaucoup arrivaient ici en se disant qu’ils retourneraient mourir chez eux. Mais après avoir vécu plus de 50 ans ici, c’est où chez eux?

La seconda patria - Témoignages inspirants
Pierre Curzi et Tony Nardi

Puis il y a les deuxièmes générations, et les troisièmes. Certains d’entre eux doivent négocier avec le racisme et l’absence d’un « chez eux ». Tony Nardi explique que quand il était au Canada, mis de côté car il était « l’Italien ». Puis quand il allait en Italie, il était mis à part parce qu’on disait qu’il n’était pas italien. 

Mais encore…

Champions de résilience, dont les histoires peuvent donner lieu à des réflexions utiles sur le thème actuel de la migration dans le monde, les personnages du documentaire nous offre de magnifiques témoignages. Compte tenu également du fait que, depuis 2006, le nombre d’émigrants italiens dans le monde ne cesse de croître à nouveau, La seconda patria est non seulement un document d’archive, mais aussi un film d’actualité. 

Note : 8.5/10

Bande-annonce

Fiche technique :

Titre original : La seconda patria
Durée : 80 minutes
Année : 2019
Pays : Italie/Canada
Réalisateur : Paolo Quaregna
Scénario : Paolo Quaregna

La seconda patria est présenté dans le cadre du ICFF at Home, du 30 mai au 8 juin 2021.

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