« J’ai tous les droits de rester ici, c’était la maison de ma mère.
Ah ouais? T’étais où ces 5 dernières années? »

Le miroir - AfficheJean (Normand Daneau) n’a pas vu sa mère, Diane (Lise Roy), depuis les cinq dernières années, en raison d’un incident qu’il n’est pas prêt de vouloir lui pardonner. Alors qu’elle vient de se suicider en Belgique, Jean doit s’y rendre afin de récupérer les cendres et s’occuper de la succession. Chez sa mère il fait la rencontre de Fabrice, le très jeune mari de Diane. Il rencontre également Juliana, une bonne amie de sa mère, et à qui cette dernière a confié son testament olographe. Jean apprend que sa mère lui lègue un miroir ancien d’une grande valeur. En faisant le tri dans les effets personnels de Diane, Jean développe une légère obsession pour ce miroir ancien qui serait lié à des événements troublants et charnières dans la vie de Jean lorsqu’il était enfant. À travers la quête du miroir, il découvrira également un secret longtemps caché par sa mère. Jean devra lui pardonner, mais également et surtout, s’en libérer…

Pour son premier long métrage de fiction, Le miroir, Marc Joly-Corcoran offre un drame semi-autobiographique, autoproduit avec seulement 45 000$.

Intime et perturbant

Pour son film, Joly-Corcoran a misé sur un format qui lui permettait de traiter de l’intimité de façon optimale. En utilisant un grand format (idéal pour la projection en salles) il peut utiliser la forme du miroir pour créer un rectangle qui détruit complètement l’effet de largeur qu’on recherche au cinéma. Une stratégie très efficace. Lorsque l’histoire devient très intime (et dans le passé et les souvenirs), on abandonne la grandeur du cinéma et on offre au spectateur une impression de voyeurisme. On suit ce qui se passe à travers le miroir, comme si on était caché derrière la glace…

Bénédicte Décary (Diane – 35 ans) © Exogène Films - Intime et perturbant - Le miroir
Diane – 35 ans (Bénédicte Décary) © Exogène Films

Ces moments sont aussi accompagnés d’une musique pleine de suspense, un peu perturbante. L’effet est saisissant, le spectateur est déconcerté. Et bien que l’on voie venir le punch de loin, on reste tout de même saisi et les poils dressés lorsque le moment arrive enfin.

Travailler avec peu

Faire un film avec 45 000$, ça tient presque du miracle. Surtout quand l’histoire se déroule sur 2 continents. Par moments, on voit que le budget n’était pas énorme. Mais de façon générale, la créativité des Québécois est mise à l’avant et rien n’y parait. 

Le miroir - Travailler avec peu - Lise Roy (Diane – 70 ans) & Normand Daneau (Jean) © Exogène Films
Diane – 70 ans (Lise Roy) et Jean (Normand Daneau)

C’est probablement la partie au salon funéraire qui en souffre le plus dans tout le film. On a l’impression qu’il manque quelque chose et que certains plans auraient pu être refaits. En même temps, certains plans sont très bien pensés. Je pense, entre autres, à la séquence où Jean est assis dans le couloir et où Fabrice vient lui parler. Celui-ci n’est vu qu’au niveau des jambes, rien n’est montré au-dessus des genoux. Et pourtant, sa présence est là. Toute là. Quelle belle façon de montrer que Jean ne le regarde pas, ne l’écoute pas vraiment!

Ce sont ces détails qui ne coûtent rien et qui peuvent souvent faire la différence entre un film digne d’intérêt ou non. Quant à l’utilisation du « format miroir », bravo! Quelle belle façon de créer une intimité et un sentiment d’être en train de regarder quelque chose qu’on ne devrait pas voir.

Mais encore…

Le miroir n’a pas la prétention d’être un grand film ou un film grandiose. Il s’agit d’un film qui mise sur une bonne direction, un scénario solide et crédible. D’ailleurs, lorsque je regarde ce genre de film, j’en viens à questionner notre mode de sélection de financement publique. Car il y a des films qui, Dieu me pardonne, ne méritent pas de financement et qui le reçoivent, alors qu’un film comme celui-ci aurait certainement mérité quelques dollars publiques. 

Le miroir - Mais encore - Normand Daneau (Jean) © Exogène Films

Quoiqu’il en soit, Le Miroir offre un bon suspense, une belle technique et, malgré quelques faiblesses, mérite d’être vu. Et la prochaine fois, espérons que son réalisateur puisse compter sur un budget qui se respecte. J’aimerais bien voir le résultat.

Note : 8/10

Bande-annonce

Fiche technique : 

Titre original : Le miroir
Durée : 85 minutes
Année : 2020
Pays : Canada (Québec)
Réalisateur : Marc Joly-Corcoran
Scénario : Marc Joly-Corcoran

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