La trahison de la providence divine — Ceci est mon sang, buvez-en tous!

« Je suis en Lui, le Christ sur la croix…
Votre monde souffrant a besoin de la foi…
Je suis venu des étoiles pour livrer un message de paix, de compassion et d’amour… »

Ainsi commence ce film pour le moins étonnant en 2021.

D’abord, quelques notions…

La trahison de la providence divine - AfficheLes stigmates, dans le christianisme, sont l’apparition de blessures corporelles, de cicatrices et de douleurs dans des endroits correspondants aux blessures de crucifixion de Jésus-Christ, comme les mains, les poignets et les pieds. Un individu portant les blessures de stigmates est un stigmatiste ou un stigmatique.

Les séraphins sont des créatures célestes ailées (trois paires d’ailes) que l’on trouve dans la Bible autour du trône de Dieu… Jeanne Séraphin, Louis Séraphin… Les personnages.

Ajoutons à cela, Louis, un métis, qui comme Louis Riel qui l’était aussi au Manitoba.

Le film

Lorsqu’une jeune métisse stigmatisée de 16 ans (Ali Skovbye) est kidnappée dans une petite ville catholique française, différentes factions religieuses se disputent le contrôle de la jeune fille à son retour. Située durant les mois de récolte dans les prairies de l’Ouest canadien, La trahison de la providence divine explore ce qui se passe lorsqu’un messager de Dieu met à l’épreuve le caractère de l’humanité. 

The Corruption of Divine Providence - Ali Skovbye (Jeanne Seraphin) - après résumé
Ali Skovbye

Je me demandais au début s’il s’agissait d’une dénonciation des fervents de la foi aveugle ou d’un film d’horreur du genre de l’Exorciste (The Exorcist). Or, ce film est tout ça et même plus.

Je ne sais pas si, et comment, ce film parlera aux plus jeunes que moi (et ils sont nombreux). La religion catholique dans laquelle j’ai grandi a laissé des traces, des stigmates mentaux — pourrait-on dire — qui touchent beaucoup de monde au Québec et au Canada. Des traces parfois positives, mais bien souvent traumatisantes.

En 1973, le film l’Exorciste avait fait frissonner des millions de spectateurs pour lesquels les scènes de possession diabolique représentaient la peur extrême. La Trahison de la Providence Divine (The Corruption of Divine Providence) s’inscrit dans la même lignée. Par contre, ici, le démon n’est pas présent (le pape François l’a aboli il y a peu de temps), mais c’est plutôt tout le mystère de la foi qui est exposé d’une façon pour le moins inquiétante, mais spectaculaire.

Dans les années 60 et 70, de très nombreux cas de « possession » ont été publiés dans les journaux. Je me souviens d’un cas à Acton Vale, au Québec, et de d’autres événements rapportés par La Tribune de Sherbrooke dans les faits divers, entre les sections des accidents et des sports. Les « possédées » étaient toujours des jeunes filles à l’âge de la puberté. Ici dans ce film, elle a 16 ans, mais a une histoire assez troublante derrière elle. 

The Corruption of Divine Providence - Corey Sevier (Peter Wolf) - Dans les années 60

La Trahison de la Providence Divine nous place dans un contexte géographique et social qui favorise cette atmosphère de croyances-sortilèges-aveuglement collectifs. Les Premières Nations avec leur sagesse ancestrale ne sont pas épargnées dans le portrait que trace ce film. De même le télévangéliste vedette américain, qui détonne grossièrement dans ce paysage tranquille et plat du Manitoba. 

Tous les clichés sont utilisés par le réalisateur : les saignements fréquents des stigmates, la voix empruntée de la possédée, les scènes de lévitation, l’alcoolisme du père. On effleure même la pédophilie du curé lorsqu’il caresse la main du frère de Jeanne, la possédée. D’autres symboles m’ont échappé, comme les salamandres qui marchent ensemble et avec Jeanne, ou comme l’homme qui est aussi possédé (St-François d’Assise) et qui a enlevé Jeanne ou, alors, comme la coquerelle sur le lit sur lequel Jeanne est attachée. Le film ne fait pas les liens nécessaires pour que le profane puisse lier certains éléments.

The Corruption of Divine Providence - David La Haye (Louis Seraphin) - Tous les clichés
Le père (David La Haye)

Tout le monde profite de la situation : du curé qui voit son église et ses coffres remplis, au télévangéliste qui veut faire des millions, en passant par les Cree qui y voient l’arrivée d’un nouveau grand esprit, et même du père alcoolique qui veut s’enrichir à partir des événements qui arrivent à sa fille. 

Jeanne se révèle-t-elle être le Christ de retour sur terre? Les images nous le laissent croire. Mais je crois plutôt que ce film montre ce en quoi les croyants veulent croire et finissent donc par croire à travers des témoignages exaltés, et parfois de seconde main. 

Les images sont justes, mais parfois un peu maladroites au niveau du montage. Comme si la sortie du film avait été précipitée et qu’un meilleur produit final aurait pu être présenté… Les comédiens sont à la hauteur. David La Haye joue un alcoolo très crédible. Par contre, le télévangéliste joue un peu gros.

The Corruption of Divine Providence – The Corruption of Divine Providence

The Corruption of Divine Providence – The Corruption of Divine Providence 5 © White Bear Films

Tantoo Cardinal (Juniper Fairweather)

Tantoo Cardinal (Juniper Fairweather)

Keith Dambroise (Father Luc-Antoine)

Keith Dambroise (Father Luc-Antoine)

Elyse Levesque (Danielle Seraphin)

Elyse Levesque (Danielle Seraphin)

Wanbde Wakita (Sioux Medicine Man)

Wanbde Wakita (Sioux Medicine Man)

En résumé, un ramassis de clichés religieux, bibliques et légendaires qui, ensemble, font un film qui se tient, mais qui laissent des trous non expliqués.

Le scénariste et réalisateur est visiblement un être troublé et son film est, par conséquent, troublant. 

Un bien drôle de film à classifier (pour un film de genre), mais qui ne manque pas d’intérêt.

Note : 7/10

Bande-annonce

Fiche technique : 

Titre original : The Corruption of Divine Providence
Durée : 96 minutes
Année : 2020
Pays : Canada
Réalisateur : Jeremy Torrie
Scénario : Jeremy Torrie

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