Garçon chiffon — Jaloux

« — C’est l’histoire d’un jeune homme mélancolique, dans un monde hostile, qui va se suicider. 
— C’est pour toi! »

garcon-chiffon - afficheJérémie (Nicolas Maury), la trentaine, peine à faire décoller sa carrière de comédien. Sa vie sentimentale est mise à mal par ses crises de jalousie à répétition et son couple bat de l’aile. Il décide alors de quitter Paris et de se rendre sur sa terre d’origine, le Limousin, où il va tenter de se réparer auprès de sa mère (Nathalie Baye)…

Avec Garçons chiffon, Nicolas Maury offre un film qui laisse incertain. C’est le genre de film que lorsqu’il se termine, on ne sait trop si on a aimé ou si on a détesté…

La jalousie

J’ai, d’emblée, un grand inconfort à propos de ce film. Ça ressemble beaucoup à une ode à, une valorisation de la jalousie maladive? Le film commence avec une réunion des jaloux anonymes. Les personnages qui y participent sont montrés comme timbrés, complètement hystériques, et caricaturaux. À ce moment on se dit que le réalisateur veut traiter un sujet délicat de façon humoristique. Ok. Mais il s’agit de la seule occurrence où Jérémie participe à ce genre de réunion. Si l’objectif de cette introduction est de nous montrer que le personnage principal est jaloux maladif et qu’il ne se l’avoue pas, ce n’est pas vraiment nécessaire. On le voit bien dans sa relation amoureuse. La seule scène où il installe une caméra chez son copain le fait comprendre assez clairement.

Mais par la suite, tout au fil de l’histoire, on nous montre que Jérémie n’est pas jaloux pour rien et que, peut-être, que son amoureux est effectivement malhonnête… Bravo pour le message : être jaloux au point d’installer une caméra chez votre conjoint est normal et possiblement justifiable. C’est peut-être un peu intense de dire que Garçon chiffon valorise la jalousie? En entrevue, le réalisateur explique ceci : « Quand je suis arrivé à Paris, adolescent venant de mon Limousin natal, j’ai vécu une passion dévorante. Qui, comme toute passion amoureuse, était faite d’une jalousie envahissante. » 

Garçon chiffon - Jalousie
Jérémie (Nicolas Maury) et son amoureux

Pardon??? Évidemment que le film valorise la jalousie. Le réalisateur a, lui-même, un sérieux problème de jalousie. Et peut-être un peu narcissique?

J’ai envisagé beaucoup d’acteurs de ma génération pour jouer Jérémie, mais aucun ne convenait quelles que soit leur excellence. Le problème n’était pas celui de la dissemblance ou de la ressemblance. En fait, mes hésitations masquaient un désir un peu honteux et prétentieux. Il fallait que je me vois. Je voulais être regardé là où je ne suis pas regardable.

Relations humaines et clichés

Il y a autre chose qui me dérange profondément dans ce long métrage. Par moment, on dirait un règlement de compte. C’est comme si Maury avait décidé de se mettre en scène afin de pouvoir envoyer « chier » tous ces producteurs, réalisateurs et agents de casting qui ne lui ont pas rendu la vie facile. Ça se voit dans les relations entre les personnages et les incroyables clichés que sont ces personnages. S’il avait décidé d’utiliser ces personnages surréels afin de jouer avec un univers à la frontière du réel et de la folie (comme dans Wild at Heart de David Lynch). Mais non…

La séquence qui représente le plus clairement ce désir de vengeance est celle avec la réalisatrice qui pète les plombs (Laure Calamy). « Elle incarne le désastre qui guette n’importe quel metteur en scène quand on pense à sa place, quand on désire sans lui et censément mieux que lui. Au moins, elle a le courage de tutoyer le désastre. Le personnage de réalisateur incarné par Jean-Marc Barr est d’une autre espèce. C’est un faux gentil. Il dit oui à Jérémie pour un rôle dans son prochain film, mais c’est pour mieux lui dire non. Et de conclure leur entretien par une formule dont il ne mesure pas la cruauté tellement elle est sincère : “De nous deux c’est moi le plus malheureux.” Des coups de couteaux qui prétendent être des caresses, c’est ça le cinéma. »

Vers la fin du film, il y a toute une séquence avec des sœurs. Cette séquence aurait été magistrale si le film se situait réellement dans un univers surréel. Malheureusement, on se retrouve surtout avec un message pathétique et dérangeant, et un cliché qui semble arriver directement des années 1980. Lors de cette rencontre entre Jérémie et les sœurs, une des sœurs lui dit ceci : on n’aime jamais mal quand on aime. Pardon (bis)??? Quelle belle phrase à garder en mémoire pour un batteur de femme ou pour une femme qui abuse psychologiquement de son copain…

Le fameux summum du cliché vient par la voix, en japonais et traduite par notre amie qui aime les agresseurs, d’un autre membre de la communauté religieuse, une Japonaise qui ne parle que sa langue maternelle. Et, évidemment, elle possède la sagesse ultime et offre un long monologue rempli de sagesse venue d’Orient. 

Garçon chiffon - relations humaine et clichés
Jérémie avec sa mère (Nathalie Baye), et sa grand-mère

Cela dit, la façon de dépeindre la relation mère/fils est vraiment belle. Ça montre bien à quel point un enfant peut, même plus vieux, être méchant envers son parent. Et surtout, que malgré ça, le parent sera là pour soutenir son rejeton. 

Mais encore…

Dans son film, Maury insère tout de même de belles références littéraires. Celle qui est la plus apparente, et la plus importante, est L’Éveil du printemps, avec le rôle de Moritz pour lequel notre charmant jeune homme auditionnera.

Garçon chiffon - Mais encore

Avec Garçon chiffon, Maury crée une œuvre sur la mélancolie, ce sentiment ancestral d’abandon, de chagrin fondamental. Malheureusement, le sentiment ne se rend pas jusqu’au spectateur qui devrait sortir du visionnement avec une sorte de mélancolie au fond de l’âme. Dommage…

Note : 5.5/10

Bande-annonce

Fiche technique : 

Titre original : Garçon chiffon
Durée : 108 minutes
Année : 2020
Pays : France
Réalisateur : Nicolas Maury
Scénario : Nicolas Maury, Maud Ameline et Sophie Fillières

2 réflexions sur “Garçon chiffon — Jaloux”

  1. Excellente analyse, François. Tu as bien décrit le malaise qui nous accompagne tout au long du film. Il me semble que l’on a besoin de mieux en ces temps difficiles. Merci!

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