« L’important, ce n’est pas le but, c’est le chemin parcouru. »

antoinette-dans-les-cevennes-2020-i-movie-posterAntoinette (Laure Calamy) est une quarantenaire, professeure des écoles, pétillante et spontanée qui a une liaison avec Vladimir (Benjamin Lavernhe), le père d’une de ses élèves, un homme marié. Le faux départ de leurs vacances en commun la pousse à le suivre dans le chemin de Stevenson, en plein cœur des Cévennes. Le parcours initiatique est plus qu’évident : si Antoinette décide sur un coup de tête d’entreprendre ce voyage imprévu pour rejoindre son amant, c’est tout autre chose qui se dresse sur son chemin.

Ce n’est pas la destination qui compte, mais le cheminement!

Caroline Vignal nous présente Antoinette dans les Cévennes vingt ans après son premier film : Les autres filles. Pour son deuxième opus placé sous le signe d’une comédie drôle, légère et émancipée, elle a choisi de le tourner dans le magnifique paysage de la Lozère, en France. Laure Calamy, la comédienne principale qui a été découverte dans la série “10 pour cent” (Call my agent) sur Netflix avec le rôle de Noémie, porte à bout de bras ce film qui fait du bien, en cette période un peu déconcertante. Elle  y conserve un personnage passionné, fougueux et pétillant. Comme elle le dit si bien lors d’une entrevue pour Madame Figaro : « cet “âne-movie”, c’est un voyage initiatique : elle prend les choses en main pour essayer de changer la donne avec cet homme, et se moque du ridicule. Ce qui compte, c’est son désir, quitte à se prendre parfois des murs. »  

Antoinnette dans les Cévennes - Le 12 mars
Antoinette (Laure Calamy) et son âne

Le 12 mars dernier, Laure a remporté pour ce rôle le César de la meilleure actrice et  Antoinette dans les Cévennes a obtenu sept nominations aux grands prix du cinéma français. Librement inspiré du récit Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879) de Robert Louis Stevenson (également l’auteur de L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde – 1886) qui avait entrepris personnellement un voyage avec un âne comme seul compagnon, trouvant finalement au bout du chemin l’amour de sa vie. La parabole paraît dès lors évidente, Antoinette doit avant tout se trouver sur la route. 

Caroline Vignal réinvente le périple de Stevenson en composant tout en finesse les traits du personnage d’Antoinette, tantôt provoquant tantôt candide, comme nous démontre les premières minutes du film en débutant avec l’enseignante qui entonne accompagnée de ses élèves, un tube de Véronique Sanson : Amoureuse (1972)  – « Une nuit je m’endors avec lui, mais je sais qu’on nous l’interdit… ». Ses yeux sont tournés vers ceux de son amant, Vladimir, un père de famille venu assister à la représentation de sa fille lors de la fête de fin d’année scolaire. Le spectateur se retrouve face à un romantisme audacieux, mais quelque peu gênant. Elle va apprendre quelques minutes plus tard que celui-ci s’en va rejoindre sa femme en vacances. Son unique but sera de rejoindre l’homme qui fait battre son cœur dans les Cévennes. On ne peut pas s’empêcher d’en tirer un profond sentiment de sincérité malgré sa naïveté d’agir avec désir. 

Cependant, même si cette randonnée cinématographique nous fait suivre un sentier très bien balisé jusqu’au dénouement plutôt prévisible, il n’en reste pas moins que cette balade thérapeutique en compagnie de Patrick (l’âne) reste très appréciable. Gardons en tête que le voyage est plus important que la destination!

Antoinnette dans les Cévennes - point de vue plus techniqueD’un point de vue plus technique, la musique de Matei Bratescot joue un grand rôle dans l’escorte de ce cheminement, en glissant vers la country d’un road-movie, et prend par la suite une tournure très western au fur et à mesure de l’avancée. Une convocation de multiples genres composée tout en subtilité. La caméra de Simon Beaufils vient également  sublimer ce périple sentimental au cœur des Cévennes.

En somme, le film de Vignal est un récit d’affranchissement auquel Antoinette a pris congé de sa dépendance pour reprendre sa vie en main avec l’aide d’un thérapeute tout à fait hors du commun. Il est indéniable que le film est plaisant et bien écrit même s’il manque un peu d’épaisseur narrative dans sa globalité. Du cinéma doudou que l’on respire avec « ivresse et lente gourmandise » comme disait si bien Charles Baudelaire. 

Après un succès avec plus de trois cent cinquante mille spectateurs en France, Antoinette apparaîtra sur les écrans du cinéma Beaubien à partir du 26 mars. Patrick va-t-il conquérir votre coeur?

Note :  7 /10

Bande-annonce

Fiche technique : 

Titre original : Antoinette dans les Cévennes
Durée : 97 minutes
Année : 2020
Pays : France/Belgique
Réalisateur : Caroline Vigna
Scénario : Caroline Vigna

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