Comment faire pour que les plus pauvres bénéficient de cette richesse ?

JD Lafond
JD Lafond

Nouveau documentaire de l’Office national du film du Canada, La fin des certitudes est réalisé par Jean-Daniel Lafond, auteur d’une quinzaine de films dont de nombreux ont été primés : Tropique Nord (1994), Haïti dans tous nos rêves (1995), Salam Iran, une lettre persane (2002), Le faiseur de théâtre (2002), Le cabinet du Docteur Ferron (2003). Cofondateur des Rencontres internationales du documentaire de Montréal et de l’Observatoire canadien du documentaire, Jean-Daniel Lafond est un précieux ambassadeur du cinéma documentaire au Canada.

Plus d’une décennie après la crise financière mondiale de 2007-2008, qu’en est-il de la mondialisation ? Jean-Daniel Lafond nous ouvre les portes du Forum économique international des Amériques, un gigantesque rassemblement annuel où économistes, financiers et politiciens s’expriment sur les grands enjeux de l’heure. Grâce à leurs témoignages, La fin des certitudes se veut une méditation, à plusieurs voix, sur l’état du monde. Un documentaire d’observation qui tente de dresser un bilan lucide de la mondialisation — avec les idéaux, les désillusions, les craintes et les espoirs qu’elle suscite.

Maintenant ou jamais ?

La fin des certitudes - Africain - Maintenant ou jamaisLes enjeux sont immenses au regard des promesses faites par le film de Jean-Daniel Lafond. Il a convoqué pour cela devant sa caméra un parterre d’économistes, d’institutionnels et de politiciens pour les interroger sur le fonctionnement du monde dans un univers mondialiste. Loin de la théorie de la décroissance et d’une remise en question des modes de consommation devant l’inévitable — la raréfaction à court terme des énergies fossiles — les participants constatent avec des phrases quelque peu convenues et politiquement correctes l’ordre injuste du monde en espérant de beaux lendemains. Les intervenants sont certes éminents, mais ont-ils le pouvoir ou la volonté de mettre en action leurs propos et réduire les inégalités ? Qui gouverne cette machine infernale ? Si c’est bien le capitalisme qui est aux manettes, ce sont encore les êtres humains qui gouvernent.

La fin des certitudes n’est pas vraiment original dans le sens où les films alertant l’opinion publique fleurissent depuis des années, aussi bien dans le champ documentaire que fictionnel. Il y a déjà trente ans déjà, le magnifique court métrage L’Île aux fleurs de Jorge Furtado montrait brillamment, dans une démarche militante, les inégalités socio-économiques entre les riches et les pauvres et les dégâts de la mondialisation. Que s’est-il passé depuis ? Le monde en a-t-il tiré des leçons ? Pas vraiment… Serons-nous encore en train de constater les dégâts de nos actions dans vingt ans, ou même cinquante ans ? Le projet de Jean-Daniel Lafond rejoint l’utopie d’un cinéma rêvant de changer le monde.

Il est bien de se rappeler le texte Maintenant ou jamais écrit par la romancière Fred Vargas en 2008 au moment de la création d’un mouvement politique d’écologie qui prônait un changement complet de paradigme : « Nous avons chanté, dansé. Quand je dis “nous”, entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. […] Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. » Le texte a été mis en image par Henri Poulain et lu par Charlotte Gainsbourg dans un message publicitaire à voir ou à revoir à la lumière du projet de Jean-Daniel Lafond, plein de bonnes intentions, mais à qui l’on pourrait reprocher de trop vouloir chercher le consensus.

La souffrance à distance

LaFinDesCertitudes - Manifestation - Souffrance à distanceOn sent bien que le réalisateur a choisi ses intervenants avec beaucoup de soin. Cependant, le film les emprisonnant dans des entretiens filmés en studio, la mise en scène en devient statique. Ce traitement cinématographique apparaît contradictoire quand le sujet du film est justement d’œuvrer à « la naissance d’un nouvel humanisme, plus inclusif et équitable ». Le montage très académique consistant à alterner entretien filmé et images d’archives prive le projet de toute transformation possible.

Le résultat donne l’impression d’un recueil que l’on consulte, constitué de discours enregistrés lors de conférences géopolitiques. Cela manque de vie, de conviction et d’un côté rassembleur pour convaincre le spectateur. Les intervenants font tous partie d’organisations de grande renommée et le film donne un peu l’effet qu’ils racontent, de leur tour d’ivoire, le monde en train de brûler. La parole n’est donnée ni aux militants ni à la jeunesse, ce qui réduit considérablement la portée inclusive du projet.

Le point de vue de l’auteur paraît déphasé par rapport à son sujet en se tenant à distance dans la présentation d’images d’archives de manifestations militantes et représentant la pauvreté en Afrique, par exemple. Lorsque le réalisateur tente d’illustrer les propos des intervenants avec ces images, cela donne un effet de documentaire d’ancien temps où le commentateur, « voix de Dieu », était là pour tout expliquer, tout clarifier, privant le spectateur d’interprétation et de libre arbitre.

Heureusement, le cinéma direct est avenu, propulsé par l’apport considérable de l’Office national du film du Canada avec notamment les cinéastes Michel Brault et Pierre Perrault. On aurait aimé que Jean-Daniel Lafond puisse avec ce film s’en inspirer et interagir avec la population que le monde met de côté depuis la nuit des temps. Le film réalisé ainsi dans une facture classique ressemble à un rapport politique rangé bien au fond du tiroir avant même sa remise. Pourtant, il est grand temps de se mettre à l’action et au travail.

Note : 4/10

Bande-annonce

Article minutieusement révisé par Révizio inc.

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