« Quand tu es pris dans le rêve d’un autre, tu es foutu! »

A Machine to live in - afficheA Machine to live in est un documentaire hybride liant les structures de pouvoir cosmique de l’État à l’architecture mystique des cultes et des villes utopiques des lointains arrière-pays du Brésil. Ce documentaire de « science-fiction » fournit un portrait complexe de la vie, de la poésie et du mythe dans le contexte de la ville de l’ère spatiale de Brasília et d’un paysage florissant de cultes ovnis et d’espaces transcendantaux. En outre, il considère la capital hautement contrôlée du Brésil non pas comme un triomphe ou un échec de ses désirs utopiques, mais comme un domaine générateur pour imaginer des cosmologies alternatives. L’architecture dans ce contexte est interprétée comme sémiotiquement poreuse et chargée, et présente une possibilité inclusive pour de nouvelles visions du futur.

Avouez que vous n’avez rien compris du résumé du film. Moi non plus. Mais A machine to live in, de Yoni Goldstein et Meredith Zielke, est un documentaire qui se penche sur l’étrangeté de la ville de Brasilia. Comment une telle ville a-t-elle pu voir le jour… en 1000 jours?

Brasilia : ma nouvelle obsession

A Machine to live in - Brasilia ma nouvelle obsessionBrasilia est étrange. Bâtie en 1000 jours à la fin des années 1950, principalement sous la direction de l’architecte Oscar Niemeyer, la capitale fédérale brésilienne incarne les utopies cosmo-futuristes de l’époque et l’autoritarisme du pouvoir politique qui imposa cette démarche titanesque.

Après avoir vu Êxtase au FNC, j’étais resté curieux à propos de la capitale du Brésil. Sans trop comprendre, d’ailleurs, pourquoi le personnage disait que Brasilia était en partie responsable de sa maladie. Puis, vient A machine to live in aux RIDM. Impossible de résister.

Le documentaire soulève une grande quantité de questions à propos de cette ville : Qu’est-ce qui ne va pas? Que restait-il du rêve original? Comment Brasília s’est-elle adaptée à ces idées modernistes? Quel est le message de Brasilia? Que reste-t-il de bon? Que reste-t-il de mauvais? Qu’est-ce qui en valait la peine? Qu’est-ce qui n’en valait pas la peine?

Le film ne donne pas nécessairement les réponses. Par contre, il creuse ces questions en recueillant les points de vue de divers intervenants, morts ou vivants : l’écrivaine Clarice Lispector, le cosmonaute Youri Gagarine, l’inventeur de l’esperanto L.L. Zamenhof, et la médium et fondatrice d’une secte Tia Neiva. Le premier long métrage des artistes Yoni Goldstein et Meredith Zielke mêle cependant le documentaire à l’architecture et à la science-fiction pour composer un voyage transcendantal au cœur de la ville de Brasília. 

Amateurs de théories conspirationnistes et d’extra-terrestres, ceci est un film qui excitera vos sens.

Architecture ou utopie technologique?

A machine to live in - Architechture ou utopie
Un groupe de motards local

« Brasilia was a socialist experiment in a capitalist society, and I wanted to point out here the generosity of the creators of Brasília, who thought far, who thought high, who thought well, seeking a more egalitarian society with less social differences, etc. […]And what became of all this is that Brasília is an attempt to do something different, to make/come up with a new proposal of living, to live. Then Brasília is what’s left from an attempt. But almost nothing was left from the utopia, maybe nothing or very little besides the proposal of a utopia, the own possibility of dreaming. » [Brasilia était une expérience socialiste dans une société capitaliste, et je voulais souligner ici la générosité des créateurs de Brasília, qui pensaient loin, qui pensaient haut, qui pensaient bien, cherchant une société plus égalitaire avec moins d’inégalités sociales, etc. […] Et ce qui est advenu de tout cela, c’est que Brasília est une tentative de faire quelque chose de différent, d’inventer / de proposer une nouvelle façon de vivre.Mais Brasilia est aussi ce qui reste d’une tentative. Mais il ne reste presque rien de l’utopie rêvée originale, peut-être même pas la possibilité de rêver.]

Les réalisateurs, grâce à des plans soigneusement composés, réussissent à montrer toute l’étrangeté de la capitale et des gens qui l’habitent. Au début du film, on nous dit que personne ne veut vivre à Brasilia Mais, qu’une fois qu’on y est, on est incapable de s’en sauver. Comme si cet endroit avait des pouvoirs cosmiques. Je ne saurais dire ce qui est fantaisie de ce qui est réel dans A machine to live in. Mais le gazon jaune, la terre ocre brune, les immeubles en forme de pyramide et les lieux publics froids et non invitants créent tout un effet au spectateur. On se laisse happer par l’atmosphère irréelle de ce film.

Mais encore…

A Machine to Live in - Mais encoreVous n’êtes pas friand de documentaires? Ce n’est vraiment pas important. Car avec A machine to live in, Yoni Goldstein et Meredith Zielke créent un objet audiovisuel aussi ambitieux qu’époustouflant. Et la question qui reste en tête est : une utopie peut-elle s’avérer réalisable et soutenable à long terme?

Note : 8/10

A machine to live in est présenté aux RIDM 2020.

Bande-annonce

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