Citta Giardino - afficheAu milieu de nulle part, en Sicile, une maison vétuste et abandonnée entourée d’une cour déserte et hostile. La chaleur qui y règne est insupportable. Sur ce terrain peu invitant, dans ces « Help Centres » offerts par le gouvernement italien, six mineurs non accompagnés atterris en Italie attendent que l’administration décide de la suite de leur destin. Leur quotidien est marqué par la monotonie, la sidération et l’isolation – leur smartphone constituant le seul lien au monde extérieur. Celui qui bouge, celui qui compte. Tandis que la vie à eux, elle, ne compte pas. Dans le documentaire Città giardino, les réalisateurs italiens Marco Piccarreda et Gaia Formenti ressuscitent leurs souvenirs de visites dans de tels centres d’accueil pour mineurs. 

Pour cette édition spéciale du festival Inncontro, festival de film international sur la migration situé à Innsbruck (Autriche), les organisateurs ont demandé aux réalisateurs des anciennes éditions de penser à leurs perles personnelles des films sur la migration. Città giardino a été ainsi proposé par la réalisatrice Alexandra D’Onofrio expliquant son choix ainsi : 

“This is something in fact the film Città giardino expresses masterfully: the sense of lost time, of lost youth. It conveys the sense of endless waiting which is a purposeful political decision in order to distinguish between whose time is precious and cannot be wasted therefore. In Italian we say ‘Il tempo è denaro’, time is money, so we cannot waste it as we cannot waste money. And whose time and youth has no value to the extent that it can just be thrown away, slip away without anybody else noticing.”[C’est, en fait, quelque chose que le film Città giardino exprime de façon magistrale : le sentiment du temps perdu, de la jeunesse perdue. Il transmet le sentiment d’une attente sans fin qui est une décision politique délibérée afin de distinguer entre ceux dont le temps est précieux et ne peut donc pas être gaspillé. En italien, nous disons « Il tempo è denaro », le temps c’est de l’argent, nous ne pouvons donc pas le gaspiller car nous ne pouvons pas gaspiller de l’argent. Et donc le temps et la jeunesse n’ont aucune valeur dans la mesure où ils peuvent simplement être jetés, s’échappent sans que personne ne s’en aperçoive.]

Città Giardino 1La caméra saisit cette sidération omniprésente de manière magistrale avec des métaphores époustouflantes si bien que même l’image de pâtes précuites conservées dans un tupperware symbolise la vie gardée sous clé. À ceci s’ajoute un jeu paratextuel intelligent : la forme des lettres du titre ainsi que l’intrigue sans ancrage spatiotemporel précis font penser au genre du conte de fées, attribution que le film renverse totalement, car, dans Città giardino, les jeunes ne se trouvent pas dans un jardin d’Éden, mais dans un giardino desséché. Et ils sont séquestrés tout comme la lettre « G » du titre, doublement encadrée. 

Un film à voir absolument non seulement pour sa thématique, mais aussi pour son esthétique extraordinaire. Disponible en ligne gratuitement le 20 novembre 2020 à partir de 18 heures (HNEC) – midi au Québec – sur le site du festival : https://www.inncontro.com/.

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