POISSONSEXE - AfficheUne ville côtière, un peu dans le futur, à une époque où la vie aquatique n’existe plus et où la dernière baleine du monde vient s’échouer. Là, un biologiste marin (Gustave Kervern) cherche encore des poissons. Il cherche aussi à être père dans un lieu où seules trois femmes sont en âge de procréer, soit une chance sur 6232,33 de trouver l’amour.

La science-fiction et le cinéma français, c’est une histoire compliquée. L’hexagone reste quand même l’un des plus grands filons du genre, surtout avec des auteurs comme Jules Verne, Moebius, Pierre Boulle et Enki Bilal. Le septième art français ne fait pas exception à la règle, notamment avec Alphaville de Jean-Luc Godard, La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, ou bien La Planète sauvage de René Laloux, toutes des œuvres considérées comme cultes auprès des cinéphiles. Mais dans les dernières années, le genre est moins présent dans les productions françaises, ce qui peut s’expliquer par un manque de moyens et de courage venant des studios. Des films de science-fiction sont toujours produits, mais très souvent dans des sous-genres moins ambitieux, comme le post-apocalyptique, la dystopie et l’anticipation. C’est de cette dernière catégorie que la production franco-belge Poissonsexe d’Olivier Babinet fait partie. Un film qui, par ailleurs, fait partie de l’édition 2020 du Festival du nouveau cinéma présente.

Notre futur

Même si le film appartient aux genres de la comédie et de la romance, il propose une représentation d’un futur proche vraisemblable. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un avenir où les poissons n’existent plus à cause de l’activité humaine. Un contexte qui permet d’instaurer le principal thème du film : la construction de notre futur. Tout au long du film, les personnages se demandent comment ils vont vivre dans l’avenir. Que ce soit dans un contexte global avec les scientifiques qui se questionnent sur l’avenir de la planète suite à la disparition des poissons, ou dans un contexte plus intimiste avec Daniel qui rêve d’une descendance. D’autres sujets sont abordés à travers ce thème, comme les dérives de la jeunesse ou bien de la technologie. Le sujet est très intéressant à explorer, car on se demande toujours où notre vie va aller dans les prochaines années, surtout dans des temps aussi compliqués qu’aujourd’hui. 

POISSONSEXE - Notre futur

Ce qui est bien pensé, c’est que les personnages du film ont leur propre vision du futur. Cela s’incarne surtout à travers les personnages de Daniel et Kukkola, chacun ayant sa propre vision de la descendance. Le premier souhaite avoir un enfant qu’il va aimer et guider dans ses choix, le tout porté par un amour inconditionnel. La seconde veut créer la descendance parfaite, un modèle à venir pour le futur, et préfère une conception scientifique et froide. Ces deux façons de voir les choses existent aussi à travers le problème de la disparition du poisson. En effet, Kukkola tente les solutions les plus logiques et efficaces, tandis que Daniel opte pour des solutions qui paraissent moins crédibles, mais qui sont plus justes. La question de l’amélioration de notre futur est alors posée et le film propose deux possibles solutions : celle logique ou celle juste. En bref, le réalisateur fait une très belle utilisation de son thème principal dans les différentes parties de son récit.

Une belle paire

Poissonsexe propose aussi un duo de personnages attachants. Les acteurs Gustave Kervern et India Hair arrivent à porter le film avec brio. Daniel, interprété par Kervern, prend un air si timide et triste qu’il est impossible de ne pas le prendre en affection. Quant à Lucie, interprétée par Hair, elle est à la fois d’une grande innocence et d’une certaine rudesse. Ce sont surtout ses moments purement sentimentaux qui la rendent attachante. Tout cela aidé par l’impression que les deux protagonistes, à cause de leur look et de leur caractère, sont totalement en dehors du monde auquel ils appartiennent.

POISSONSEXE - Une belle paire

Il est cependant dommage que les autres personnages du film ne soient pas aussi bien développés. Mis à part la patronne et l’amie de Daniel, tous les autres sont laissés au second plan. C’est surtout le cas pour les autres scientifiques, ayant pourtant le pouvoir de créer des scènes intéressantes. Cependant, le cas le plus évident est Éric, le collègue de Lucie. Le scénario veut qu’il éprouve une jalousie envers Daniel et un attachement envers Lucie, mais cela n’apporte rien du tout à l’histoire. Le personnage sera d’ailleurs complètement mis de côté pendant la seconde moitié du film. C’est d’autant plus dommage parce qu’il est joué par l’excellent acteur Alexis Manenti, lauréat du César du meilleur espoir masculin en 2020 pour son interprétation de Chris dans Les Misérables de Ladj Ly.

En somme, Poissonsexe est à la fois une très bonne comédie romantique avec un duo attachant, mais aussi une œuvre d’anticipation proposant des questions intéressantes sur notre avenir. On peut toutefois se désoler que les personnages secondaires  n’apportent pas plus de scènes intéressantes au long métrage. Même si le film ne rentre pas dans la catégorie de la science-fiction pure, il est un premier pas vers l’expansion du genre dans le futur. 

7/10

Bande-annonce

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