Jumbo – Mon manège à moi, c’est toi!

Jumbo - afficheJeanne, une jeune femme timide, travaille comme gardienne de nuit dans un parc d’attraction. Elle vit une relation fusionnelle avec sa mère, l’extravertie Margarette. Alors qu’aucun homme n’arrive à trouver sa place au sein du duo que tout oppose, Jeanne développe d’étranges sentiments envers Jumbo, l’attraction phare du parc.

Zoé Wittook réalise son premier film avec Jumbo et elle s’attaque à un sujet vraiment original et pas évident du tout. À partir de l’histoire vraie et peu banale de Erika Eiffel, qui a marié la tour du même nom en 2007, elle a imaginé un scénario moderne qui devait tenir la route.

Est-il possible de comprendre l’objectophilie?

Jumbo - Objectophilie
Jeanne (Noémie Merlant)

À notre époque de conflits de valeurs comme les changements de sexe, les greffes de visage, le droit de choisir sa fin de vie, l’adoption d’enfants par deux pères ou deux mères ou la démocratie bafouée dans des pays civilisés comme les États-Unis ou la Russie, l’idée d’épouser un objet inanimé, communément appelé l’objectophilie, étonne quand même. Mais on finit par se dire « pourquoi pas ? » … en se disant que le monde est fou!

Par contre, une grande part de ce que l’on pourrait appeler le gros bon sens subsiste en chacun de nous et à première vue, on repousse l’idée de même vouloir comprendre que quelqu’un préfère une mécanique à un être humain. Bon, on est entourés de gens amoureux de leur animal de compagnie et qui souvent délaissent les humains qui les entourent pour une relation fusionnelle avec leur toutou ou leur minou… Ça peut nous mettre sur la voie de la compréhension. L’acceptation est autre chose.

Mais, pour revenir au film Jumbo, c’est assez jumbo à avaler. Jeanne tombe littéralement amoureuse d’un manège de parc d’attractions. Elle nettoie la machine avec sa salive, qu’elle crache sur le torchon; on dirait que ça éveille la sensualité de la machine Jumbo… qui lui répond à sa façon…

Pourtant, le film est bon; Zoé Wittook réussit son pari de nous faire passer l’idée que Jeanne peut et va tomber en amour avec cette grosse machine de carnaval. Elle s’y prend d’abord, bien entendu, en nous amenant dans l’intimité de Jeanne. Dès les premières images, on la voit nue, en retard pour son premier quart de ce travail qui va lui faire rencontrer son destin amoureux. Dans sa chambre un peu désordonnée, type d’environnement auquel les films américains nous ont habitués, on est déjà avec Jeanne. 

Est-ce que Jeanne est normale, saine d’esprit et équilibrée? Sûrement pas mais, comme dirait le pape François, qui sommes-nous pour juger?

Le monde de Jeanne

Jumbo - Le monde de JeanneEntourée d’une mère un peu folle, d’un père absent, d’un groupe de garçons qui la harcèlent et d’un directeur de parc (Marc) en amoureux maladroit, Jeanne est évidemment susceptible d’éprouver des problèmes psychologiques. Elle présente d’ailleurs, selon la réalisatrice, un trouble du spectre de l’autisme, même si la chose n’est jamais nommée ainsi dans le film. Sur le mur à l’entrée de sa chambre, on peut lire : « Chantier interdit au public », comme si ça parlait de sa tête. 

Le film nous amène dans son monde, comme si c’était la réalité, assez habilement pour essayer de nous montrer ce que vit Jeanne dans sa réalité. Cinématographiquement, à la rencontre de Jeanne avec le manège Jumbo, on pense à Rencontre du troisième type de Spielberg, tellement l’image est extraterrestre, mais Wittook dit en entrevue qu’elle a plutôt été marquée par Orange mécanique de Stanley Kubrick. Notre intelligence rationnelle essaie de trouver des explications au fait que Jumbo répond aux avances de Jeanne, comme par exemple Marc, le copain maladroit, qui manipulerait la machine à distance. Mais la terre tremble littéralement à deux reprises, alors il faut se laisser aller ailleurs…

Jeanne passe des nuits avec Jumbo. Contrairement au père absent de Jeanne, Jumbo est boulonné dans le ciment; inconsciemment, elle a peut-être saisi l’avantage. Elle dit à sa mère : « C’est pas pour du sexe, c’est autre chose… »  Lamartine est cité dans le film : « Objet inanimé, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer? » N’a-t-on pas déjà reçu des mises en garde de Einstein et compagnie qu’un jour, des objets que l’on aura rendus intelligents nous dépasseraient? 

Jeanne vit son tour de manège comme un orgasme. Elle s’envoie en l’air dans les bras de Jumbo! L’huile joue aussi un assez grand rôle dans ce film. Jumbo pleure ou saigne mais, par des images très fortes, on assiste comme à la consommation de l’union de Jeanne avec Jumbo. Contrairement au père absent de Jeanne, Jumbo est boulonné dans le ciment, inconsciemment, elle a peut-être saisi l’avantage..

L’acceptation familiale

Jumbo - Acceptation familiale
Jeanne et sa mère (Emmanuelle Bercot)

Jeanne essaie de rester en contact avec sa mère : « J’aimerais bien te parler de quelqu’un de différent… » Puis, elle présente Jumbo à sa mère. Réaction violente de la mère. « C’est pas ma faute, j’ai pas choisi, il me rend heureuse… »

Un autre qui joue un rôle remarquable c’est Hubert, le copain de la mère. La mère désespérée lui lance un Je t’aime lorsqu’il la quitte. Il répond : « C’est pas à moi que tu dois dire ça… » Il a vu comment Margarette néglige sa fille.

J’imagine que l’on peut comparer cette situation à celle de quelqu’un qui annonçait à ses parents il y a 50 ans qu’il aime quelqu’un du même sexe… Jeanne souffre et pleure parce qu’elle se sait anormale. Dans une scène, elle frappe la machine avec une barre de fer parce qu’elle lui en veut d’avoir détruit sa vie. Elle s’excuse par la suite… Elle dit à Jumbo : « Ne me laisse pas toute seule avec eux… »

Mais encore…

Le film de Zoé Wittook est audacieux, original et intelligent. Mais passe-t-il la barre du film à succès? Pas sûr. Il m’a fallu deux visionnements et la lecture du dossier de presse pour aimer son résultat. Il y a certaines maladresses comme ramener le groupe de mâles malfaisants vers la fin lorsque Jeanne marie Jumbo. Le parc est fermé, ils n’ont pas affaire là. Je comprends qu’elle voulait nous montrer que c’est ce que Jeanne fuit en se liant avec la machine, mais c’est dérangeant dans le déroulement normal et chronologique. Les scènes où Jumbo perd son huile aussi sont assez difficiles à intégrer dans la suite normale de l’histoire, même si leur symbole est puissant.

Jumbo - Mais encore

Somme toute, c’est un film très intéressant, rempli de belles images fortes et intelligentes mais il y manque une certaine coordination pour rester accroché jusqu’à la fin.

À souligner, très bonne performance des acteurs, excellente pour Jeanne (Noémie Merlant) qui n’a pas de pudeur à l’écran.

Ce à quoi on croit est vrai. Tous les croyants du monde le pensent. 

8/10

Bande-annonce

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