Summerland – A l’eau de rose

     « – Pourquoi tu n’as pas de mari ? demande le petit garçon
– Et toi, pourquoi tu n’as pas de femme ? »

SUMMERLAND - afficheAlice est une écrivaine qui vit recluse dans sa maison au bord des falaises, dans le sud de l’Angleterre. Alors que la seconde guerre mondiale fait rage, elle se voit imposer, dans le cadre de l’effort de guerre, la garde d’un jeune garçon, Frank, évacué du Blitz de Londres. Bien qu’Alice ne veuille pas s’occuper de lui car elle craint que cela n’interfère avec son travail, l’innocence et la curiosité du jeune garçon réveillent en elle les souvenirs d’une histoire d’amour avec une femme durant les années folles.

Summerland est le premier long métrage de Jessica Swale, dramaturge et metteuse en scène de théâtre reconnue en Angleterre. Elle livre un film plutôt convenu dont la mise en scène est noyée dans une reconstitution trop soignée au détriment de son sujet.

Cohabitation

Summerland - cohabitation
Summerland – photo par Michael Wharley

Le film voyage dans trois temporalités : les années 70, les années 40 durant la guerre et les années 20. La même Alice parcourt les temps : l’actrice Penelope Wilton jouant le personnage des années 70 et Gemma Arterton interprétant la jeune Alice. Dès les premières images, nous sommes plongés dans les années 70 teintées de nostalgie. La vieille Alice avec un look hippie est interrompue par des enfants qui frappent à sa porte. Elle claque la porte à leur nez et se remet au travail sur sa machine à écrire. Le premier flash-back, un peu trop téléphoné, intervient où on retrouve Alice dans la même position sur sa machine à écrire avec la vue sur les falaises, quelque temps avant qu’elle ne soit forcée d’accueillir le jeune Frank, rescapé du Blitz.

Alice et Frank ne font pas bon ménage. La romancière en fait voir de toutes les couleurs au gentil garçon. Mais dès que Frank se voit malmené par ses nouveaux camarades de classe, c’est là que le film bascule. Alice se sent elle aussi rejetée par la communauté du village et elle trouve alors en lui son double dans l’image de la victime. Après cet évènement, la réconciliation amène les deux personnages à se trouver. Alice partage son travail littéraire tourné vers le folklore. Elle emmène le garçon au bord des falaises, à l’endroit même où les nuages sont censés, selon la légende, représenter une ville comme sur l’illustration de son roman. Puis Alice se découvre une sensibilité maternelle quand elle aide Frank à surmonter les tristes nouvelles venant de Londres.

Loin de la guerre, en mode vintage

Summerland - Loin de la guerreLe film se déroule dans sa majorité dans les années de guerre. Toutefois, la campagne où l’action se passe est totalement préservée donnant une image fantasmée et bucolique de cette période. Il fait beau, le soleil brille, les paysages sont magnifiques, la vie est paisible, trop paisible, trop fleur bleue, dans ce coin de l’Angleterre où les enfants de Londres sont envoyés pour fuir les bombardements.

Il faut attendre la dernière partie du film, plus convaincante, quand l’héroïne se rend à Londres au cœur du Blitz, pour être les témoins de scènes d’explosions et de furie dans des quartiers en feu et délabrés. La réalisatrice montre qu’elle a les capacités de faire un film de guerre, retrouvant l’histoire de son pays et laissant de côté une mise en scène édulcorée. On aurait préféré que cette rupture se produise plus tôt voire plus souvent pour donner à Summerland une intensité dramatique plus forte. La guerre est trop repoussée au second plan, utilisée comme une toile de fond décorative et pas suffisamment dramaturgique.

Sans spoiler le film si vous vous décidez à le voir, l’auteure réalisatrice utilise des ficelles narratives trop convenues rendant son scénario prévisible ou tiré par les cheveux, manquant parfois de singularité au profit de la recherche des bons sentiments gratifiant les personnages dans un décor de carte postale et de musée dépoussiéré. Si la reconstitution est belle et fidèle avec un travail méticuleux sur les costumes et les décors, la recherche systématique de l’image belle transforme le film en un conte de fée à la mode vintage. Mais, dépourvu d’un scénario solide et inventif, la mise en scène paraît trop maniériste pour être vraiment convaincante.

L’Histoire refoulée

Summerland - refouléeLa principale maladresse de Summerland réside dans le traitement que la cinéaste réserve à des sujets d’actualité brûlants : l’homosexualité et le racisme anti-Noirs. Construisant par la voie de flashbacks, avec des allers-retours entre les années 20, 40 et 70, une histoire d’amour entre une femme blanche et une femme noire, la cinéaste élude malheureusement les problématiques sociétales et contextuelles d’être lesbienne, Noire et une famille homoparentale dans ces années. Alors que les discriminations et les répressions étaient courantes dans un pays peu enclin à la liberté sexuelle, Jessica Swale balaie étonnement d’un revers de main l’Histoire en écrivant un film romantique à l’eau de rose, à coup de musique larmoyante. Loin de la mise en scène somptueuse de Carol de Todd Haynes ou de Sisterhood de Tracy Choi (découvert au festival international en ligne, We Are One), Summerland paraît fade, sinon fané et daté intellectuellement travestissant ainsi la vérité historique.

Note : 4/10

Bande-annonce

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2021 Le petit septième