un-fils - afficheFarès (Sami Bouajila) et Meriem (Najla Ben Abdallah) forment avec Aziz, leur fils de 9 ans, une famille tunisienne moderne issue d’un milieu privilégié. Lors d’une virée dans le sud de la Tunisie, leur voiture est prise pour cible par un groupe terroriste et le jeune garçon est grièvement blessé…

Après avoir fait ses preuves dans plusieurs festivals de films, plus particulièrement à la Mostra de Venise où son acteur principal a gagné le prix de la meilleure interprétation masculine dans la section Orrizzonti (section présentant des films plus modestes de tous horizons), le premier film du réalisateur tunisien Mehdi Barsaoui arrive sur les écrans québécois le 3 juillet. Juste à temps pour la réouverture des salles de cinéma de la province. Et, comme le contexte si particulier de cette année 2020 fait en sorte que peu de films réellement intéressants seront offerts aux spectateurs lors de la réouverture, je vous suggère d’aller voir Un fils, notamment pour encourager un jeune réalisateur prometteur et son excellent premier film.

Le pur drame humain

Un fils - Pur drame humainCe que Barsaoui réussit le mieux avec Un fils, c’est de toucher le spectateur avec le drame des deux personnages. Si l’introduction du film et la situation initiale de l’histoire sont suffisantes pour s’attacher à eux et ressentir la tristesse qu’ils vivent, le réalisateur a l’intelligence d’utiliser des éléments purement cinématographiques pour renforcer les émotions qu’il veut transmettre aux spectateurs. Cela commence avec la mise en scène, qui est très sobre et intimiste, comme le reste du long métrage. Le réalisateur se permet quelques folies, notamment un très joli plan avec le miroir, mais a la décence de ne pas en faire trop pour ne pas détruire son récit. Il met plutôt l’accent sur les gros plans, surtout sur les deux personnages principaux, qui font voir et ressentir leurs états émotionnels.

Mais cette mise en scène intimiste ne marcherait pas aussi bien sans les performances formidables des acteurs Sami Bouajila (récipiendaire à la Mostra) et Najla Ben Abdallah. Tous les deux donnent le meilleur d’eux-mêmes dans des rôles qui ne sont pas aussi faciles à jouer que l’on ne pourrait croire. Ils n’ont pas besoin de grand jeu théâtral pour montrer leur talent, mais seulement d’un jeu subtil, calme, mais remplie d’émotions et bien plus efficace que celui d’acteurs qui scandent à voix haute qu’ils sont en colère.

Beaucoup en peu de choses

Une autre grande qualité du film est qu’il réussit à dire beaucoup de choses tout en restant très limité dans son scénario et son environnement. En effet, l’histoire générale du film est celle de parents qui ont un enfant à l’hôpital, l’endroit où se déroule la grande majorité du récit. Cependant, à plusieurs moments, Mehdi Barsaoui réussit malgré tout à traiter de sujets sociétaux bien plus vastes, comme le terrorisme, le couple dans la société tunisienne, les problèmes liés aux dons d’organes et le conflit en Libye. Le meilleur, c’est que tous ses éléments ne transgressent jamais l’histoire et restent complémentaires à ce que vivent les personnages principaux.

Un fils - Beaucou en peu de choses

Mais, même avec ses nombreuses qualités, le film n’est pas parfait; je pense notamment à un aspect scénaristique exagéré et décalé du récit de base, bien qu’il entraîne un problème moral intéressant pour le père. Hormis cela, ce qui pourra certainement déplaire au spectateur lambda est le rythme du film, qui reste assez lent. Bien sûr, c’est un choix de réalisation parfaitement compréhensible, puisqu’il amène une ambiance mélancolique très utile au récit. Cependant, tout le monde n’est pas fait pour tenir un rythme lent et certains pourraient malheureusement trouver le film long alors qu’il ne fait que 95 minutes.

Mais, malgré ces défauts, Un Fils de Mehdi Barsaoui reste un très bon premier long métrage maîtrisé et qui peut très vite mettre en estime son réalisateur ainsi que le cinéma maghrébin, encore trop peu connu à ce jour.

8/10

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