« Tu n’es pas un animal… Tu es un singe »

Le voyage du prince - afficheUn vieux singe, prince de son état, se retrouve perdu et blessé sur un rivage inconnu. Il est sauvé et abrité par un jeune singe, dont les parents scientifiques ont été chassés de leur communauté pour avoir cru à l’existence d’autres civilisations simiennes. Cette fable animée raconte le voyage de ce singe vieillissant découvrant une nouvelle civilisation.

Avec Le voyage du prince, Jean-François Laguionie et Xavier Picard questionnent notre société et nos croyances en imaginant des singes qui habiteraient un monde similaire au nôtre. Passé, présent et avenir se côtoient dans ce film animé.

La technique

Pour Le Voyage du prince, Jean-François Laguionie relève ses décors et ses personnages de camaïeux réalisés à l’encre ou à l’aquarelle. Ses équipes de dessinateurs enrichissent ensuite sa technique traditionnelle par l’assistance de la technologie numérique 3D. Celle-ci permet une finesse pour les mouvements difficile à obtenir manuellement. Elle fait également gagner du temps dans la fabrication du film. Mais ce soutien technique reste invisible aux yeux du spectateur, de manière à ce que, toujours, le dessin soit valorisé.

L’Histoire pour l’histoire

Voyage du prince - Histoire pour l'histoire
Le prince

Afin de bien ancrer leur critique sociétale et de la rendre crédible, les réalisateurs l’ont située dans une époque et un style cohérent à ce nouveau monde et se sont attardés au réalisme des comportements, afin de créer un univers qui nous fasse penser à notre propre histoire.

« Nous avons choisi la fin du XIXe siècle, une époque où jamais dans l’histoire, l’Homme ne s’est senti aussi supérieur à la nature et à ceux qui n’étaient pas parvenu, selon eux, au même degré d’évolution. C’est le règne du progrès, des découvertes industrielles, de l’électricité rayonnante et des expositions coloniales où l’on présentait les « sauvages » dans des cages analogues à celles du Jardin des Plantes… »

Alors que la majorité du film se situe à cette époque, le prince, lui, semble plutôt provenir de la Renaissance. Il parle de son pays comme d’un endroit où les arts, la poésie et les plaisirs de la chasse priment sur le reste. D’ailleurs, le prince rappelle étrangement un certain Leonardo. Il est passionné d’art et d’inventions, en particulier de machines volantes (qu’il imagine en dessin tel Leonardo), comme de tout ce qui concerne l’astronomie, la poésie et les sciences naturelles…

Pas étonnant qu’il ne comprenne pas cette société dans laquelle les plaisirs sont encouragés par l’Académie des sciences, à condition qu’ils soient bien encadrés. Le quartier de la Cité, le seul qui soit consacré à la fête, est constitué de baraques à épouvante dans lesquelles on ne reconnaît plus les singes dignes et paisibles des autres séquences, puisqu’ils sont masqués et métamorphosés en fêtards inquiétants. 

Une critique et des clichés

Voyage du prince critiques et clichés
Le professeur

Le voyage du prince, c’est aussi une critique de notre société. Comment en sommes-nous rendus où nous en sommes actuellement? C’est en nous montrant une cité avec de grands immeubles, de grandes routes et beaucoup de bitume, assaillie par les plantes grimpantes, les arbres et autres verdures, que le film nous fait voir ce que nous, humains, avons fait de notre planète. Les habitants Nioukos en sont rendus à combattre la nature qui tente de reprendre l’espace. Les quartiers où sévit la nature sont désertés comme s’ils étaient plus dangereux que les quartiers malfamés. 

On découvre cette grande cité grâce à un double regard : celui du spectateur et celui du prince. Le problème arrive quand on creuse un peu les personnages. Pourquoi la seule femme importante dans ce récit est une vieille fatigante, aigrie? Pour ajouter à ce pauvre cliché, elle fera, évidemment, preuve de compréhension, d’ouverture et de générosité. Parce que c’est ainsi qu’une femme agit. Et comme dans une mauvaise chicane entre progressistes et conservateurs, on a le prince – ou le passé – qui est tellement ouvert d’esprit, d’entregent et de vigueur. Il est tout ce qu’il y a de bon en l’homme. Pendant ce temps, on nous présente les scientifiques commes des gens bornés, incapables de voir au-delà de leur nez. Évidemment, il y a la naïveté de la jeunesse qui sauvera la mise…

Mais encore…

Voyage du prince - Tom
Tom

Ce que Le voyage du prince montre bien, par contre, c’est la force de la peur. Thématique ancienne, mais aussi extrêmement actuelle que celle de la peur de l’Autre. Le prince, tout comme les migrants, vient d’ailleurs. Il est différent. Et ça, ça crée des craintes infondées chez les dirigeants, mais aussi dans la population. Sans oublier une peur toute nouvelle, que l’on commence à voir dans notre monde : la peur de la nature.

La forêt lutte contre la cité des singes, sorte de gigantesque mégalopole de la fin du XIXe qui n’est pas sans rappeler l’univers de Fritz Lang.

Non, Le voyage du prince n’est vraiment pas un grand film. Par contre, il est très certainement un film intéressant à faire voir à vos enfants. Car ses faiblesses en font aussi un film facile à comprendre pour un public… plus jeune. Et pour les parents, vous ne vous ennuierez pas en le regardant avec eux.

Note : 6.5/10

Le voyage du prince est présenté dans le cadre des Sommets du cinéma d’animation.

Visionnez la bande-annonce :

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