Les affamés - afficheBonin arpente un Québec rural avec son ami Vézina, éliminant sur son chemin les créatures assoiffées de sang ayant jadis été des hommes. Un jour, Bonin croise le chemin de Tania, une jeune femme dépassée par les récents événements qui a été mordue par ce qu’elle prétend être un chien. Bien que Bonin se méfie de cette blessure, il décide de lui faire confiance et de lui présenter ses complices, Thérèse et Pauline. Ensemble, accompagnés par d’autres survivants de tous âges, ils traversent la forêt en tâchant de ne pas attirer l’attention des dangereux affamés.

Je n’y vais pas de main morte : le film Les affamés est génialissime, événementiel. Quelle offrande généreuse et enthousiasmante que celle versée par Robin Aubert aux cinéphiles – friands d’épouvante ou non. Le TIFF et le FNC ont respectivement couvert l’œuvre de fleurs en 2017 (meilleur film canadien et prix du public du meilleur long métrage, section Temps Ø). Robin Aubert replonge dans l’horreur avec un plaisir manifeste, genre qu’il a embrassé à pleine bouche en 2005 lors de la réalisation de l’énigmatique Saints-Martyrs-des-Damnés.

Atterrissage forcé dans l’horreur

Les affamés 2Scénariste habile, Robin Aubert établit une structure dramatique astucieuse: la genèse de la catastrophe est tue. Ainsi, le film s’amorce alors que l’action en est à son dénouement : le village est d’emblée assiégé par des créatures hagardes et sanguinaires. Des bras et des jambes entravent la chaussée comme autant de bêtes inanimées, funeste ornementation des autoroutes.

Bonin (Marc-André Grondin) et son acolyte Vézina (Didier Lucien) semblent insensibles devant une scène qui fait tressaillir un spectateur encore vierge de catastrophes apocalyptiques. L’humour de certains personnages est d’une ténacité déstabilisante pour ce même spectateur qui pénètre nouvellement cet univers maudit. Il va à la rencontre de personnages qui ne sont sans doute plus ce qu’ils étaient initialement, symptôme d’une accoutumance progressive à l’horreur.

Les survivants auxquels s’attache rapidement le spectateur s’allient, tout en misant sur l’exode prochain des créatures. Le manque de vigilance un peu insensé des personnages peut quelquefois faire sourciller le spectateur. Les créatures ayant l’ouïe extrêmement fine, une sage prudence s’impose. Je me permets de mentionner que ces créatures ont affaire à des femmes héroïques et redoutables. Elles sont dotées d’une combativité que l’horreur a souvent refusé aux personnages féminins.

Le nouveau théâtre de l’épouvante

Les affamés 3Ceux qui ne sont pas étrangers au genre savent que la ville constitue l’habituel théâtre de l’épouvante. Robin Aubert situe hardiment l’action dans un village et arrive à faire prendre racine à l’horreur dans un paysage diurne et bucolique. L’autoroute qui borde la bourgade constitue la seule maigre promesse d’une ville éventuelle.

Cet environnement nouveau est propice à une revitalisation de l’horreur à laquelle se prête habilement Robin Aubert. Il exploite deux éléments desquels découle l’effroi : l’immensité et le silence. L’inquiétante étendue de la forêt inspire au spectateur un angoissant sentiment d’insolubilité. La menace a un si grand terrain de jeu; elle ne peut que triompher. Cette forêt aux multiples recoins n’est que silence. Robin Aubert joue avec eux avec la précision du plus acclamé des lanceurs de couteaux. Dans Les affamés, l’éclatement d’une trappe à souris a l’impact d’une secousse sismique d’une ampleur à condamner une métropole. L’environnement sonore est inquiétant et ensorcelant.

Quand horreur et expérience esthétique se marient

Le travail de Robin Aubert consiste en une vivifiante complexification du genre. Un sentiment spirituel anime les zombies et les densifie en tant que créatures monstrueuses et gourmandes. Elles ont un autre objectif que l’assouvissement temporaire de leur faim. Ce sentiment les pousse à l’édification d’imposantes structures composées d’objets hétéroclites. Ce réflexe évoque celui des bâtisseurs de ziggourats, de pyramides, de cathédrales au squelette robuste.

Ainsi, Les affamés est à la fois un film d’horreur terrifiant, haletant et une expérience esthétique convaincante. Ces structures sont belles et majestueuses. Elles seraient à leur juste place dans un musée d’art contemporain. Le film est un florilège de scènes à la fois sanguinolentes et poétiques. Il est porté par des acteurs au jeu vigoureux et convaincant.

En bref, le film Les affamés est l’opposé de ce qu’il relate ; il est l’exact et bienheureux contraire d’une catastrophe.

Note: 9.5/10

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