« There’s two types of people in this world… »
[Il y a deux types de personne dans ce monde…]

TLPS - afficheWayne (Nathanael Chadwick), un acteur amateur utilisant « la méthode », hérite du dernier cinéma pour adultes de la ville à la mort de son père. Après avoir décidé de conserver cette salle, il s’enfonce lentement dans un monde noir et pornographique alors qu’il lutte pour résoudre les traumas de sa jeunesse et trouver la réconciliation avec ce père qu’il connaissait à peine.

Avec The Last Porno Show, Kire Paputts explore la manière dont nous nous distançons des générations précédentes et des personnes qui nous élèvent. Mais devenons-nous malgré tout comme nos parents?

La méthode

The Last Porno Show - La méthode - Wayner
Wayner (le jeune Wayne)

En méritant son premier rôle principal dans un film, Wayne ne peut s’empêcher de reconnaître les similitudes entre ce personnage fictif et son père. L’acteur se prépare donc lentement au tournage, en adoptant de plus en plus la personnalité d’Al (son père), mais il commence du même coup à perdre sa propre identité. S’ensuit pour Wayne une longue descente dans les ténèbres de son âme.

Alors que Wayne vit et respire comme Al, il se retrouve dans un univers beaucoup plus sombre que tout ce qu’il aurait pu imaginer. Ce n’est plus juste une étude de personnage que vit Wayne, mais une reconstruction douloureuse des expériences traumatiques de son enfance. Et c’est par la rencontre de Ralf, le partenaire commercial d’Al, Julia, une compagne intime et amoureuse à temps partiel d’Al, et Athar, un garçon immigré qui habite dans les appartements à l’étage supérieur, que Wayne plonge. Il amène même le pauvre enfant à revivre les mêmes épreuves bouleversantes qu’il a vécues dans son enfance. Un de ces événements étant la fois où il s’est retrouvé dans une toilette du cinéma, alors qu’un homme voulait utiliser le gloryhole qui s’y trouvait…

Pour certains acteurs, vivre le personnage est suffisant pour réussir une belle performance. Mais tous ne sont pas Daniel Day-Lewis. Certains vont trop loin dans l’approche de la méthode. C’est ce qui arrive dans le cas de Wayne. Ce film explore la manière dont un acteur de méthode aborderait une relation père-fils en tant que personne, alors que lui-même n’aurait jamais eu de famille nourricière.

Sans jugements

TLPS - Sans jugements - Wayne-Watching-Porn
Wayne au cinéma érotique

C’est rafraichissant de voir un film qui traite du monde de la pornographie sans porter un jugement négatif sur celui-ci. Et The Last Porno Show ne s’intéresse pas seulement à la culture de la porn, mais aussi à son impact sur la gentrification. Ou plutôt à l’impact de la gentrification des quartiers sur la place accordée à la pornographie dans notre environnement. Au cours de l’âge d’or de la pornographie, toutes les grandes villes avaient leurs cinémas pour adultes et ceux-ci recevaient un accueil plutôt positif. Le réalisateur va même jusqu’à dire : « Il existe un certain romantisme dans cette époque avec des films comme Deep Throat (1972) ou Behind The Green Door (1972). » Mais, quarante ans plus tard, ce n’est plus le cas. Les cinémas pour adultes sont désormais associés à des vieux cochons en imperméable. Ces salles ont d’ailleurs pratiquement disparu du paysage canadien; le Metro Cinema de Toronto a effectivement fermé ses portes en 2012 et le Cinéma L’amour est le dernier survivant à Montréal.

C’est donc un des points forts du film que de ne pas porter de jugement sur ce monde plus caché que jamais, mais plus présent que jamais. Peut-être que notre société devrait cesser de s’enfoncer la tête dans le sable et accepter ce qui est, de toute façon, présent dans la vie d’une grande majorité. En tout cas, Paputts pose la question.

Sexe non simulé au cinéma

TLPS - Sexe non simulé - Wayne,-Ashley,-and-Chad
Wayne,,Ashley,et Chad

The Last Porno Show traite d’un autre sujet controversé du cinéma : les scènes de sexe non simulées dans un film non pornographique. Bien que peu fréquent, plusieurs réalisateurs et réalisatrices ont fait usage de ce procédé dans les dernières années; je pense à de superbes films comme 9 Songs ou Lucìa y el sexo.

En utilisant le principe du film dans le film, le réalisateur de The Last Porno Show nous amène à réfléchir à l’utilisation du sexe au cinéma. Wayne participe à un film d’auteur dans lequel le réalisateur veut tourner des scènes de sexe non simulées. Est-ce donc de la pornographie? 9 Songs et Lucìa y el sexo utilisent le sexe non simulé pour montrer l’importance du sexe dans la vie d’un couple. Deux films qui ne se gênent pas pour tout montrer. Et pourtant, on ne parle pas de pornographie. Est-ce dû au processus créatif derrière la réalisation des films? C’est une question que pose Kire Paputts dans The Last Porno Show

Mais encore…

TLPS - Mais encore - Birthday-Reenactment
Anniversaire…

La présence (ou l’absence) de cinémas adultes affecte-t-elle la couleur, le tissu et l’identité d’un quartier? Je ne m’étais jamais posé la question, en fait. Mais, maintenant, j’avoue me questionner à ce sujet. Si tel est l’objectif poursuivi par Paputts, il réussit à merveille.

« The Last Porno Show was produced through Arts Council grants, crowdfunding, and personal savings. It’s important to push the envelope, whether it’s through form, story, or technical advancements. Film should take audiences to a place they haven’t been before and sometimes that means taking them on an emotional rollercoaster. Although there have been numerous films that revolve around the porn industry I’ve never seen one that weaves pornography into a traditional story like ours. Many people are going to get hung up on our use of hardcore pornography, but at the end of the day this film has a lot of heart and that’s what I’m most proud of. » [The Last Porno Show a été réalisé grâce aux subventions du Conseil des arts, au financement participatif et aux économies personnelles. Il est important de repousser les limites, que ce soit par la forme, l’histoire ou les progrès techniques. Le cinéma devrait emmener le public dans un endroit où il n’était jamais allé auparavant. Bien que de nombreux films soient consacrés à l’industrie de la porno, je n’en ai jamais vu un qui insère la pornographie dans une histoire traditionnelle comme la nôtre. Beaucoup de gens vont rester accrochés à notre utilisation de la pornographie « hardcore », mais, au bout du compte, ce film a beaucoup de cœur et c’est ce dont je suis le plus fier.]

Voilà!

Note : 8.5/10

The Last Porno Show est présenté au TIFF les 10, 12 et 13 septembre 2019.

Visionnez la bande-annonce :

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