« Et pourquoi est-ce que la statue est dans un très bon état malgré ses 2300 ans? C’est la grandeur de Gaza, une des bénédictions de Dieu. C’est le secret de Gaza. »
-Jawdat Khoudary, entrepreneur et collectionneur d’objets archéologiques

Apollon de Gaza - AfficheEn 2013, une statue d’Apollon datant de l’Antiquité est trouvée au large de Gaza avant de disparaître dans d’étranges conditions. Œuvre de faussaires ou bénédiction des dieux pour un peuple palestinien en mal d’espoir? Bientôt, la rumeur s’emballe alors qu’en coulisse différents acteurs locaux et internationaux s’agitent, mus par un souci de préservation ou par une logique purement mercantile. Tourné à Gaza et à Jérusalem, L’Apollon de Gaza se déploie comme un film-enquête axé sur ce trésor national qui fait rêver.

Quoiqu’en dise le résumé officiel, dans L’Apollon de Gaza, Nicolas Wadimoff utilise la sculpture antique comme un prétexte pour aborder des enjeux politiques plus vastes et plus sensibles.

Le sujet du film?

Apollon de Gaza - Le Sujet du Film« D’où vient-il? Qui l’a trouvé? Comment l’a-t-on trouvé? » Ces questions, émises dès le début du film par l’archéologue et père dominicain Jean-Baptiste Humbert, confirment les attentes que le titre et le résumé du documentaire avaient créées : le film enquêtera sur cette fameuse statue. C’est en grande partie pour cette raison que le documentaire m’apparaît plutôt décevant. Au final, on n’en sait guère plus sur la statue qu’avant d’avoir regardé le film.

Les questions posées aux différents intervenants concernant la statue – son origine, son authenticité, etc. – semblent plus souvent qu’autrement servir à ouvrir sur des enjeux territoriaux et politiques. La sculpture est en effet grandement revendiquée pour ce qu’elle peut apporter à Gaza. Le sujet de L’Apollon de Gaza, finalement, c’est Gaza. Malgré tout, les questionnements qui en sont issus sont très intéressants et si l’on approche le film de ce point de vue, on comprend qu’il se soit mérité plusieurs nominations dans des festivals de documentaires à travers le monde (Locarno, Leipzig, Montréal).

Mythos

Apollon de Gaza - MythosPour prouver que la sculpture revient de droit à Gaza, tout est permis… même d’expliquer que le bronze ne s’est pas corrodé malgré les années qu’il aurait passé dans l’eau saline « grâce à la grandeur de Gaza, une des bénédictions de Dieu ». D’ailleurs, le documentaire met en lumière les contradictions entre les différents témoignages : à un moment on apprend que la sculpture pesait 750 kilos, à un autre 300. Comme quoi il n’y a pas que le dieu Apollon lui-même qui est issu du mythe…

« Mythos signifie quelque chose que vous avez inventé, créé. […] Ce sont des mensonges. Durant votre vie, vous inventez une histoire que vous aimez, vous avez cette image romantique à laquelle vous aimeriez croire. Mais elle n’a jamais existé. » Cette phrase clôt parfaitement le film. Grâce à elle, la boucle est bouclée. Il ne s’agissait pas tant de rendre l’accès à la vérité possible par ce documentaire, mais de montrer les différentes vérités qui se construisent selon les aspirations de chacun.

Mais encore…

La statue ayant disparu, les diverses histoires l’entourant peuvent difficilement être remises en cause et, au contraire, peuvent foisonner. Est-elle authentique ? Chacun a son opinion. Vient-elle de la mer? Même chose. Et personne ne peut hors de tout doute confirmer ou infirmer ces hypothèses.

En somme, il n’y a pas qu’un seul Apollon de Gaza; il y en a plusieurs. Et c’est ce que L’Apollon de Gaza démontre… hors de tout doute.

Note: 7/10

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