« Vous êtes pas obligée de dire toute la vérité. […]
On vous demande pas de mentir. Mais juste de faire des omissions. »

Affiche - Les invisiblesSuite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il reste trois mois aux travailleuses sociales pour tenter de réinsérer les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis!

Avec son plus récent film, Les invisibles, Louis-Julien Petit montre la dure réalité que vivent les femmes SDF dans le Nord de la France. Mais aussi les difficultés rencontrées par les travailleuses sociales et les bénévoles qui tentent de les aider.

Les travailleuses sociales

Invisibles - travailleuses sociales
Manu (Corinne Masiero) et une des accueillies

Ces femmes, qui sont au centre du film, bénévoles ou non, font un travail difficile, mais essentiel, voire exemplaire. Un travail ingrat puisqu’elles ont rarement droit à un “merci” de la part de celles qu’elles parviennent à réinsérer. Et encore moins de ceux qui donnent les subventions (ou les retirent).

Mais ici, face à la condamnation du centre, les travailleuses sociales vont outrepasser leurs fonctions et réinventer leur métier, hors du système, menant une lutte qui leur paraît juste. Parfois, et c’est le cas ici, les règles sont écrites par des gens qui ne connaissent pas la réalité physique. Et lorsqu’on traite avec des gens, les théories sont bien belles, mais on réalise assez souvent que la pratique se fout bien des théories.

C’est Audrey (Audrey Lamy) qui, la première, décide de briser ces règles. Son désir d’aider les pauvres femmes de la rue l’amène à braver cette loi non écrite qui dit qu’il faut être empathique, et non pas sympathique, à une personne qu’on doit aider. Puis vient le tour de Manu (Corinne Masiero), sa patronne. Normalement, on aurait tendance à trouver que ce genre de comportement n’est pas réaliste. Mais ce film, qui rappelle le réalisme social de The Full Monthy par son ton dans la lignée des comédies sociales anglo-saxonnes, frappe juste.

L’humour comme bouclier

Invisibles - humour comme bouclier
Hélène

Afin de faire passer le drame que vivent ces femmes sans tomber dans le mélodrame, le réalisateur a choisi d’utiliser l’humour. Mais, plutôt que de se lancer dans l’humour gras et peu subtil qui a pour but de faire s’esclaffer les spectateurs, Petit y est plutôt allé du genre d’humour qui fait sourire et qui fait réfléchir.

Quand le personnage de Chantal fait des entrevues pour trouver un job et qu’elle ne peut s’empêcher de raconter qu’elle a fait de la prison pour meurtre, on n’en revient pas. Mais voyons qu’elle raconte ça! Et pourtant… Mais, du coup, ce personnage devient extrêmement sympathique tout en restant amusant. De plus, sa détermination est incroyable. Et il y a les autres femmes…

Les femmes sans domicile fixe

Invisible - SDFQui de mieux placé qu’une ancienne SDF pour en interpréter une au cinéma… « Quelques mois avant le début du tournage, nous avons lancé un important casting. Je souhaitais tourner avec des actrices non professionnelles pour les rôles de femmes SDF. Nous nous étions fixés d’en trouver une cinquantaine qui avaient connu la rue, des ex-SDF désormais “stabilisées” ou des femmes vivant en foyer d’accueil. Nous avons auditionné plus de 150 femmes, chacune avait une heure pour parler de sa vie sans retenue, face caméra. Pour me permettre de mieux cerner leurs personnalités, observer comment elles se comportaient, seules et en groupe, nous avons organisé ensuite des ateliers pour « tester » ces actrices en herbe, afin d’apprécier celles que j’allais pouvoir mettre en avant. J’ai demandé à chaque participante de se trouver un nom d’emprunt, en choisissant celui d’une femme qu’elle admirait. Sur le tournage, nous n’avons jamais réellement su leurs vrais noms. Pour l’équipe, elles sont donc restées pendant deux mois Edith (Piaf), Brigitte (Macron), Lady Dy, Simone (Veil), Marie-Josée (Nat), Mimy (Mathy), etc… En pouvant s’abriter derrière une personnalité autre, elles ont trouvé le courage de se livrer dans toute leur vérité, en oubliant la caméra. Il n’y avait parmi elles que deux actrices professionnelles : Sarah Suco (Julie) et Marie-Christine Orry (Catherine), dont les personnages reprenaient les traits de femmes présentes dans le documentaire et dans le livre. »

Le documentaire en question, c’est Femmes invisibles, survivre dans la rue et le livre, lui, c’est Sur la route des Invisibles. Les deux étant de Claire Lajeunie. Ces portraits de femmes, à la fois fragiles et combatives, sont devenus la base de Les invisibles. Des personnes pleines de contradictions, et aussi attachantes qu’exaspérantes.

Mais encore…

Invisibles - mais encorePour s’assurer du réalisme de son film, le réalisateur a passé plus d’un an à parcourir les centres d’accueil de la France afin de rencontrer des femmes SDF de différentes régions. Par la même occasion, il a rencontré de nombreux travailleurs (surtout des femmes) sociaux. « Il m’est vite apparu que c’étaient ces deux catégories de femmes « invisibles » aux yeux de la société, travailleuses et accueillies, mises face à face au quotidien, que j’avais envie de mettre en lumière dans ce film. »

Avec l’humour comme bouclier, Les Invisibles est un film de combattantes, une épopée tragi-comique dans lequel la lutte est plus importante que l’objectif quasi utopique à atteindre. Que leurs armes soient légales ou pas, leur réussite se situe dans l’action commune et dans l’aventure que ces femmes vont vivre, ensemble.

Note : 8/10

Visionnez la bande-annonce :

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