« Vorrei fare delle costruizioni sempre legate a questo bisogno dell’uomo di andare oltre al finito. » – Mario Botta
[J’aimerais réaliser des constructions liées à ce besoin de l’homme d’atteindre l’au-delà] – Mario Botta

Mario Botta - AfficheVoyage artistique au cœur du travail de l’architecte suisse de renommée internationale, Mario Botta (né en 1943). Passionné, infatigable et doté d’une forte personnalité, Botta est l’un des rares architectes à avoir travaillé à la construction de lieux de prière pour les trois principales religions monothéistes. À travers ses réflexions sur son travail et ses échanges avec des artistes, collègues et membres de sa famille, ce documentaire nous donne à découvrir l’homme qui se cache derrière de nombreuses constructions architecturales.

S’ouvrant avec la vision sublime d’une église romane italienne et se terminant avec celle d’une récente construction signée Botta, les réalisatrices Loretta Dalpozzo et Michèle Volontè présentent, tout au long de Mario Botta. The Space Beyond, l’héritage duel que cet architecte suisse réinvestit dans les édifices religieux qu’il conçoit. Botta, partagé entre la tradition de la Renaissance italienne et les principes de l’architecture moderne, devient de ce fait l’occasion, dans ce documentaire, d’amorcer une discussion sur l’universalité du sentiment religieux.

Entre tradition et innovation

Mario Botta - Église Saint-Jean-Baptiste, Mogno, Suisse, 1996
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La démarche de l’artiste est présentée alors qu’on le suit dans les différentes étapes de création et de production d’une église dont il a reçu la commande en Corée du Sud : ses rencontres avec les commanditaires, ses discussions avec l’artiste avec qui il collabore pour les décors sculptés, ses visites in situ, etc. C’est à travers ce parcours qu’est mise de l’avant l’importance de la perception du spectateur dans les différents choix architecturaux qu’il propose. La lumière, les volumes, les matériaux employés, pour ne nommer que ces éléments, sont mis à contribution pour instaurer l’atmosphère souhaitée au sein de ses créations, qui s’écartent pourtant énormément de l’image que l’on se fait d’une église…

Alors que l’accent mis sur ces aspects semble inscrire Botta dans la mouvance de l’architecture moderne – il se réclame d’ailleurs de l’influence de Le Corbusier, Carlo Scarpa et Louis Kahn –, il n’est pas incompatible avec la volonté de poursuivre une tradition historique. Les principes de l’architecture gothique, par exemple, reposaient sur la quête de la hauteur et de la lumière de manière à favoriser une proximité avec le divin. Qui plus est, l’architecture des bâtiments ecclésiaux a, depuis lors, été pensée en fonction des rituels qui y étaient célébrés et de la manière la plus efficace d’organiser les lieux et les décors afin de les présenter aux spectateurs.

Sans détailler les réflexions de Botta concernant l’organisation du culte dans l’espace – et c’est là un aspect qui mériterait d’être abordé davantage dans le film à mon avis –, Mario Botta. The Space Beyond montre bien que l’enjeu est fondamental dans la pratique de l’architecte.

Le sacré, un fait universel

Mais ce qui ressort chez Botta, fait qu’il expose d’ailleurs lui-même, c’est que l’importance de cette dimension n’est pas exclusive à la religion catholique. L’exemple de la synagogue qu’il a conçue pour l’Université de Tel Aviv en 1998 est en ce sens particulièrement intéressant. Pensée par Botta sur le modèle d’une salle de conférence afin de s’intégrer à l’université, dont la vocation est laïque, la forme du lieu respecte également la fonction intrinsèque de la synagogue, soit l’endroit où est prodigué l’enseignement des textes sacrés. Comment s’inscrire davantage dans l’esprit du lieu tout en reconduisant la sacralité propre au judaïsme?

Mario Botta - Maquette de la mosquée
Maquette de la mosquée

Ainsi, la compréhension de l’inconnu, qui s’exprime chez plusieurs par la foi, est un besoin humain universel et Botta considère que cette sacralité se communique aussi de manière universelle architecturalement parlant : par la lumière, par l’espace. À preuve, les prises de vue époustouflantes et la musique de Bruno Brugnano, qui contribuent à transmettre l’atmosphère mystique des édifices conçus par l’architecte, et cela peu importe leur confession et celle du spectateur…

Des lieux majestueux…

Mario Botta. The Space Beyond est de ce fait l’occasion de découvrir des lieux grandioses, magiques même, où l’architecture s’intègre parfaitement au site, où la matière, la lumière, les volumes sont au service de l’enchantement.

…trop peu présents

Toutefois, on ne consacre justement pas suffisamment d’attention à ces lieux dans le documentaire à mon avis. De nombreuses créations de Botta sont montrées, mais peu sont vraiment approfondies; mises de côtés au profit de données biographiques anodines comme sa santé fragile alors qu’il était enfant, son mariage, ou le père absent qu’il était. Certes ces informations contribuent à l’élaboration du personnage, mais cette approche biographique qui fait le panégyrique de l’artiste, nuit, en ce qui me concerne, à l’appréciation du film. Il s’agit évidemment d’une question de préférence personnelle, mais ma soif de découvrir ses créations architecturales n’a malheureusement pas été comblée grâce à ce film. Une petite déception, mais une belle découverte artistique.

Note: 6,5/10

Mario Botta. The Space Beyond est présenté les 22 et 31 mars dans le cadre du FIFA 2019.

Visionnez la bande-annonce :

One Comment

  1. N’ayant pas vu ce documentaire, je ne peux vraiment commenter… Mais cette critique semble bien cerner le personnage aussi bien que les choix des réalisatrices. Elle incite également à aller voir le film.
    Critique bien construite…

    Jean-Yves Caron

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