Au temps où les arabes dansaient - afficheLe documentaire de Jawad Rhalib Au temps où les Arabes dansaient pose un regard éclairé sur le combat que doivent mener les femmes et les artistes dans des sociétés aux prises avec le fondamentalisme. À travers une incursion dans la culture arabo-musulmane, notamment les univers de la littérature, du cinéma, de la danse et de la musique, le film se veut une profonde réflexion sur l’avenir complexe des sociétés occidentales multiculturelles. En se basant sur ses propres souvenirs d’enfance, sur des films d’archives retraçant les prodigieuses années de la danse orientale et sur des témoignages de figures artistiques actuelles, le réalisateur livre un vibrant plaidoyer pour la liberté.

Au temps ou les arabes dansaient - Des images de femmesDes images de femmes arabes, mais libres qui dansent. Ce film nous amène sur un fil de fer : d’un côté, la religion musulmane gérée par des hommes qui essaient de faire retourner leur peuple et surtout leurs femmes au Moyen Âge et, de l’autre côté, la liberté, de mouvement, de pensée, d’expression et de vivre.

Au tout début, un imam parle à un groupe d’enfants : « Ceux qui aiment la musique, certains seront transformés en singe ou en porc et peuvent être engloutis par la terre…! » Pour une religion qui se prétend de paix et d’amour, disons que ça détonne gravement.

Le roman-fiction Soumission de Michel Houellebecq sert aussi d’intro avec sa « prédiction », qu’en 2022, la présidence française appartient à un parti islamiste…

À une époque où pour nous, Occidentaux, se prononcer sur les droits des musulmanes peut nous entraîner dans une confrontation sérieuse avec l’esprit multiculturaliste de Justin Trudeau, avec les penseurs de gauche, avec les imams maghrébins installés dans nos murs et même avec Québec Solidaire, ce film apporte un formidable vent de fraîcheur et de liberté.

Jawad Rhalib n’a pas que réalisé un film, il a donné à ses semblables la liberté de parole et le goût de rêver d’un monde débarrassé des contraintes imposées par l’islam.

Au temps ou les arabes dansaient - On voit dans ce documentairOn voit dans ce documentaire, des femmes qui dansent en 1955, en 1960, qui étaient libres de laisser leur corps exprimer leur talent, leur sens artistique. Souvent les images viennent d’Égypte, où la culture était développée davantage. Au Maroc, pays d’origine du réalisateur, être danseuse était assez mal vu mais, lorsque les images de danseuses égyptiennes sont arrivées, la danse a comme obtenu ses lettres de noblesse.

Au temps où les Arabes dansaient nous montre des femmes et des hommes artistes qui prennent le risque de s’exprimer librement en danse, en théâtre ou, pour les besoins du film, de se prononcer dans des discussions enflammées sur les limites de cette expression. Il est clairement mis en évidence que le danger les guette, que si une scène ou une parole n’est pas pesée, ils risquent des représailles qu’ils n’osent pas nommer précisément, mais qui pourrait leur coûter la vie.

La musique accompagne les images et les rencontres, une belle musique très bien calibrée et qui nous attire dans l’aventure de ce qu’il est convenu d’appeler de la désobéissance morale. Ces Arabes du Maroc, d’Algérie ou d’Iran ont pu s’extraire de leur pays replongé dans le fondamentalisme, mais n’en sont pas pour autant libérés même s’ils vivent à Bruxelles ou à Paris. Ils ont par contre un formidable défi d’aller au bout de leur art malgré la menace qui gronde.

Au temps ou les arabes dansaient - On entend les Sachli_iran
Sachli

On entend dans les témoignages « Personne ne va décider pour moi! » ou « J’ai peur de croire mais j’ai peur de ne pas croire. » ou « À Dieu : Je t’offre mes cheveux, c’est toi qui les as créés! » ou enfin « Notre génération doit se sacrifier pour que la prochaine soit libre… »

Le réalisateur dit : « Jusqu’où un artiste peut-il aller? » Venant d’un Arabe sorti du Maroc et sorti de l’islam, la question est lourde de sens.

La scène finale, des femmes qui dansent sous leur voile, comme prisonnières, finissent par s’en libérer avec un geste de rejet et dansent librement ensemble, à l’extérieur, devant un public occidental. Puis, les dernières images sont géniales : les femmes qui dansaient ou paradaient dans les années 60 disparaissent de l’écran, comme évacuées de leur propre vie… Les femmes disparaissent…

Un film courageux qui nous tend la main. Saisissons-la!

À voir et écouter avec attention.

Note : 9.5/10

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