« R’garde comment c’est beau! »

La fille du cratère - afficheFemme territoire, Yolande Simard Perrault (90 ans) se voit comme le fruit des bouleversements telluriques qui ont frappé la région de Charlevoix, au Québec, voilà des millions d’années. Solide comme le bouclier canadien, elle est la fille du cratère né de la chute d’une météorite, d’où sa vitalité hors du commun. Le film trace le portrait de cette femme déterminée, à l’image d’un pays qui s’est créé dans la démesure. Grand amour de Pierre Perrault, qui délaissera tout pour vivre à ses côtés, elle sera la complice du cinéaste. Le documentaire témoigne de l’influence de cette rêveuse insatiable et de sa contribution à l’édification de notre mémoire collective. Dans un flot d’images et de mots, Yolande Simard Perrault raconte les splendeurs du paysage et les êtres qui l’ont façonné. Généreuse et infinie, sa quête identitaire nourrit et prolonge encore aujourd’hui l’œuvre de celui qui aura donné un souffle nouveau à notre cinématographie.

La fille du cratère, de Nadine Beaudet et Danic Champoux, est de fait un film d’impact qui montre comment un amour sismique entre deux êtres en est venu à bousculer l’histoire du documentaire québécois.

De la poésie

La fille du cratère - poésie
Textes et photos de Yolande et Pierre

En plus d’être cinéaste, Pierre Perrault était poète. En fait, c’est après sa rencontre avec Yolande (Yo) qu’il a laissé le droit pour se consacrer à l’art. Et c’est, entre autres, à travers des lettres et des photos que le film raconte le parcours exemplaire d’une femme moderne avant l’heure, qui s’est affranchie très tôt et qui a placé le savoir au cœur de son existence.

Sans aucune gêne, Yo nous présente (et redécouvre elle-même) ses échanges épistolaires avec Pierre. L’un comme l’autre écrivant de façon très poétique leur amour pour l’autre, pour leur pays ou pour la vie.

De cette beauté poétique vient mon coup de cœur pour La fille du cratère. Mais en même temps, ma déception. Je crois que les images auraient pu être plus poétiques. On nous offre des beautés de mots, mais visuellement, on se contente souvent de nous montrer la femme qui lit. En alternant avec des images plus recherchées, le film aurait été plus beau et plus plaisant à regarder. Mais, heureusement, il y a les mots. Ceux de Yolande et ceux de Pierre…

La femme derrière l’homme

La fille du cratère - Femme derrière homme
Yolande Simard Perrault

Sa rencontre avec Pierre Perrault sera déterminante puisque celui-ci délaissera tout pour celle qui l’initiera à la question de l’identité québécoise et à la parlure vernaculaire de sa région. À l’aide d’extraits de livres et de films, les cinéastes montrent l’influence majeure qu’elle aura eue sur le travail de son compagnon, qui mettra au monde un pays par la parole en faisant émerger la poésie du réel.

Je sais, mon sous-titre est un beau gros cliché… Mais dans le cas présent, je n’ai pas trouvé de meilleure image. Yolande a choisi ce « rôle ». Elle dit même que Simonne de Beauvoir la jugerait et dirait qu’elle a accepté d’être esclave. Et pourtant…

Sans cette femme, nous n’aurions probablement pas un des plus grands films jamais réalisés au Canada : Pour la suite du monde. Par moments, en regardant La fille du cratère, on en vient à se demander s’il s’agit d’un film sur Yolande Simard Perrault ou sur Pierre Perrault. Mais en fait, il semble que l’un soit lié à l’autre. Cette femme semble être non seulement la cause, mais l’inspiration derrière la créativité de Perrault. Et je tiens à dire qu’elle avait, elle aussi, un grand talent pour écrire. On a la chance de découvrir ce talent dans le documentaire.

Mais encore…

La fille du cratère - Mais encore
Yolande dans son pays

Le territoire chevillé au corps, Yolande Simard Perrault aura été toute sa vie la passeuse de mémoire et la complice derrière l’œuvre d’un de ceux qui (avec Michel Brault) donnera un souffle nouveau à notre cinématographie.

Je ne peux pas dire que La fille du cratère m’a fait « triper ». Par contre, il s’agit très certainement d’un film qui a son importance. Puisque sans cette femme, notre cinéma national ne serait pas le même. Sans son apport à notre culture, le Québec ne serait peut-être pas rendu où il en est au niveau cinématographique.

Je veux terminer en vous offrant un poème de Pierre Perrault que Yo nous livre au début du documentaire :

Deux et deux

nous serons deux pour longtemps
dans le lit de toutes les chansons

nous serons deux pour l’amour
nous serons deux pour le rêve
nous serons deux pour mourir

il faut être deux
et plusieurs circonstances

Note : 7/10

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *