Les courts à Fantasia 2018 - Une

Fantasia – Petits coups de chaleur québécois

« Ils sont où, mes fucking ongles? »
(
Attaboy Lou Star!)

À suivre la couverture médiatique sur la canicule momentanée au Québec – et ses victimes –, je dois avouer que, tout en étant parfois nostalgique de Montréal, il existe désormais deux saisons de l’année – et non plus une seule, « Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom » – où je suis assez contente de vivre loin de chez vous.

Si, donc, on me demandait néanmoins de venir à Montréal, je ne le ferais qu’à condition de pouvoir m’y terrer dans un endroit climatisé propice à la fuite dans l’imaginaire.  

Si, trempé de sueur, ce scénario vous semble également séduisant, je vous invite à aller voir un festival, qui, à coup sûr, saura vous offrir de tels endroits rafraîchissants – et en plus des films de genre prometteurs. Que peut-on souhaiter de plus?

Il s’agit de la 22e édition du Festival international de films Fantasia qui se déroulera à Montréal entre le 12 juillet et le 2 août 2018. De par ses origines axées sur le cinéma fantastique du monde entier, Fantasia s’est entretemps ouvert à toute la panoplie de films de genre.

Bien que les longs métrages prévalent, les amateurs du « court » ne feront pas tintin non plus.

Voici donc le top 3 des Fantasiettes :

Top 3 : Sungrazer (Logan Fulford)
[Québec, 11:00]

SungrazerSungrazer peut être au mieux décrit comme un mélange entre Star Wars et The Village. Si le premier raconte la guerre entre les bons et les mauvais dans une arène extra-terrestre, le second met en scène une petite communauté vivant recluse dans leur village de peur de se faire tuer par des monstres en franchissant la frontière.

Dans Sungrazer, deux jeunes armés de combinaisons protectrices guettent dans une sorte de casemate cosmique le retour d’un monstre, qui partage toutefois une similarité frappante avec celui de The Village. Et ceci n’est pas sans fondement, car dans les deux cas le monstre s’avère être le fruit de leur propre imagination.

Ce qui s’annonce donc comme un simple film de science-fiction superficiel évolue au fur et à mesure en un drame mettant en avant le danger de la perte de la réalité chez certains accros aux jeux vidéo. Si l’intrigue reste un peu floue, Sungrazer marque des points avec sa caméra penchée qui visualise bien le délire de son protagoniste.

Sungrazer est présenté à Fantasia le 21 juillet.

Top 2 : Attaboy Lou Star! (Étienne Bellefeuille)
[Québec, 13:00]

Attaboy Lou StarTout comme Matthew dans Sungrazer, Lou Star vit sur sa propre planète. Son appart : le désordre total. Sa famille : inexistante, sauf un père dément. Son mot préféré : fuck! Son désir : faire rapidement du cash, devenir une star, et ceci sans lever le petit doigt, mais en fourguant maladroitement le butin de ses divers vols à l’étalage. L’ustensile qui l’accompagne toujours : sa caméra avec laquelle il filme pour ses followers imaginaires, ce qui à ses yeux constitue des coups de génie et ce qui, aux yeux des autres, se résumerait au verdict suivant : ce jeune, c’est un criminel, un dérapé, un malade mental.   

L’intrigue est difficile à saisir (notamment pour une spectatrice qui, dans ses bons jours – donc certainement pas pendant une canicule –, se rapproche d’un niveau A1 en compréhension du québécois, pas plus!), mais c’est sans doute aussi l’intention du réalisateur. Créer un film confus afin de faire ressentir au public la confusion de l’antihéros. Et si une chose est sûre, c’est que l’acteur principal excelle et convainc.

Attaboy Lou Star! est présenté à Fantasia le 29 juillet.

Top 1 : 8=D (Philippe Morel, Jonathan Larose, Charles-Alex Durand)
[Québec, 18:00]

8=D - afficheL’affiche du film en soi pourrait être l’un de ces messages typiques – photo et émoticônes – que les ados s’envoient sur les plateformes de communication afin de partager des moments plus ou moins intéressants avec leurs amis.

Antoine, lui, n’a plus 15 ans, et il se comporte ainsi. Il est jeune, il est cool, il est beau, il est imbu de lui-même, tout le monde l’aime; il se voit comme un dieu. Ceci change quand, lors d’une fête, l’ex-intimidateur qu’est Antoine joue un vilain tour à Sébastien, son ancienne victime au secondaire (surnommée « Bouffe bite »), en prenant en photo son micro-pénis. Après avoir laissé son appareil photo jetable à un laboratoire Jean Coutu, la police est alertée et on le soupçonne de pédophilie… Soudain, Antoine n’est plus le démiurge vénéré, mais un exclu social stigmatisé.

La seule personne capable de venir à sa rescousse est Sébastien (vêtu, d’ailleurs, d’un T-shirt au motif de Superman). Si la catharsis du bourreau consiste à obtenir l’aide de sa victime (« Il faut que tu m’aides à prouver que c’est ton pénis à toi »), le défi de la victime réside dans l’acceptation de son corps.  

Sungrazer et Attaboy Lou Star! mettent en scène la perte de la réalité de deux jeunes adultes, 8=D montre comment la même génération doit se confronter à la réalité au plus dur moment, et ceci dans un film visuellement convaincant, au montage et au rythme fortement réussis.

8=D est présenté à Fantasia le 29 juillet.

Vous avez désespérément besoin d’une fuite de la réalité? Rendez-vous vite au festival Fantasia!

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