Madame - une

Madame – xoxo, Gossip girl…

« Come on, Maria, it’s the 21st century. Queen Elisabeth has dinner with Jay Z! »

Madame - afficheDans Madame d’Amanda Sthers, Anne (Toni Collette) et Bob (Harvey Keitel), un couple d’Américains fortunés récemment installés à Paris, s’apprêtent à donner un grand dîner, et convient douze invités triés sur le volet, réunissant la haute société anglaise, française et américaine. Mais lorsqu’Anne réalise qu’un treizième couvert est posé pour Steven, le fils du premier mariage de Bob, elle panique : pour cet événement mondain, hors de question de provoquer le mauvais sort! Elle demande à Maria (Rossy de Palma), sa domestique, d’enfiler une robe et de se faire passer pour une riche amie espagnole. Maria se retrouve assise à côté de David, un expert en art issu de la noblesse britannique. Aussi quand, sous le charme de Maria, il la recontacte le lendemain, révéler sa véritable identité est impossible. Une romance commence, qui va faire trembler les valeurs élitistes et le mariage d’Anne. À moins que cette dernière n’arrive à l’étouffer…

Première impression : remake de Gossip girl

Je dois avouer que pendant le premier quart d’heure de Madame tout m’a semblé comme une reprise de Gossip girl, série télévisée sur la jeune élite de l’Upper East Side new-yorkais : robes fastueuses, festins magnifiques, manoirs somptueux débordants d’or et d’objets de luxe dont personne n’a besoin mais qui font plaisir à l’œil et témoignent de la richesse des maîtres, les uns tous plus beaux et plus jeunes que les autres, gâtés dès leur premier souffle par leurs nounous espagnoles…

Bref : Madame m’a semblé comme un simple défilé des jeunes stars du cinéma américain les plus sexy du moment et ressemblant toutes aux grandes vedettes arrivées. Après tout, le fils du couple fortuné, Stephen, incarné par Tom Hughes, n’est-il pas le mélange parfait entre Penn Badgley et Romain Duris, et sa voisine de table, Joséphine de La Baume, un mariage idéal entre Blake Lively et Uma Thurman? Spectatrice habituée au cinéma hollywoodien, je croyais donc d’emblée avoir deviné la suite du scénario : la romance passionnante entre les deux copies du couple Badgley/Lively de Gossip girl.

Comme on peut se tromper…

Tournage Madame
Maria, la Cendrillon…

À condition de ne pas avoir jeté l’éponge pendant les premières minutes du film, on est agréablement surpris que ce ne soit pas cette histoire d’amour prévisible que Madame nous servira après son dîner décisif, mais celle à laquelle l’on ne se serait jamais attendu : le coup de foudre de la domestique hispanophone Maria mimant la treizième invitée.

Comparée aux autres femmes à table, qui se plient visiblement toutes aux critères de beauté du monde occidental, Maria n’est pas belle. Femme d’un certain âge déjà, elle a quelques rondeurs en trop et son visage est défiguré par un nez crochu. Pourtant, c’est elle que le millionnaire britannique élit comme son nouveau passe-temps sensuel, tout en ignorant sa vraie profession…

Remake? Parodie, tout au plus!

Deuxième chose dont on ne s’aperçoit que plus tard dans le film : Maria n’est pas la seule à jouer à quelqu’un d’autre. Les autres anglophones aisés atterris dans la Ville lumière ont beau être riches, eux aussi ne vivent pas réellement le mode de vie élitiste parisien, tel que l’on se l’imagine, mais l’imitent, essaient d’atteindre cet idéal. Madame ne baigne pas seulement dans des clichés, il les thématise – c’est sa métaréflexion, ainsi que sa stichomythie et son comique de situation qui sauvent le film pour moi.

« I can’t be gay and a hairdresser. That’s too much of a cliché. So I changed everything »
« And what did you become? »
« A butcher (rire). No, a joke! »

Anne, la nature morte

La maîtresse de maison aspire, comme les autres, à atteindre l’idéal de beauté : éternellement jeune, mince, fraîche, séduisante… Comme les autres, elle se comporte comme un tableau vivant cherchant toujours à s’exposer devant un public d’admirateurs – l’affiche du film y fait brillamment allusion.

Madame les pieds
Anne pose devant son amant. Attention aux pieds!

Nombreuses sont les scènes où elle prend la pose d’un mannequin, le corps raidi, même les pieds, comme si une petite Heidi Klum se trouvait sur son épaule lui soufflant de sa voix aigüe : « Schöne Füße machen! » (traduction littérale : Fais les pieds beaux).

Même quand Anne est seule, sans être exposée aux autres, elle ressemble à une nature morte, un chef-d’œuvre artistique, belle à l’extérieur, mais morte à l’intérieur. Scène fort réussie : Anne est assise sur la crédence de la cuisine et observe par la fenêtre son émule Maria descendre l’escalier. La scène est emblématique du contraste entre ces deux femmes. L’une, toujours statique, toujours habillée en noir et blanc, toujours accompagnée d’une musique classique, s’enfermant dans sa cage d’or de peur de « sortir du cadre », l’autre dynamique, portant des robes aux couleurs vives et dansant au tube pop de Las Ketchup, fêtant l’excès et la vie – en buvant trop, en parlant trop fort, en riant à gorge déployée.

« And the Oscar goes to… Maria! »

Toutefois, le prix de l’auto-mise en scène revient à Maria. Correspondant exactement à l’image typique de l’immigrée espagnole, catholique, chaleureuse, sensuelle, travaillant comme domestique chez une famille noble parisienne, Maria ne court pas après un cliché, elle l’est déjà, l’incarnation même du cliché de la Cendrillon. Si elle amène son prince charmant parmi les siens – au cinéma, lieu de la culture de masse –, l’Irlandais fortuné lui fait goûter les délices du gotha parisien.

Mais tout comme dans le conte de fées, la méchante marâtre s’oppose au bonheur inattendu de sa domestique. Gossip girl Anne dévoile le secret à David, qui – après avoir incité sa bien-aimée à ne pas se laisser intimider par ses amis plus nobles, car au « 21st century […] Queen Elisabeth has dinner with Jay Z » – n’hésite pas à quitter la fausse comtesse d’une seconde à l’autre. Sans même daigner la voir ou lui laisser expliquer sa version de l’histoire. Mais l’ultime humiliation, Maria la vivra tout à la fin du film… et en tira d’importantes conséquences.

Fin féministe?

Le dossier de presse fête le dénouement du film comme une preuve du message féministe de la réalisatrice selon laquelle une femme de nos jours n’aurait plus besoin d’attendre le prince charmant : « Une femme peut être heureuse en étant seule, c’est d’ailleurs mon cas, après avoir eu des princes plus ou moins charmants! »

Pour moi, la fin du film – que je ne dévoilerai pas ici – laisse un goût amer : celui d’ôter la parole à Maria. Est-ce féministe, ça?

À vous de vous en faire une idée vous-même…

Madame 2 À voir ou à déconseiller? Au premier abord, Madame paraît comme une reprise superficielle de films hollywoodiens trop connus. À y regarder de plus près, le long-métrage révèle sa vraie force – celle de parodier, celle de jouer avec les attentes du public. Ce qui m’a manqué : un portrait plus intimiste de son héroïne.

Note : 6/10

 

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