Les enfants de la chance - les visites

Les enfants de la chance – Vél’ d’Hiv

« Tu sais ce que disait le grand Victor Hugo sur la superstition? Ça porte malheur d’être superstitieux. »

Les enfants de la chance - afficheJuillet 1942. Emmené à l’hôpital de Garches pour une jambe cassée, Maurice Gutman (Matteo Perez), 12 ans, évite de justesse la rafle qui va emporter sa famille. À l’hôpital, le docteur Daviel (Philippe Torreton) lui diagnostique une tuberculose et lui impose un long traitement. Et si cela n’était qu’une ruse pour éviter à Maurice d’être déporté? Maurice et huit autres jeunes pensionnaires vont vivre, avec le personnel hospitalier, une expérience inoubliable, faite de preuves d’amitié, de solidarité et de courage extraordinaire. Ce sont les enfants de la chance et leur histoire est vraie.

Les enfants de la chance du réalisateur Malik Chibane s’inspire de l’histoire vraie de Maurice Grosman, sauvé de la rafle du Vél’ d’Hiv alors qu’il était enfant. De cette arrestation massive, perpétrée les 16 et 17 juillet 1942, 10 000 juifs ont été arrêtés dans Paris parmi lesquels se trouvait la famille de Grosman. La vie de ce dernier avait d’ailleurs déjà fait l’objet d’un livre-témoignage écrit avec François Taillandier, N’habite plus à l’adresse indiquée (2009).

Les enfants de la Seconde Guerre

L’an dernier, à pareille date, sortait en salle au Québec Le voyage de Fanny. Dans ce film inspiré de la vie de Fanny Ben-Ami, on suivait un groupe d’enfants juifs qui fuyaient les nazis. Au printemps dernier, le dernier opus de Christian Duguay, Un sac de billes, se basait sur l’histoire de Joseph Joffo qui a fui avec son jeune frère afin d’éviter les camps.

Les enfants de la chance - Maurice
Maurice

Dans Les enfants de la chance, on est, à la différence des deux autres films, presque à huis clos. Arrivé à l’hôpital à l’âge 12 ans, Maurice y est resté 3 ½ ans. Ainsi, la quasi-totalité du film se déroule dans cet hôpital, le plus souvent dans le dortoir des garçons.

« Quand le producteur Manuel Munz m’a contacté pour faire un film de mon histoire, j’ai été surpris. Méritait-elle d’être portée à l’écran? Certaines histoires avaient été beaucoup plus tragiques que la mienne. Moi, dans mon malheur, j’avais eu de la chance. Contrairement à d’autres enfants juifs, grâce à ma maladie, je n’avais pas été déporté et j’avais pu passer toutes ces années d’Occupation, nourri et au chaud dans un lit. Mais Manuel Munz m’avait expliqué que justement c’est le facteur “chance” de la mienne qui en faisait sa singularité », expliquait Grosman.

Ce sont des films porteurs d’espoir par leurs personnages d’enfants qui bravent les dangers et réussissent à survivre aux horreurs de la guerre. Et durant les Fêtes, les gens aiment les histoires qui finissent bien.

Les enfants de la chance s’adresse d’ailleurs aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Aucune scène de guerre n’est montrée. On représente la Seconde Guerre du point de vue des enfants, plus particulièrement de celui d’un jeune juif séparé de sa famille ignorant même si les siens sont en vie.

Quand la maladie te sauve la vie

L’infirmière Véronique (Pauline Cheviller) et le docteur Daviel (Philippe Torreton)

C’est ainsi une succession d’événements qui sauvent la vie de Maurice. Une fracture à la hanche le sauve de la rafle du Vél’ d’Hiv. Cette fracture permet de découvrir une tuberculose pour laquelle il sera soigné. Et durant son traitement, le personnel de l’hôpital cache aux autorités ses origines juives.

Quelle chance! Vraiment?!? Le sentiment d’abandon et d’isolement sera pourtant bien présent, malgré l’amitié qui se développe avec les autres garçons.

Son identité, ce qui le lie aux membres de sa famille, se voit tranquillement effacée. Cela passe par un changement de nom, mais aussi par le choc des langues. Quand le film commence, Maurice rêve en yiddish, mais parle en français avec ceux qu’il côtoie. Petit à petit, il délaisse sa langue maternelle afin d’éviter d’être identifié comme juif, pour devenir comme « tout le monde ». Il finit par l’oublier, par occulter une part de lui-même.

Mais encore…

Les enfants de la chance - dans le dortoir
Les enfants du dortoir

Un truc m’a dérangée tout au long du film : les garçons ne semblent pas vieillir. En 3 ½ ans, on devrait remarquer des changements physiques, surtout chez des adolescents. Si ce n’avait été de quelques dates dites ici et là, je n’aurais pas eu conscience du temps qui passe. Et c’est problématique, me semble-t-il, puisque l’histoire de ces enfants peut paraître moins douloureuse (sans être moins tragique) sans l’attente interminable.

Quoi qu’il est soit, les plus jeunes gagneraient à voir ce film, à se faire remémorer les erreurs du passé. Sans être un grand film, il présente un pan important de l’histoire. Ici, la chance dans la malchance est mise de l’avant. Mais c’est un peu le cas des trois films dans lesquels les enfants sont épargnés; la jeunesse est préservée. Mais où l’innocence et la naïveté propre à l’enfance sont lourdement ébranlées.  

Les enfants de la chance - Maurice porte l'étoile jaune
Maurice porte l’étoile jaune

Je crois que, par Les enfants de la chance, le souhait de Malik Chibane s’est concrétisé : « Grâce à ce film, j’espère avoir cerné et mis en scène les aspects funestes de la culture du bouc émissaire (d’hier et d’aujourd’hui). »

Note : 6,5/10

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