Les terres lointaines – Prisonniers heureux

« Si tu veux vraiment savoir c’est quoi être marin,
alors vas en mer et tu le sauras! »

Les terres lointaines - AfficheSur un cargo couleur turquoise, huit hommes, Hollandais et Philippins, jeunes pour la plupart, forment une improbable communauté, ballottée par le mouvement incessant des marchandises, prise entre la recherche d’espaces de liberté et la nostalgie de l’exil. Ainsi, pour une rare fois s’intéressera-t-on à ces marins d’aujourd’hui, protagonistes souvent éclipsés par l’imposante présence de la mer et de la machine. Au rythme des vagues, ce film, oscillant entre réalité quotidienne et rêveries éphémères, nous mène sur les chemins de l’errance, à travers le vécu et les confidences de ces hommes arpentant les limites de notre monde. À la vue des terres lointaines, visions fugitives du marin, la mélancolie se mélange doucement au désir d’aventure.

Le réalisateur Félix Lamarche s’intéresse depuis longtemps déjà au monde des marins qui lui avait inspiré un court métrage : Des hommes à la mer. Mais c’est par Les terres lointaines qu’il a vraiment pu mieux comprendre la réalité de ces hommes qu’il a côtoyés sur leur navire pendant deux mois.

Hors du temps

Trois marins sont sur le navire, dans Les terres lointainesIl est difficile de croire que, de nos jours, certaines personnes sur terre peuvent être aussi isolées que ces marins. Avec l’instantanéité de la technologie, les voyages de quelques heures en avion pour parcourir des distances incroyables, comment peut-on imaginer la réalité de ces hommes qui sont, la plupart du temps, couper du monde?

L’un des marins parle de son statut de prisonnier, mais sans l’aspect négatif associé aux prisons. Ils sont des prisonniers heureux, isolés de tout. Certains souffrent cependant de cet isolement, d’être séparés de ceux qu’ils aiment.

Plusieurs marins ont des femmes et des enfants. Les contrats durent en moyenne 8 ou 9 mois, ce qui les empêche de passer du temps en famille. Les enfants ne comprennent souvent pas ces longues absences. Ironiquement, les marins qui témoignent rappellent que, s’ils font ces longs contrats, c’est pour leur famille, pour leur assurer une stabilité financière.

Instruments de navigation et écrans radar, dans Les terres lointainesQuelques témoignages sont troublants. Je pense entre autres à un homme qui est parti lorsque son bébé n’avait que trois mois et qui n’est rentré que onze mois plus tard, avant de repartir quelques semaines après. Un autre a manqué la naissance de sa fille qui est née avant la date prévue de l’accouchement. Les enfants de ces marins ne verront que peu leur père, et les enfants comme les pères en souffrent.

Et si l’on parlait des images…

Les images de Félix Lamarche sont vraiment magnifiques. Les plans sont à caméra fixe. Donc, quand il filme l’océan du navire, on a l’impression que le paysage bouge et non pas l’embarcation. Ça donne l’illusion que c’est l’océan qui tangue… L’effet est très intéressant, et ce, dans différents plans. Quelques plans d’un hublot nous montrent les vagues, le mouvement qui ne cesse jamais autour du navire.

Un homme sur le pont, dans Les terres lointainesL’immense étendue d’eau, la force de la nature, son côté sauvage sont aussi mis en parallèle avec le monstre de fer qu’est le navire. L’un des marins explique la pression des vagues qui déferlent sur la proue, décrit sans le vouloir ce combat immémorial entre l’homme et la nature. On parcourt petit à petit le navire, on en découvre différents recoins, et il nous apparaît de plus en plus vaste, jusqu’à son ventre béant une fois vidé des marchandises qu’il transporte.

Un autre excellent plan montre un ensemble d’outils accrochés à un mur qui bougent, dansent presque, dans un mouvement encore une fois amplifié, faussé, par la caméra fixe.

Les terres lointaines est une invitation à prendre le large, à parcourir des kilomètres d’océan, parfois agité, à découvrir l’immensité du territoire aquatique. Une immensité parfois décuplée par le sentiment de manque…

Note : 8,5/10

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