Parce que moi je rêve, moi je ne le suis pas…

Leolo - afficheLéolo vit dans un univers sans espoir. Il affirme venir de Sicile, là où l’espace et le rêve existent. Se sentant menacé par la folie dont sont victimes tous les siens, il se réfugie dans l’écriture et dans des amours délicieuses. Seul un dompteur de vers, amateur d’art et symbole de l’imaginaire, comprendra finalement la valeur de ses textes.

J’ai eu la chance, plus tôt cette semaine, d’assister à la présentation de la version restaurée de Léolo (1992), de Jean-Claude Lauzon. Il y a des films qu’il faut absolument voir et même revoir, des chefs-d’œuvre du cinéma! Léolo en est un.

Léolo en Sicile
Maxime Collin

C’est la 5e ou 6e fois que je vois ce film. Et chaque fois, je suis émerveillé, soufflé par la beauté et la tristesse de ce film. Le monde imaginaire de ce jeune garçon, qui n’a d’autre choix que de rêver afin de survivre, ne peut laisser indifférent.

Évidemment, la narration extraordinaire de Gilbert Sicotte y est pour quelque chose. Cet homme a une voix que l’on pourrait écouter pendant des heures sans jamais s’ennuyer. À cela s’ajoute une image à la fois sombre et lumineuse, merveilleusement bien créée. Sans oublier la trame musicale qui permet, par moments, de fermer les yeux et de voyager avec les personnages.

Le jeune Léolo nous amène dans un voyage entre un quartier pauvre de Montréal et la Sicile, d’où prétend venir le jeune garçon. C’est par

Léolo - Giuditta Del Vecchio
Giuditta Del Vecchio

son premier amour qu’il voyage d’un pays à l’autre, d’une réalité à l’autre. La jolie Bianca, Sicilienne d’origine, le fait rêver, fantasmer, et découvrir ses premiers plaisirs érotiques.

Mais Léolo, c’est aussi un éloge de la lecture et de l’écriture. Par le personnage du dompteur de vers, on découvre les textes du garçon, et ainsi, sa vie. Mais on découvre aussi Réjean Ducharme, car le seul livre qui ait réussi à pénétrer la maison des Lauzon est L’avalé des avalés de Ducharme. Le personnage de Pierre Bourgault est fascinant. En nous montrant un univers dans lequel des livres et des manuscrits recouvrent les tables, les planchers et les murs, on ne peut faire autrement que d’avoir envie de lire. L’écriture, c’est une façon de voyager, mais aussi une façon de se souvenir, d’exister…

La restauration du film a été faite grâce à Éléphant : mémoire du cinéma québécois, vaste chantier destiné à numériser, restaurer, conserver et rendre accessible l’ensemble des longs-métrages de fiction du patrimoine cinématographique québécois. Je crois qu’il est important de mentionner qu’ Éléphant : mémoire du cinéma québécois est un projet philanthropique entièrement financé par Québecor. À cet effet, Québecor n’en tire aucun avantage pécuniaire. À l’exception d’un montant minimal pour couvrir une partie des frais d’exploitation de la plateforme, la totalité des revenus de la diffusion de ces films est reversée aux détenteurs des droits et aux créateurs du cinéma québécois.

Léolo a été sélectionné en 2010 par Time Magazine comme l’un des 100 meilleurs films de l’histoire du cinéma moderne. Personnellement, je dirais qu’il s’agit très certainement d’un des 5 meilleurs films canadiens.

Léolo - Les 2 freres
Maxime Collin et Yves Montmarquette

Le film, merveilleusement bien joué par Ginette Reno, Gilbert Sicotte, Maxime Collin, Pierre Bourgault et tous les autres, est une œuvre poétique et intime. On pénètre dans la tête d’un jeune garçon. C’est par son imaginaire que l’on découvre sa vie, sa famille – qui vieillit sans que lui ne vieillisse –, et cette vie qu’il n’aura jamais eue.

Léolo est un film triste, mais d’une beauté suprême qui amène à rêver.

 

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