Affiche du film "Cesare deve morire"Théâtre de la prison de Rebibbia. La représentation de Jules César de Shakespeare s’achève sous les applaudissements. Les lumières s’éteignent sur les acteurs redevenus des détenus. Ils sont escortés et enfermés dans leur cellule. Mais qui sont ces acteurs d’un jour? Pour quelle faute ont-ils été condamnés et comment ont-ils vécu cette expérience de création artistique en commun? Inquiétudes, jeu, espérances…

Cesare deve morire (César doit mourir) suit l’élaboration de la pièce, depuis les essais et la découverte du texte, jusqu’à la représentation finale. De retour dans sa cellule, « Cassius », prisonnier depuis de nombreuses années, cherche du regard la caméra et nous dit : « Depuis que j’ai connu l’art, cette cellule est devenue une prison ».

Tourner un film en prison est certes déjà spécial. Mais lorsque tous vos acteurs sont aussi des prisonniers de cette même prison, c’est encore plus spécial. C’est le cas ici. Le seul « étranger » est l’un des professeurs de théâtre de la prison, Maurilio Giaffreda. Mais pourquoi ce choix? Paolo et Vittorio Tavani, les réalisateurs, expliquent : « Nous avons éprouvé le besoin de découvrir grâce à un film comment peut naître de ces cellules, de ces exclus éloignés presque toujours de la culture, la beauté de leurs représentations. »

Au début de Cesare deve morire, les acteurs passent des auditions. Ce sont les vraies auditions que les prisonniers ont passées afin d’avoir les rôles. Les réalisateurs leur demandent de décliner leur identité, d’où ils viennent, comme s’ils étaient interrogés à un poste frontalier. La première fois, ils doivent répondre aux questions avec douleur, la seconde, avec colère. Sans trop y croire, les réalisateurs ont demandé aux prisonniers s’ils voulaient décliner leur vraie identité, ou s’ils préféraient en inventer une. Ils ont tous préféré donner leur vraie identité.

C’était, pour ces prisonniers du quartier de haute sécurité ̶ des détenus liés à la Mafia, à la Camorra, à la ‘Ndrangheta, principalement condamnés à perpétuité ̶ une occasion de signifier qu’ils existaient encore.

Paolo et Vittorio Tavani expliquent aussi que les détenus « avaient en eux la force dramatique de la vérité, mais aussi le savoir des acteurs, certainement dû à des qualités innées, mais également au travail constant et sage de leur metteur en scène, Fabio Cavalli. » Dans ce cas particulier, Fabio Cavalli avait proposé aux réalisateurs certains détenus, qu’ils ont presque tous retenus.

Le choix de la pièce Jules César n’était pas un hasard. Les hommes qui devaient jouer dans le film répondaient à leur passé, lointain ou récent, de fautes et de délits, de valeurs salies, de rapports humains brisés. Il fallait contraster avec une œuvre d’une force égale, mais de signification opposée. Dans cette pièce de Shakespeare, on met de l’avant les grands rapports qui lient les hommes ou les opposent, l’amitié et la trahison, le pouvoir et la liberté, le doute. Et le délit, le crime. Deux mondes qui, en quelque sorte, se reflètent. Évidemment, nombre des acteurs (détenus) pouvaient se reconnaitre dans les personnages et dans l’histoire.Scène du film "Cesare deve morire"

J’imagine que le tournage n’a pas été toujours facile pour l’équipe technique. Quatre semaines, enfermée à Rebibbia, et n’en ressortir que tard le soir… Mais le plus difficile a tout de même été les adieux. La scène finale du film le montre bien. Le jour où l’équipe a quitté la prison, l’au-revoir a été émouvant. Cosimo Rega-Cassius, en montant les escaliers vers sa cellule, a levé le bras et s’est écrié : « Paolo, Vittorio, à partir de demain, rien ne sera plus comme avant ! ». Cela m’amène à me questionner sur le résultat de ce genre de concept. On dit que de donner accès à l’art aide les détenus. Mais, en même temps, comment vivent-ils l’après? Une fois qu’ils ont pu s’évader grâce à l’art, comment se sentent-ils une fois « emprisonnés » de nouveau?

En ce qui concerne le film comme tel, j’ai bien aimé le choix du noir et blanc en contraste avec la couleur. Une belle façon de montrer l’évasion et les flashback avec un seul effet. En effet, lorsqu’on passe du noir et blanc à la couleur, on sent ce sentiment d’évasion. Et du point de vue narratif, l’effet flashback est on ne peut plus clair. Un choix intelligent et efficace.

Cesare deve morire est un film à voir…

 

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