Main grise dans Nouvelles, Nouvelles

Nouvelles, Nouvelles – Lamirande

Affiche de Nouvelles, nouvellesDans la ville de Montréal, cet hiver-là, il y a une fille. Trois capitaines lui font la cour. Le cinéma a tué Jean-Baptiste Lamirande (Étienne Pilon), le funeste Libérateur, qui ressuscite un peu avant Noël. Héloïse (Rose-Maïté Erkoreka), une actrice amnésique ayant égaré sa montre, fait l’objet d’une recherche de personne disparue. Lamirande se charge de la ramener à sa mère. Il se retrouve au cœur d’une intrigue rocambolesque où des personnages gravitant au bar de l’auberge La voie lactée s’entretiennent et devisent poétiquement. Dans ce voyage au pays des mots, on ne rencontre pas que des gens recommandables et honnêtes, mais le héros saura remettre tout en ordre avant de retourner au royaume d’où on l’a extirpé. Et la messe de minuit aura lieu comme chaque année.

Nouvelles, Nouvelles est écrit et réalisé par Olivier Godin. Il s’agit là du deuxième long métrage du réalisateur qui a également fait quelques courts métrages dont La boutique de forge (2012) et Feu de Bengale (2014), qui ont tous deux remporté le prix du meilleur court métrage canadien au FNC.

On entre ici dans un univers tout à fait particulier, qui s’apparente parfois au théâtre filmé. Les décors sont très épurés et la musique presque absente. Le film a été tourné en 16 mm plutôt qu’en numérique. La pellicule étant coûteuse, ça impose une certaine rigueur. Olivier Godin expliquait qu’il ne pouvait se permettre de reprendre les scènes plusieurs fois. Ça impose aussi un rythme; le film a été tourné rapidement en tout juste 10 jours.

Le rendu photographe est également intéressant. La directrice photo, Miryam Charles, a principalement travaillé avec une lumière naturelle. On observe un peu de grain dans l’image, donnant ainsi un look vieillot par moments. Le réalisateur joue également avec les surimpressions : deux plans se superposent permettant ainsi de représenter les rêves d’un personnage. C’est très bien fait.

Lamirande dans Nouvelles, nouvellesParfois, les plans semblent n’avoir aucun lien avec les dialogues. Le discours est décousu, ne fait pas toujours sens ou celui-ci ne nous apparaît pas d’emblée. Olivier Godin s’amuse à briser les règles du langage cinématographique, ce qui m’a fait penser à Adieu au langage de Jean-Luc Godard. La langue souvent soutenue laisse croire parfois que les personnages récitent un poème. Le tout est ponctué à l’occasion de répliques familières (« Ah j’haïs c’t’hostie d’chanson-là! », par exemple). Ces ruptures de ton surprennent et font sourire.

Différents personnages colorés prennent part à l’histoire : deux brigands surnommés Quoi? et Qui?, un hobo de Noël, un barman confident (Fayolle Jean), un curé un peu amorphe… Digressions, rêves et folie sont d’ailleurs trois termes que le réalisateur a employés pour décrire son film. Mais on retrouve malgré tout une cohérence dans l’ensemble.

Nouvelles, Nouvelles est un voyage dans l’étrange, une quête particulière dans un univers décousu (ce qui fait aussi son charme).

Note : 8,5/10

 

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