Affiche de Jimmy's Hall1932 – Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s’occuper de la ferme familiale. L’Irlande qu’il retrouve, une dizaine d’années après la guerre civile, s’est dotée d’un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis… Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l’Église ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le « Hall », un foyer ouvert à tous où l’on se retrouve pour danser, étudier, ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface.

Inspiré d’une histoire vraie, Jimmy’s Hall raconte avec finesse l’espoir et la fraternité d’un peuple. C’est Ken Loach, 17 fois sélectionné à Cannes, qui réalise ce drame historique empreint d’un sentiment d’appartenance régionale.

L’Irlande étant encore déchirée aujourd’hui en deux moitiés – un pays indépendant et une province du Royaume-Uni – le sujet reste d’actualité. Mais lorsque Ken Loach se fait questionner sur l’importance que son film pourrait avoir dans le débat, il répond : « Je ne crois pas que le cinéma puisse modifier le débat politique. D’abord, les films à gros budgets soit vont dans le sens du statu quo, soit ne sont qu’une façon de s’évader de la réalité et ce sont eux qui bénéficient des sorties et des budgets de publicité les plus puissants. Le cinéma peut produire des œuvres beaucoup plus audacieuses, mais le cinéma commercial et ceux qui le financent s’en moquent. D’un autre côté, le cinéma peut créer des résonances, soulever des questions, et bousculer les préjugés. En tout cas, le cinéma peut mettre en valeur le parcours de gens ordinaires. »

Mais la politique ne tient pas toute la place dans Jimmy’s Hall. L’art y tient aussi une place majeure. Pourquoi l’art? Parce que les personnages qui entourent Jimmy sont tous à la recherche d’une certaine liberté. Et c’est par l’art, voire la musique, que ceux-ci retrouvent leur liberté. D’ailleurs, la musique est un réel danger pour ceux qui cherchent à se libérer de ceux qui exercent le contrôle (dans ce cas-ci, l’Église).

Il y a un autre point intéressant à propos de la musique. Plutôt que d’utiliser une trame sonore préenregistrée – comme c’est généralement le cas , Loach a plutôt décidé de filmer ses musiciens. Pourquoi faire cela? Parce qu’il voulait qu’on les voie au travail. Selon le réalisateur, « C’est la seule manière de pouvoir voir des musiciens en train de jouer, et les échanges entre les musiciens et les danseurs, car autrement, on aurait le sentiment que quelque chose sonne un peu faux, ou qu’il manque quelque chose. »

Scène de Jimmy's HallPour revenir au film en tant que tel, Jimmy’s Hall se situe, comme pratiquement toute l’œuvre de Loach, dans le réalisme social. Ici, il s’intéresse aux travailleurs irlandais qui n’avaient plus de quoi vivre et qui devaient constamment rendre des comptes aux riches Anglais et à l’Église. Les familles crevaient de faim alors que les propriétaires ne se gênaient pas pour expulser ceux qui travaillaient la terre.

Présenté en sélection officielle et en compétition lors du Festival de Cannes 2014, Jimmy’s Hall fera monter à la surface le battant enfoui en vous.

Note : 7.5/10

 

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