Affiche de l'Oeuvre des joursTrois artistes – Louis-Pierre Bougie, François-Xavier Marange et Denis Saint-Pierre – partagent un atelier depuis plus de trente ans alors que la maladie et la mort de l’un d’eux amènent à une méditation sur le travail et le passage du temps.

L’œuvre des jours est une sorte de huis clos intimiste tourné sur plus de deux ans qui nous donne à vivre le travail quotidien de ces trois artistes. Jamais on ne sortira de leur atelier, sinon occasionnellement pour se rendre à un autre atelier où se trouvent les bacs d’acides utilisés pour l’eau-forte de même que les presses avec lesquelles Paule Mainguy, complice de longue date de et formée à l’imprimerie par François-Xavier, fait le tirage des gravures.

Tout au long du documentaire de Bruno Baillargeon, on découvre les différentes formes d’art que ces trois hommes créent. Le film donne ainsi à voir la gravure sur cuivre : un art, des gestes et un métier plusieurs fois centenaires qu’on se transmet de maître à élève, au fil des années, dans le secret de l’atelier. Le travail d’artiste ici, comme l’explique Paule, est d’abord celui de l’artisan, celui des gestes mille fois répétés qui précèdent et cherchent à donner corps à une œuvre qui, peut-être, saura les transcender.

Ces gestes qui sont répétés jour après jour dans le but de trouver l’absolu et la beauté qu’on ne saurait nommer et qui expriment une quête qui est autant une quête de l’autre qu’une quête de soi, ou simplement une recherche qui est sans doute la finalité ultime de tout travail artistique.

L’œuvre des jours se différencie de la majorité des documentaires par sa forme. Très peu de questions sont posées etDenis Saint-Pierre et Francois-Xavier Marange il est vraiment très rare qu’on s’adresse à la caméra. Au début, je dois avouer que c’est un peu déstabilisant et qu’on a l’impression que ça va être long. Mais à mesure que les minutes avancent, plus on entre dans le rythme des artistes et on se laisse guider. De voir ces hommes travailler dans leur local qui ne semble relié au monde réel que par un téléphone qui sonne occasionnellement, mais très longuement. Mais personne ne semble particulièrement pressé de répondre à ce vieux téléphone mural.

J’ai particulièrement aimé voir Denis Saint-Pierre travailler les plaques de cuivre à l’aide d’un petit couteau, une grafigne à la fois, patiemment, tout en expliquant qu’il n’aime pas lorsqu’une feuille est parfaite, car ça lui enlève de l’intérêt. Qu’il aime les imperfections. Le résultat est d’ailleurs magnifique. Bon, j’imagine que certains peuvent trouver ça laid, mais personnellement, je serais très heureux d’avoir une de ses œuvres accrochées au mur de mon salon.

L’œuvre des jours est un film sur l’amitié et ceux qu’on aime, sur l’héritage qu’on laisse en partage et ce qu’on emporte avec soi. Un film sur la vie, et aussi sur la mort – qui nous fait voir la vie. Un film sur le temps qui fait de nous ce que nous sommes.

Note : 7.5/10

 

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