Ida – Le sacrifice

Ida - afficheDans Ida, Pawel Pawlikowski (My summer of love, 2005) montre la Pologne qu’il se rappelle « à travers le prisme de l’enfance », et non pas la Pologne de nos jours qui ressemble à partout ailleurs, comme il le confiait en entrevue. Ce nouveau long métrage a remporté le prix Fipresci de la critique internationale au festival de Toronto en septembre 2013, ainsi que les grands prix des festivals de Varsovie, Londres, Minsk et Gijon.

Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses vœux, Anna (Agata Trzebuchowska), jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

Le réalisateur misait gros en choisissant Agata Trzebuchowska. Après avoir auditionné de nombreuses comédiennes sans trouver son Ida, il a choisi de la rechercher dans les bars et les cafés. C’est une amie réalisatrice, Malgorzata Szumowska, qui l’a repérée dans un café de Varsovie. La jeune femme n’avait aucune expérience en cinéma et ne souhaitait pas non plus devenir comédienne. Mais il aimait son air sérieux et son côté hipster. Je dois avouer qu’elle est vraiment convaincante dans le rôle. Et il la fait jouer au côté d’une actrice d’expérience, Agata Kulesza, dans le rôle de la tante Wanda.

Le travail photographique est particulièrement intéressant. Pawlikowski a choisi de travailler en format 4:3 et en noir et blanc. Ce qui s’ajuste tout à fait à l’époque représentée. Les cadres sont aussi très dépouillés (peu d’éléments y figurent) et les dialogues, peu nombreux. « En fait, j’avais envie d’un film qui suggère le plus possible en montrant un minimum. Un film qui se passe un peu dans la tête du spectateur et peut-être reste en lui lorsqu’il est sorti du cinéma », spécifiait-il.

Mais c’est le cadrage qui est le plus surprenant. Les personnages sont constamment décentrés. Placés tout au bas de l’image, laissant beaucoup d’espace au-dessus de leur tête, ou tout à gauche ou à droite du cadre. On les sent égarés, ce qui rejoint la quête qu’entreprennent les deux femmes : « Il y avait quelque chose de touchant dans l’image, les personnages avaient un air perdu, abandonnés sous le ciel », disait encore le réalisateur.

La tante et la nièce cherchent ainsi à trouver l’emplacement des sépultures des parents d’Ida. Mais au-delà de la mort de ses parents durant la guerre, c’est le génocide des Juifs, d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, à l’image des disparus d’Ida et de Wanda, qui est ici pointé du doigt. Mais il ne s’agit pas pour autant d’un film politique, mais bien du parcours de ces deux femmes.

Ida est un film très beau et touchant, où une jeune femme découvre le secret de ses origines. Ayant conscience de cette nouvelle part d’elle-même, sera-t-elle toujours en mesure de prononcer ses vœux?

Note : 9/10

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