Gabrielle - AfficheAprès une campagne de promotion bien menée, Gabrielle sortait en salles vendredi au Québec. Le film s’était démarqué en août dernier au Festival international du film de Locarno en remportant le Prix du public et au Festival du film francophone d’Angoulême, avec le Valois Magelis du jury étudiant. Le Valois du meilleur acteur était alors remis à Alexandre Landry. Pour son deuxième long métrage, Louise Archambault (Familia, 2005) a choisi de relever un défi de taille en travaillant avec des personnes ayant des déficiences intellectuelles. Gabrielle Marion-Rivard, qui joue Gabrielle, est atteinte du syndrome de William. Les personnes atteintes de ce syndrome sont très sensibles au bruit et souvent douées pour la musique. La jeune femme a d’ailleurs grandi avec deux parents musiciens.

Gabrielle, une jeune handicapée intellectuelle, tombe amoureuse de Martin (Alexandre Landry). Avec d’autres membres de la chorale « Les Muses de Montréal », ils se préparent à participer à un spectacle de Robert Charlebois. La relation entre Gabrielle et Martin devient sérieuse, mais la mère du jeune homme n’est pas prête à cela. Gabrielle souhaite avoir plus d’autonomie, être traitée comme n’importe quelle autre personne, afin de vivre librement son amour.

Le travail sonore est particulièrement intéressant. Pendant le générique du début, le spectateur est porté par un bruit d’eau. La scène d’ouverture se passe ainsi à la piscine dans un climat de sérénité. La musique est très présente tout au long du film. Lorsqu’au bal Gabrielle et Martin sortent de la salle principale pour s’embrasser et se caresser, la musique cesse ce qui créé un malaise chez le spectateur devenu voyeur. Plus tard, lorsque Gabrielle marche seule sur le trottoir, la musique devient sourde et l’image floue, marquant le trouble de la protagoniste.

Gabrielle a une belle naïveté dans sa façon de comprendre la vie ce qui la rend si touchante. Elle souhaite plus que devenir autonome et avoir son appartement. De cette manière, elle pourra vivre sa relation amoureuse avec Martin. Qu’il s’agisse de sa sœur, de sa mère, des intervenants de la résidence d’accueil où elle vit, ils ont tous un appartement et une vie amoureuse à la différence des pensionnaires de la résidence. C’est ce fait qui la motive dans sa quête d’autonomie.

Les acteurs sont tous excellents. Gabrielle est naturelle et émouvante. Alexandre Landry est tout simplement incroyable. J’étais convaincue qu’il avait réellement un handicape. Mais comme confiait la réalisatrice en entrevue à la radio de Radio-Canada, il était ardu de trouver un partenaire à Gabrielle, les handicapés intellectuels sont si vrais qu’il s’avère difficile de leur demander de simuler l’amour. Sophie (Mélissa Désormeaux-Poulin) est touchante dans son rôle de grande sœur protectrice. Le rôle de Benoît Gouin (Laurent), un des intervenants de la résidence, fait contraste avec ses rôles de méchants ou de mauvais garçons (pensons notamment à ses autres rôles de 2013 : François dans 1er amour et le sergent Paquette dans Lac Mystère).

Louise Archambault confiait qu’elle voulait « éviter le misérabilisme et l’édulcoré », ce qu’elle a, à mon avis, réussi. Un film d’une grande sensibilité!

Note : 9/10

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