L’œuvre d’Anne Hébert me passionne. J’ai lu tous ses textes : poèmes, nouvelles, romans, pièces de théâtre et proses diverses. Mais je n’avais encore jamais vu le court métrage de fiction La Canne à pêche (1959), réalisé par Fernand Dansereau, duquel elle signe le scénario, et ce, bien qu’il soit disponible en ligne sur le site de l’ONF depuis près d’un an. Ce film avait remporté le premier prix au festival de Monaco en 1959.

La Canne à pêche - Claudia
Claudia © ONF

Ce court métrage en noir et blanc, de 29 minutes, est beau et poétique. Pour la première fois de sa vie, Claudia, 10 ans, a l’occasion d’aller à la campagne. Pour sa mère, la campagne est un lieu ennuyant, plein de mauvais génies. Avant son départ, son père (Gilles Vigneault) lui prête sa canne à pêche toute neuve et lui dit au contraire qu’elle découvrira un lieu merveilleux.

La nostalgie de l’enfance

Presque entièrement narré en voix off par Claudia devenue adulte, on replonge avec elle dans ses souvenirs. Une certaine nostalgie émane du film : nostalgie de l’enfance, de la campagne.

Le texte rappelle d’autres écrits d’Anne Hébert par la solitude des êtres, la part de songe et la nature grandiose. L’auteure a elle aussi été marquée par la nature, ayant passé les étés de son enfance à Sainte-Catherine.

La jeune Claudia explore cet environnement inconnu avec une joie naïve, nommant intérieurement ses découvertes, mais aussi avec une certaine crainte. Lorsqu’elle rentrera à la maison, son père partagera ses souvenirs de la campagne, de ce monde magique. Lui, l’« homme silencieux », l’Amérindien qui a dû quitter son village et les bois environnants, retrouvait enfin un peu de joie.

Mais encore…

La canne à pêche (ONF)
À la campagne © ONF

Les plans sont souvent longs et méditatifs, d’une belle qualité photographique. C’est d’ailleurs Michel Brault (qui a notamment réalisé Pour la suite du monde (1963) et Les Ordres (1974)) qui était responsable de la photographie.

Plus de cinquante ans après sa réalisation, La Canne à pêche donne envie de redécouvrir la campagne, de prendre le temps de regarder couler l’eau de la rivière, d’observer chaque détail.

Note : 8/10

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