Les femmes de ménage licenciées au cours d’une manifestation, dans Combat au bout de la nuit.

Combat au bout de la nuit – Véritable tragédie grecque

Campé dans le berceau de la philosophie et de la démocratie, Athènes, Combat au bout de la nuit de Sylvain L’Espérance nous entraîne dans une véritable tragédie où se mêlent les destins des laissés-pour-compte de la crise économique grecque et celui de ceux qu’on appelle des migrants, en fait de véritables réfugiés, qui déferlent sur les îles de ce pays appauvri, fuyant la guerre, la mort.

Le réalisateur de Combat au bout de la nuit, Sylvain L'Espérance
Le réalisateur Sylvain L’Espérance

Le film de Sylvain L’Espérance met en scène un groupe de femmes de ménage du ministère des Finances, licenciées en début de négociations avec la Troïka – Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international – des institutions vouées à la « bonne marche économique » de l’Europe et qui s’acharnent sur ce petit pays, appauvrissant chaque jour davantage une population qui vit déjà dans la précarité. Le film nous révèle le cheminement de ces femmes dont le gouvernement croyait se débarrasser sans problème puisqu’elles ne sont ni instruites, comme elles le disent elles-mêmes, ni politisées, ni syndiquées. Pour le gouvernement, c’est une preuve de bonne foi envers la Troïka : quelques centaines de « fonctionnaires » licenciés. Mais c’était sans compter sur la volonté de ces femmes. Elles mèneront une lutte sans merci de 20 mois pour retrouver leur emploi et leur dignité.

Sylvain L’Espérance filme aussi ces anciens employés de chantiers navals aujourd’hui au chômage. Des hommes qui veulent rebâtir un monde plus juste. L’un d’eux a cette parole troublante, dans nos pays qui se gargarisent d’être des modèles de démocratie et qui font la morale à tout vent : « Si les élections pouvaient changer quelque chose, elles auraient été abolies ». L’élection d’un gouvernement de gauche, suivie d’un référendum au cours duquel le peuple grec rejette massivement les conditions imposées par la Troïka, ne sauvera pas les Grecs de la misère. Ce même gouvernement de gauche acceptera les conditions imposées pour l’obtention d’un nouveau prêt moins d’une semaine plus tard!!!

Abdallah, un réfugié soudanais, dans Combat au bout de la nuit
Abdallah, un réfugié soudanais

Mais comme si ce portrait n’était pas assez sombre, voilà que des milliers et des milliers de réfugiés en provenance de Syrie, d’Afghanistan, de nombreux pays africains et d’ailleurs, ces parias du monde occidental, affluent sur les côtes grecques rêvant de paix et d’avenir. Pour eux le choc sera brutal. La société grecque est profondément divisée à leur égard. Trop souvent, leurs rêves sont brisés, anéantis.

Le film de Sylvain L’Espérance d’une durée de 4h45 est un pari osé et… réussi. Le réalisateur nous permet de vivre et de comprendre les drames de la vie de ses personnages. Loin des bulletins de nouvelles et des courts reportages, il nous fait vivre leur quotidien, leur donne la parole, et leur redonne ainsi une dignité. Et nous montre que malgré les écueils, la vie ne vaut la peine d’être vécue qu’au prix de la résistance.

Affiche de Combat au bout de la nuitDans Combat au bout de la nuit, Sylvain l’Espérance a osé la poésie, la beauté des images pour nous faire comprendre, nous faire vivre cette véritable tragédie grecque.  

Souhaitons que des salles de cinéma osent le programmer même si le format est très inhabituel. Un film à voir pour réfléchir aux drames que provoque le néo-libéralisme et à la résistance toujours plus nécessaire.

Note : 9/10

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