Cabu en mars 2000

Oncle Bernard – l’anti-leçon d’économie – Je suis Charlie

Oncle Bernard - L'anti-leçon d'économieBernard Maris, alias Oncle Bernard, fut assassiné lors de l’attentat à Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Tournée en mars 2000, dans le contexte du film L’encerclement – La démocratie dans les rets du néolibéralisme, cette fascinante entrevue avec Oncle B., constitue une véritable « anti-leçon d’économie ». Sans fard ni artifice, le réalisateur laisse toute la place à la parole riche, dissidente, acérée et mutine de Maris. En toute liberté, celui-ci assène à loisir des vérités percutantes qui renversent les dogmes sempiternellement ressassés par le chœur vibrant de la valetaille de la « science » économique. Formidable vulgarisateur dont la verve, l’éloquence, l’érudition et l’alacrité parviennent à rendre passionnants les sujets les plus arides, Oncle Bernard déploie au fil de cet entretien une pensée courageuse en son originalité, qui se révèle d’autant plus précieuse en ces temps de démission intellectuelle et d’austérité économique.

Tout d’abord, je tiens à dire que ce documentaire est plus une entrevue qu’un réel film. De plus, je ne crois pas que ce film aurait vu une salle de projection si les événements de janvier 2015 ne s’étaient pas produits. Cela dit, je ne crois pas que Oncle Bernard soit de l’opportunisme de la part du réalisateur. Je tenais à clarifier ceci avant d’aller plus loin.

Tourné en 3:4 et sur pellicule noir et blanc, cette entrevue avec Bernard Maris de Charlie Hebdo est présentée en tant qu’hommage à l’homme disparu le 7 janvier dernier. Tout au long du film, je me suis interrogé sur les choix artistiques de Richard Brouillette. Va pour le noir et blanc et la pellicule. J’adore l’image un peu neigeuse. Là où j’accroche moins, c’est dans le choix de montrer et de laisser les éléments techniques du tournage et la caméra instable. Ça donne un « look » un peu amateur. Le « bip » avant chaque plan m’a particulièrement agressé.

Par contre, je dois m’incliner devant la grande qualité de vulgarisateur que possédait Bernard Maris. Il réussit à parler d’économie de façon intéressante et amusante, voire acide, tout en étant des plus pertinents. Il critique la grande économie capitaliste et offre un point de vue rarement expliqué par les « savants de l’économie libérale ».Bernard Maris en entrevue en 2000.

J’adore quand il explique que l’économie doit rester compliquée afin de s’assurer que ça reste un « jargon du pouvoir ». Ou lorsqu’il dit que « l’économie est construite pour être incompréhensible ».

Il n’a jamais eu peur de critiquer les pouvoirs en place ou de dire qu’« un banquier c’est con ». En regardant ce document, je n’ai pu m’empêcher de rire, tout en étant déprimé. Lorsqu’il explique la théorie de la main invisible ou lorsqu’il montre l’importance pour l’économiste libérale de l’inégalité sociale. Eh oui, celle-ci sert de stimulant pour le petit peuple. Ou encore que c’est le chômage qui crée de la valeur. Pour les riches, plus il y a de chômage et plus ils peuvent se permettre d’exploiter leurs travailleurs. Eh oui! c‘est comme ça…

Lorsqu’interrogé sur la raison de présenter ce film, le réalisateur explique que chaque fois qu’il lisait les chroniques de Maris dans Charlie Hebdo : « j’y trouvais des lumières pénétrantes pour m’éclairer sur des aspects de l’économie occultés par les médias de masse ou carrément pervertis par des falsificateurs patentés ». Et que « dans ses chroniques comme dans ses livres, il avait la capacité d’édifier les consciences en rendant limpides des sujets que la plupart des gens ne voudraient pas même approcher avec une perche de trois mètres, tout en accrochant des sourires aux visages de ses lecteurs. À cet égard, il n’avait pas d’égal. »cabu4-cut

C’était le mercredi 8 mars, dans les locaux de Charlie, peu après la traditionnelle conférence de rédaction. Malgré sa fatigue, il a su endurer une entrevue qui s’est étalée sur environ trois heures, dont environ la moitié fut enregistrée (78 minutes filmées). Ce film hommage à Bernard Maris, dans lequel on peut aussi voir Cabu, offre une belle occasion de revoir 2 des 12 victimes des attentats du 7 janvier 2015, perpétré contre Charlie Hebdo.

Note : 7/10

Extrait 4 > Oncle Bernard – L’anti-leçon d’économie from Prométhée Lefort on Vimeo.

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