
« You got owned by a goat! »
[Tu t’es fait bouffer par une chèvre!]

Aux États-Unis, 87 millions de personnes ont regardé la dernière saison de la NBA. Le Basketball est en effet l’un des sports les plus regardés au pays, juste derrière le Football et juste devant le Baseball. De ce fait, beaucoup des joueurs, en particulier les plus talentueux comme Michael Jordan, Magic Johnson ou bien Larry Bird, ont une véritable aura de stars aux États-Unis, voire à l’international. Si Hollywood avait pour décision logique d’en faire des films ou des séries dédiées, comme Winning Time : The Rise of the Lakers Dynasty, une série HBO sur les Lakers de Los Angeles, plusieurs producteurs ont des idées plus folles et mettent directement en scène des basketteurs dans leur film, pour le meilleur et pour le pire.
Dans les meilleurs exemples, il y a eu Ray Allen sous la caméra de Spike Lee dans He Got Game, Kevin Garnett jouant son propre rôle dans Uncut Gems des frères Safdie, le caméo de Kareem Abdul-Jabar dans Y a-t-il un pilote dans l’avion?, celui de Lebron James dans Trainwreck de Judd Apatow, Boban Marjanovìv face à John Wick dans le deuxième volet ou bien le film Hustle, qui parle du milieu du recrutement en NBA et qui a plusieurs joueurs à sa distribution. Dans le pire des cas, on se souvient très bien de Michael Jordan qui joue avec les Looney Tunes dans Space Jam, avec Lebron James qui prend sa place dans la suite, ainsi que Dennis Rodman qui sert de partenaire de Jean-Claude Van Damme dans Double Team, ou bien Shaquille O’Neal, jouant un génie de Kazaam et un superhéros DC dans Steel. Dans cette longue liste s’ajoute Stephen Curry, le joueur vedette des Golden Gate Warriors, qui a produit et donne sa voix pour Goat, une sorte de Zootopia avec du basket.
Car le titre fait non seulement référence au terme « Greatest of all time», mais surtout au personnage principal, Will, une jeune chèvre vivant dans un monde peuplé d’animaux et fans de Roarball, une sorte de basketball plus intense et le sport le plus populaire. Il rêve d’ailleurs d’en être un joueur professionnel et de faire partie de son équipe préférée, les Thorns, avec sa joueuse préférée, Jett Fillmore. Cependant, le Roarball est un sport dangereux réservé aux bêtes les plus puissantes du règne animal, et donc pas pour les chèvres. Cependant, il trouve l’occasion de réaliser son rêve, mais devra faire ses preuves auprès de ses coéquipiers et dans le monde entier.

Un récit d’Underdog classique, mais qui a sûrement su interpeller le producteur Stephen Curry. Le basketteur est reconnu pour avoir un physique bien moins imposant que les autres joueurs avec ses 1m88, mais s’est démarqué par son adresse et sa capacité à facilement faire des tirs de trois points, faisant de lui l’un des meilleurs marqueurs de l’histoire de la NBA. Il est d’ailleurs un des joueurs à l’origine du 3-point Revolution, une stratégie qui tourne autour des marquages à trois points. Il est donc difficile de ne pas voir la similitude entre lui et cette jeune chèvre bien moins imposante que des adversaires ours ou buffle, mais qui excelle dans les tirs.
Le récit de base n’a rien de nouveau, avec un protagoniste qui rêve grand, une star du sport qui a fait son âge et qui laisse son égo la tirer vers le bas, des coéquipiers aux caractéristiques distincts qui n’arrivent pas à faire leur place, la propriétaire de l’équipe qui ne cherche que le profit et l’antagoniste, un joueur étoile prétentieux. Le scénario se démarque par contre par son contexte animalier et ses personnages. Si leurs stéréotypes sont déjà vus, leurs caractères permettent de les distinguer, en particulier les autres membres des Thorns qui sont les plus mémorables, surtout Olivia, une autruche très anxieuse face aux réseaux sociaux, et Modo, un dragon de Komodo farfelu. Et le choix d’avoir laissé des caractéristiques animalières aux personnages, comme Will et ses yeux de chèvre, Olivia qui met sa tête dans le sol quand elle est anxieuse, ou bien Jett, une panthère effrayée par l’eau, ajoute du caractère à leurs personnages et apportent des touches humoristiques.
Ils sont également aidés par un excellent casting vocal (en anglais original), notamment Caleb McLaughlin (Lucas dans Stranger Things) dans le rôle de Will, Gabrielle Union en Jett Fillmore, Patton Oswalt dans le rôle de dr Dennis, le coach nasique des Thorns, Nicola Coughlan (Bridgerton) en Olivia et Nick Kroll en Modo. Même Stephen Curry, qui joue ici Lenny, un joueur girafe des Thorns, est très convaincant et apporte de la personnalité à son personnage, et ce alors qu’il n’est pas acteur professionnel.

Le film est également très beau visuellement, utilisant le même style d’animation que les films Spider Verse et KPop Demon Hunters, soit une sorte de 3D saccadé, donc moins fluide, mais plus dynamique que les studios d’animation concurrents comme Disney et Pixar. Là encore, ce style permet à Goat de se distinguer des autres films d’animation et permet notamment d’apporter du style et du dynamisme aux scènes de Roarball. Le film démontre néanmoins les limites de ce style et n’arrive pas à la maestria visuelle des films Spider Verse, notamment à quelques moments où l’animation clashe avec le style du film. Ça se voit clairement à la dernière scène du film et tous les plans du public détonnent.
On peut aussi regretter un climax qui n’est pas à la hauteur, avec une finale qui aurait pu avoir de grands moments, mais qui préfère couper et faire des transitions au lieu d’en montrer plus, alors qu’elle était teaser durant tout le film. Cela n’empêche pas d’avoir de grands moments de développement de personnages.
Goat n’est peut-être pas le meilleur film d’animation actuel et ne révolutionne pas du tout la formule, mais il reste un agréable moment et arrive à se distinguer à certains moments. D’ailleurs, il va très certainement plaire aux amateurs de Basket.
Bande-annonce
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