
« 我們為了你提心吊膽了十幾年 »
[À cause de vous, nous avons vécu dans la peur pendant des années.]

Le concept de voyage dans le temps a été popularisé à la fin du 19e siècle dans la littérature, avec des romans comme Un Yankee à la cour du roi Arthur de Mark Twain ou La machine à explorer le temps de H.G. Wells. Ce concept unique ne pouvait pas passer inaperçu par les cinéastes. On a eu droit à des adaptations (The Time Machine de George Pal, 1960) ou des histoires originales (la trilogie Retour vers le futur), des personnes de notre temps qui voyagent dans le passé (Bill & Ted Excellent Adventure) et vice-versa (Les visiteurs), aux histoires à l’approche plus réaliste (Primer) et aux récits plus farfelus (Time Bandits), la liste est longue.
Un des projets qui ont utilisé ce concept est une série télé chinoise intitulée A Step into the Past, diffusée sur la chaîne TVB Jade du 7 octobre au 15 décembre 2001. Adaptée du roman The Chronicles of Searching Qin de Wong Yee, la série met en vedette l’acteur Louis Koo (qui sera un futur grand collaborateur de Johnnie To) en tant que Hong Siu-lung, un policier choisi pour tester une machine à voyager dans le temps. Il sera transporté en Chine antique, dans la Période des Royaumes combattants, et devra traverser ces temps tumultueux pour retourner à son époque. À la manière de Code Quantum, Hong Siu-lung ne retournera pas à son époque. Il fondera une famille alors que son ancien disciple, le premier empereur Qin, cherchera à effacer son existence après l’avoir abandonné. La série a connu un joli succès et 25 ans plus tard, Louis Koo décide de la ramener en format de long-métrage avec Back to the Past, servant ici directement de suite.

Le film retrouve le personnage de Hong Siu-lung, vivant en paix avec le reste de sa famille alors que son ancien disciple vient de conquérir le dernier royaume pour unifier la Chine. Cependant, leurs destins vont se recroiser quand l’empereur est attaqué par de mystérieux attaquants avec des armes inconnues. Il s’agit d’un groupe venant du futur, mené par le créateur de la machine à voyager dans le temps et qui cherche à modifier l’histoire en prenant la place de l’empereur. Hong Siu-lung va devoir protéger et renouer avec son ancien élève et empêcher l’histoire d’être réécrite.
C’était la volonté de Louis Koo de transférer A Step into the Past au grand écran, étant son dernier projet télévisuel avant de se concentrer sur le cinéma. Le film a également eu de la difficulté à sortir, le tournage s’étant terminé en 2019, mais avec de nombreux retards pour finalement arriver six ans plus tard en salle. La série n’a été diffusée qu’en Chine, donc il est clair que le public occidental n’y est pas du tout familier. Le film a quand même la gentillesse de faire un court résumé pour ne pas se perdre dans l’histoire. Cependant, en voyant les images de la série originale, on a du mal à croire qu’un feuilleton télévisuel de 2001 à un meilleur look qu’un film à grand budget de 2025.
Parce qu’il n’y a pas grand-chose à sauver dans Back to the Past. Déjà, visuellement, c’est très pauvre, que ce soit la colorimétrie et la photographie qui sont tout simplement fades, surtout quand on voit que la série proposait mieux 25 ans plus tôt, ou bien la mise en scène qui ne propose rien d’intéressant, alors qu’il y a deux réalisateurs derrière la caméra. Les scènes d’action sont également très brouillonnes, avec des moments en CGI peu convaincants, et c’est triste de voir au crédit le légendaire Sammo Hung pour un résultat raté.

Niveau scénario, ce n’est pas terrible non plus. Certes, le concept de base est assez stupide – on cherche plus à se divertir devant –, mais l’écriture est, tout comme l’aspect visuel, très pauvre. Non seulement c’est prévisible, non seulement les personnages ne sont pas intéressants (l’excellent Louis Koo n’arrive pas à remonter le niveau) et leurs caractérisations sont sens dessus dessous, non seulement la structure scénaristique est branlante avec un climax très décevant, mais en plus, le film a l’audace de fournir deux fins. En effet, alors que les crédits apparaissent, il reste quelque 15 minutes au long-métrage, constitué d’une fin alternative qui prend comme idée « si des personnages historiques arrivent dans notre époque ».
Ce procédé de fin alternative a déjà été vu chez Tsui Hark pour le film The Taking of Tiger Mountain en 2014. Mais si Tsui Hark se permettait de présenter deux fins aux styles différents, mais qui arrivent au même résultat, afin de rendre hommage aux différentes sources de son récit, Back to the Past ne fait que présenter une autre fin moins bonne et hors de propos, juste pour faire plaisir aux fans de la série.
Bref, Back to the Past ne vaut pas le détour. C’est un long-métrage fait sans effort et sans créativité, juste pour ramener les amateurs d’une vieille série, que le public occidental n’a jamais vu d’ailleurs. Bref, une histoire de voyage dans le temps qui nous donne envie d’y retourner nous-mêmes pour ne pas avoir vu ce film.
Bande-annonce
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