
Nous voici rendus au septième jour de Pleins Écrans 2026. On pourrait dire qu’il s’agit d’une journée vouée aux différences.
Au programme, 3 documentaires et une fiction (qui avait été présenté l’année dernière). Mais, une fois de plus, une journée qui propose trois excellents films.
Compétition québécoise
L’aphantaisie, l’incapacité de générer des images mentales, touche 1 à 3% de la population. Au début de ma vingtaine, j’ai appris que mon esprit était aveugle. Méchant changement de paradigme de réaliser que « visualiser », ce n’est pas une métaphore.

Avec Angle mort, Charlie Guèvremont propose un très court film qui éduque et fait prendre conscience d’une réalité qui ne touche pas 98% des gens.
Ce film en animation 2D offre un point de vue simple et clair sur un état qui est très peu connu. La réalisatrice garde ça simple, ce qui aide à comprendre la réalité de ces personnes. Je dois avouer que je n’avais jamais entendu parler de l’aphantaisie.
Il est très intéressant aussi que la narratrice explique qu’avant de savoir qu’elle était différente, elle ne se sentait pas différente et elle n’avait pas l’impression de manquer quelque chose. Une fois qu’on lui a expliqué qu’elle n’était pas normale, c’est là qu’elle a commencé à se sentir triste de manquer quelque chose. Ça fait réfléchir à cette façon qu’on a de plus en plus de diviser les gens selon leurs différences.
En tout cas, c’est un film à ne pas manquer.
Alors qu’iels assistent au Gender Reveal du futur bébé de son patron, Rhys et ses deux partenaires voient leur capacité à s’en sortir indemne s’effondrer.

Avec Gender Reveal, Mo Matton livre une œuvre percutante, à la croisée des chemins entre la comédie, le drame et le cinéma trash.
Iel s’attaque ici à un rituel aussi superficiel que populaire : le dévoilement du sexe de l’enfant à naître. Et iel ne fait pas les choses à moitié pour démolir le concept. En mettant en scène une cérémonie d’une futilité absolue où tout dérape, le film propose une critique acerbe de la surconsommation qui s’est greffée à la naissance.
Le versant trash de l’humour nous offre des moments savoureux, comme ces cupcakes ornés de vulves et de pénis en glaçage. Mais au-delà de la provocation visuelle, Mo Matton souligne la maladresse des commentaires auxquels font face les personnes trans, illustrant parfaitement ces interactions teintées de curiosité déplacée : « Tu es le premier iel que je rencontre, j’ai tellement de questions pour toi! »
Ici, l’esthétique léchée et la profondeur psychologique s’effacent au profit de la force du dialogue et de l’absurdité des situations. Le résultat est un film brut et marquant qui ne laissera personne indifférent; pour le meilleur et pour le pire.
Un partage intime et percutant devient terreau fertile à la naissance d’une amitié et d’un film.

Avec Le vrai Jo, Zackary Bourdeau-Pouplier propose un film… Un film… Sur un gars… Criss, big, je sais pas.
J’ai l’impression que la grande place de ce court métrage documentaire est dans les écoles secondaires afin de pouvoir dire aux jeunes « fais pas de conneries sur tu veux pas finir comme ce gars là. »
Le film est dur à écouter dû à son intervenant. Il est tellement désagréable qu’on a juste envie d’arrêter le film. Je ne sais pas quoi dire de plus, franchement. Je crois que c’est mieux que j’arrête là.
Sauter ce titre, vous n’en serez que plus heureux.
À travers une constellation d’images analogiques texturées et de nappes sonores caressantes, Orbites incarne une plongée dans la mémoire sensorielle de Marie-Christine qui a perdu la vue il y a quelques années.

Avec Orbites, Sarah Seené offre un regard tendre sur une maladie dégénérative de la rétine.
Ce court métrage est un autre beau documentaire qui donne l’occasion au spectateur de comprendre l’univers d’une personne qui ne voit pas (outre des mouvements de couleurs).
Pour une personne qui a toujours vu de façon plutôt optimale, il est vraiment difficile d’imaginer comment voient ou rêvent les personnes aveugles. Sarah Seené, grâce à des échanges riches et des jeux de lumière, arrive à nous donner une meilleure idée de ce que ça peut être. Avec l’aide de Marie-Christine Ricignuolo, elle réussit à faire comprendre une réalité complexe.
Ce film amène un questionnement périphérique qui n’était probablement pas planifié par la réalisatrice. Comment peut-on faire un bébé en sachant d’avance qu’on va lui léguer cette maladie qui réduira sa qualité de vie? Et là, je ne parle pas de garder un bébé lorsqu’il est dans le ventre et qu’on apprend qu’il aura un « défaut ». Je parle de le savoir avant même la conception. La jeune femme dit «Je voulais tellement avoir un enfant. » Ça me semble extrêmement égoïste de faire un enfant en sachant qu’on ne pourra pas lui donner une qualité de vie optimale.
Mais revenons à la qualité du film. L’utilisation de la pellicule et des jeux de lumière sont un choix judicieux, et la réalisatrice mène la charge à merveille. En résulte un magnifique documentaire.
© 2023 Le petit septième