H is for Hawk - Une

H is for Hawk – Ce n’est pas un faucon, c’est un autour des palombes

« Et un gentil petit faucon émerillon? – Non, je ne veux pas d’un oiseau de dame, Mandy. Je veux un autour des palombes, je pense. Il m’en faut un. »

H is for Hawk - Affiche

Dans H is for Hawk de Philippa Lowthorpe, l’adaptation filmique du roman autobiographique éponyme d’Helen Macdonald (Claire Foy), la protagoniste fait le deuil de son père (Brendan Gleeson), mort subitement d’une crise cardiaque, en dressant un autour des palombes féroces, la fauconnerie ayant été une passion commune entre le père et la fille.

L’envolée : une académique brillante pas comme les autres 

Helen (merveilleusement interprétée par Claire Foy) travaille à l’Université de Cambridge comme postdoctorante. La première de sa famille à avoir un diplôme universitaire, Helen n’est pas comme les autres chargés de cours. Elle tient son caractère rebelle de son père qui travaille, quoiqu’à l’âge de prendre sa retraite, encore comme photographe dans un journal local et se fout des règles et conventions. Tout comme son père, Helen adore renifler l’odeur vanillée des anciens livres dans la bibliothèque et au lieu de rester dans les salles poussiéreuses de la fac, elle chasse ses étudiants dehors dans les rues et pubs de la ville académique pour leur montrer les lieux importants de l’histoire scientifique britannique. 

H is for Hawk - Envolée - Claire Foy and Brendan Gleeson - Courtesy of Roadside Attractions
Helen (Claire Foy) et son père (Brendan Gleeson) | Credit : Roadside Attractions

Elle rayonne d’enthousiasme – surtout pour sa grande passion : la fauconnerie. À travers son père, Helen a grandi avec ces oiseaux de proie et depuis toute petite elle l’accompagne dans ses excursions à la campagne, munis d’une caméra télescopique, à la recherche des rapaces impressionnants. 

La chute : la mort du père, le deuil, le repli sur soi

Lorsque son père meurt d’une crise cardiaque, Helen ne sait plus où elle en est. C’est tout un monde qui s’écroule. Sa bourse à Cambridge s’achève sous peu et elle devrait donc rapidement chercher un nouvel emploi ainsi qu’un nouveau logement puisque le sien est réservé au personnel universitaire. Encore sous le choc, l’option qu’elle aurait – l’invitation d’une bourse postdoctorale à l’institut de Max Planck à Berlin – n’est plus envisageable. Faisant mine de rien à l’extérieur, mais étant complètement terrassée à l’intérieur, Helen cache ses émotions et se distancie de ses proches. 

Voler à travers lui : un autour des palombes

En feuilletant les vieux albums photos qui montrent la petite Helen avec les rapaces de son père, elle prend la décision de s’acheter un autour des palombes. Stuart, un ancien ami de son père et un expert en fauconnerie, essaie de dissuader Helen de cette idée, les autours des palombes étant particulièrement grands et féroces : 

H is for Hawk - Voler à tracers lui - Claire Foy - Courtesy of Roadside Attractions
Helen et Mabel | Crédit : Roadside Attractions

Stuart : Sérieusement, ils sont difficiles à gérer. Tu veux vraiment avoir affaire à un psychopathe parfaitement évolué? N’y pense même pas, surtout pas dans ton état actuel.
Mandy : Et un gentil petit faucon émerillon?
Helen : Non, je ne veux pas d’un oiseau de dame, Mandy. Je veux un autour des palombes, je pense. Il m’en faut un.

Helen reste têtue et se rend en Écosse avec son amie Christina (Denise Gough) afin d’aller chercher l’animal désiré. Seules au port dans l’attente du livreur, un paquet d’argent à la main, Christina se croit dans une scène de « trafic de drogue » – et elle est en effet la seule à voir l’absurdité de la situation. Prisonnière de sa vision tunnel, la chercheuse choisit instinctivement l’animal le plus agressif alors qu’elle manque d’expérience avec ce genre de rapaces, comme si elle voulait mettre la barre encore plus haute, se livrer à un défi encore plus important. L’éleveur se rend compte de son insécurité et lui donne un conseil macabre : « Savez-vous quel est le secret pour qu’un autour se comporte bien? Le meurtre. Cela les calme immédiatement. Emmenez-le chasser dès que possible et laissez-le tuer un maximum. »

Le passe-temps qui devient une obsession

Pourquoi s’acheter un rapace dangereux, quand on est triste, au lieu d’un chat attendrissant ou d’un chien aux yeux fidèles? 

H is for Hawk - Le passe temps - Lindsay Duncan and Claire Foy - Courtesy of Roadside Attractions
La mère s’inquiète pour Helen | Crédit : Roadside Attractions

Pour Helen, dresser un autour des palombes revient à vivre à travers l’animal. Elle s’occupe de Mabel comme si elle était son enfant et néglige tout le reste – son travail, sa famille, sa propre santé. Elle se fait du souci parce que Mabel ne mange pas assez, elle passe des jours à l’intérieur de son appartement assombri afin que l’oiseau puisse se familiariser avec le nouvel environnement, elle fait des promenades avec elle pour qu’elle s’habitue aux gens et elle l’entraîne à la chasse et à ce qu’elle revienne chez elle. En fait, Helen cherche à se rendre invisible afin de ne plus sentir la douleur. Celui qui regarde dans le viseur, s’oublie soi-même et ne se concentre que sur l’objet dans la caméra – c’est ce que son père lui a dit : « Il suffit de regarder dans le viseur et tout le reste disparaît. Quand tu as l’appareil photo ici, c’est comme si tu étais invincible. »

Les autres : entre l’inquiétude et la compréhension

Pour ceux qui l’aiment, il est clair qu’Helen va mal et qu’elle s’identifie trop à Mabel, la fauconnerie devenant une véritable obsession. 

Mais ils la respectent tous et essaient de la laisser vivre dans son propre monde tout en veillant sur elle – c’est peut-être l’aspect le plus touchant dans le film, la compréhension apportée à Helen, tant par l’université, qui accepte que l’oiseau l’accompagne partout, que par sa famille et ses amis. Je pense surtout à Stuart qui aide Helen à l’entraînement dehors et qui ne cesse de la rassurer – non seulement en ce qui concerne la fauconnerie, mais aussi sa propre vie : « Et si je l’avais perdue? – Eh bien, ce n’est pas le cas. – Je fais vraiment n’importe quoi en ce moment. – Ne sois pas si dure avec toi-même. Mabel essaye juste de trouver sa place dans le monde. » J’ai bien aimé cette douceur et subtilité dans les rapports entre les personnages. 

Des acteurs magnifiques et un symbole du deuil tendre

La réalisatrice Philippa Lowthorpe arrive très bien à faire ressortir d’emblée la fascination pour ce type d’oiseaux par des très gros plans sur leur plumage dans les premières secondes du film. 

C’est clair que c’est l’animal qui sera au centre du film – et par son extension : la femme derrière la caméra, Helen. Claire Foy l’interprète superbement et réussit à montrer une femme frappée par le destin qui est littéralement « hors de soi » à la suite du décès de son père si aimé – et par « hors de soi » je veux dire qu’elle fuit son propre corps afin de ne pas devoir ressentir les émotions trop intenses. En plus, même s’il s’agit d’une histoire vraie, la fauconnerie pourrait aussi être considérée comme un symbole du deuil. Je pense notamment à Christine Pernlochner-Kügler, thanatologue et gérante d’un salon funéraire à Innsbruck (pour ceux qui ne me connaissent pas : j’habite en Autriche), qui anime souvent des groupes de soutien au deuil et qui propose aux souffrants l’image du cerf-volant : celui qu’on a perdu ne disparaît jamais complètement, il reste dans nos cœurs comme un cerf-volant qui se distancie de nous, mais auquel on reste tout de même attaché par la ficelle.   

Bien que H is for Hawk me paraisse, avec ses deux heures, un peu long, il reste un film excellent et tendre, qui saura vous émouvoir avec son intrigue et ses images impressionnantes. 

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
H is for Hawk
Durée
119 minutes
Année
2025
Pays
Royaume-Uni / Singapour / États-Unis
Réalisateur
Philippa Lowthorpe
Scénario
Emma Donoghue et Philippa Lowthorpe
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
H is for Hawk
Durée
119 minutes
Année
2025
Pays
Royaume-Uni / Singapour / États-Unis
Réalisateur
Philippa Lowthorpe
Scénario
Emma Donoghue et Philippa Lowthorpe
Note
8 /10

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