Finalement - Une

Finalement — Une raison de continuer

« Alors le seul moment où j’ai du plaisir c’est quand j’enlève mes putains de chaussures. T’as compris ça? »

Finalement - Affiche

Dans un monde de plus en plus fou, Lino (Kad Merad), qui a décidé de tout plaquer, va se rendre compte que finalement : tout ce qui nous arrive, c’est pour notre bien!

La vie est mortelle

C’est fou comme le temps passe vite. Pas seulement parce que la fin mars est déjà à nos portes, mais je constate aussi que malgré ma mi-trentaine (donc encore jeune), personne n’est à l’abri d’une rencontre avec l’hiver, même au printemps. Jusqu’ici, 2025 m’amène sur un sentier peu familier pour moi. Le changement — même s’il est bon — amène son lot de désagréments dont on aimerait bien se passer; mais ainsi viennent les apprentissages de la vie qu’il nous faut surmonter. De plus, ceux-ci arrivent généralement au moment le plus inopportun, où on s’y attendait le moins; comme de la neige en avril. Pour moi ça aura été le départ soudain de gens de mon âge et d’autres plus jeunes… beaucoup plus jeunes (reposez en paix). Je ne me fais pas encore à l’idée d’une révérence soudaine de mes aînés octogénaires et encore moins de la possibilité de ma propre funeste infortune. Toutefois, j’avoue que je n’avais jamais considéré à quel point la vie pouvait être injuste, à quel point le mérite et l’existence n’allaient pas nécessairement de pair, voire pas du tout. Je sais que la mort fait partie de la vie, mais c’est difficile de dire au revoir. J’aimerais vivre dans un monde où on ne doit pas dire adieu pour toujours à celles et ceux qu’on aime. 

Finalement - Metropole films - Barbara Pravi et Kad Merad - La vie est mortelle
Barbara (Barbara Pravi) et Lino (Kad Merad) | Crédit Metropole films

Claude Lelouch, avec son dernier film, Finalement, saisit avec justesse ces sensations et ces émotions de la vie qui nous rendent fous. Pour la cause, il y a même cette chanson intitulée La folie des sentiments dont la thématique explore l’incohérence d’une vie humaine partagée entre les pulsions et la raison auxquelles nous tentons, peut-être vainement, de trouver un sens profond. Ce n’est pas pour rien que la fille de Lino Massaro, protagoniste dont le rôle est tenu par Kad Merad, est interprétée par nulle autre que la chanteuse française Barbara Pravi. Cette chanson thème se découvre progressivement jusqu’à la fin du film (et même après) offrant un support à la fois lyrique et émotionnel sur ce qui se déroule à l’écran.

La trame narrative un peu décousue — entièrement volontaire de la part du réalisateur — nous force à mettre les chaussures inconfortables de personnages à qui, malgré la mauvaise aura qui les entoure, on ne souhaite finalement que du bien. Lino Massaro est tantôt un prêtre soupçonné d’avoir utilisé son pouvoir pour avoir des relations sexuelles avec d’autres fidèles, puis un homme accusé d’avoir assassiné son amante et sa fille, pour terminer avec un avocat qui se fait un devoir de prendre la place de ses clients pour mieux les comprendre. Tiraillé entre des moments de lucidités totales et des hallucinations si réelles qu’il y prend part, le protagoniste ère en quête de sens à son passage sur cette Terre; d’où vient-il, où va-t-il, même lui n’en est plus certain. 

Ainsi va la vie

Mais ne vous méprenez pas à mon introduction maussade, voire presque glauque, ce long métrage de Monsieur Lelouch sait tout de même vous garder le sourire aux lèvres en permanence. L’impression que m’a laissé Finalement est en concomitance avec la dernière phrase du protagoniste alors qu’il chante « Vaut mieux avoir des ennuis que de s’ennuyer ». Certains moments sont d’une imprévisibilité stupéfiante, car ils restent malgré tout pertinents dans la suite des évènements. Une rencontre avec Jésus et ses apôtres, puis Dieu lui-même, sans oublier cette petite femme symbolisant entre autres les vies possibles, les pulsions et les répressions qui ne furent jamais réellement parties de son existence.

Finalement - Ainsi va la vie

Finalement s’affiche clairement comme une synthèse du cinéma de Claude Lelouch, en bouclant en quelque sorte La Bonne Année et L’aventure c’est l’aventure. Ainsi, Lino, joué par Kad Merad, est le fils de Lino Ventura dans La Bonne Année et le personnage de Sandrine Bonnaire est la fille de Nicole Courcel, leader du syndicat des prostituées dans L’aventure c’est l’aventure. Par ailleurs, le long-métrage renvoie à Itinéraire d’un enfant gâté et rappelle L’amour c’est mieux que la vie. C’est de toute évidence une œuvre à ne pas manquer si l’on à envie de faire un voyage introspectif, peut-être même psychanalytique, autant pour les néophytes que les amateurs invétérés de la filmographie de Claude Lelouch. 

J’y perçois aussi une touche d’autofiction; cette sensation de réflexivité volontaire de la part de la réalisation à nous signaler que Finalement est également une œuvre personnelle. Figurant comme son 51e long-métrage et offrant une sorte de synthèse de son travail jusqu’ici, cela ne signifie pas que Lelouch ferme la porte à un possible 52e, mais simplement qu’il souhaite faire un remerciement solennel à celles et ceux qui l’ont accompagné et les autres grincheux dont il préfère se détacher.

Joyeux comme un Big Band

« Le temps érode tout; tout devient vieux à force de temps et est oublié par son passage », ainsi disait Aristote (en tout cas, écrivait). La nostalgie est à mon avis cette douce constatation qui nous gagne au fur et à mesure que le temps file et qu’à notre tour nous commençons à nous sentir devenir des vestiges de poussière; poussière à laquelle, nous aussi, devrons inévitablement retourner. Si la vie n’était pas parfois si belle, il ne nous ferait sans doute pas aussi mal de la quitter, n’est-ce pas? Dans tous les cas, cela reste ce que moi je ressens et ma subjectivité ne devrait en aucun cas soudoyer la vôtre (même si elle ne le peut pas vraiment), mais je crois que même si certains de nos passages musicaux sont larmoyants et émouvants, on ne se débarrasse pas de son … iPod? … pour autant que je sache.

Finalement - Elsa Zylberstein - Joyeux comme un Big bang
Léa (Elsa Zylberstein) et Barbara

Cette fougue presque naïve dans les œuvres de Lelouch — avec son style déambulatoire et épisodique — rappelle légèrement celle de Jacques Tati. On commence en parlant de la fin du monde de manière humoristique, puis on traverse la France (même les endroits les plus reculés) sans trop se soucier — tout comme le personnage de Lino — à savoir où on va. La farce est ironique par sa simplicité; c’est-à-dire que nous sommes tous condamnés, peu importe le chemin, à la même destination. Ce n’est pas pour autant que nous nous empêchons de vivre notre vie de façon unique, et ce, pour tout un chacun.

Rien ne peut se soustraire à l’unicité de nos existences respectives. Bien sûr qu’elles sont — chacune à leurs manières — toutes truffées d’embûches (et je sais qu’il est cliché de dire cela), mais n’est-ce pas cela qui donne la touche d’épice particulière à notre venue ici? Mon petit truc à moi? Je dirais, vous vous souvenez du personnage d’Andy dans Shawshank Redemption, alors qu’on lui demande comment a-t-il pu survivre deux semaines au trou sans difficulté. Il y a certaines choses que l’on possède que l’on ne peut nous enlever. C’est dans cet esprit que je laisse mon âme être guidée par cette innocente bonté, ce goût à la jovialité, en gardant les épaules légères pour consoler. 

Une pensée pour ces ménestrels de jadis qui furent probablement les premiers instigateurs des moments « High School Musical ». Iels débarquaient comme ça à l’improviste. J’aime m’imaginer que la foule avait l’habitude de s’y mêler pour chanter et danser.

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
Finalement
Durée
127 minutes
Année
2024
Pays
France
Réalisateur
Claude Lelouch
Scénario
Claude Lelouch
Note
9.5 /10

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Fiche technique

Titre original
Finalement
Durée
127 minutes
Année
2024
Pays
France
Réalisateur
Claude Lelouch
Scénario
Claude Lelouch
Note
9.5 /10

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