« C’est le type de détails qui ment pas. »
Stéphanie (Sophie Nélisse), une jeune ostéopathe réservée, infiltre une mystérieuse start-up afin de prouver que la vidéo qui a détruit la carrière politique de sa mère est en réalité un hyper trucage indétectable.
Lundi 17 mars, je me suis levé avec cette — maintenant plus commune, mais toujours aussi trépidante — sensation d’aller dans les studios de Radio-Canada afin de me mêler aux merveilleux habitués et aux tant appréciés nouveaux visages qui virevoltent et gravitent là-bas. Une nouvelle minisérie de 6 épisodes voit le jour et on s’attroupait en grand nombre pour un lundi matin pluvieux. Il faut dire que c’est tout un éventail d’artistes qui s’offrent à nous dont : Sophie Nélisse, Pierre Curzi, Lynda Johnson, Louis-David Morasse, Pierre-Paul Alain, Kevin Houle, Xavier Malo, Stéphane Jacques, Ève Lemieux, Younes Bouab, Wiam Mokhtari, Frédéric Gilles, Dave Dimak, Jade Hassouné, Shadi Janho, David Noël, Anas Hassouna, Geneviève Rochette, Carmen Ferlan, Boumalki Mehdi et plusieurs autres. Écrite par Annie Piérard, Bernard Dansereau et Étienne Piérard-Dansereau, L’indétectable est réalisée par Stéphane Lapointe et produite par Sylvie Gaudreault et Josée Vallée pour Sphère Média Inc.
Si Shyamalan avait fait The Sixth Sense cette année, les fantômes seraient des IA. L’indétectable n’est pas une histoire de science-fiction et de technologie, plutôt une fiction — drame humain — où la vérité et le mensonge ont le même visage. À la place de nous parler de la possibilité d’un monde où tout est faux, on n’essaie plutôt de savoir comment l’on peut encore croire à ce qui est vrai. Le personnage de Stéphanie, interprété par Sophie Nélisse, n’a qu’elle sur qui se fier, car apparemment tout le monde doute que sa mère, interprétée par Lynda Johnson, puisse être innocente.
Peut-on réellement faire une vidéo si réaliste qu’elle pourrait tromper tout le monde sans exception? Stéphanie en doute, car elle connaît mieux que quiconque la victime et malgré les preuves accablantes qui pèsent contre cette dernière, elle ne peut tout simplement pas y croire. Aller au fond des choses et remettre en question les informations que l’on reçoit, c’est la base du journalisme, mais aussi de la raison. Il faut savoir poser un regard critique sur ce que l’on nous dit, non pas pour être un complotiste ou sombrer dans la paranoïa, mais pour permettre un réel apprentissage en s’assurant d’assimiler les bonnes notions.
Me voilà qui vante les mérites de la perspicacité humaine et pourtant l’une des choses les plus difficiles à déceler reste les sentiments profonds qu’une personne peut ressentir pour nous. L’amour, la confiance, l’empathie, le mépris se vivent à deux et quand j’y pense on est souvent très poche là-dedans. Après tout, c’est normal quand on débute dans quelque chose de ne pas être très adroit, spécialement lorsqu’on ne s’y confronte plus par la suite.
Il ne faut pas croire que l’invention de l’indétectable supercherie en est une du XXIe siècle. Au début du XXe siècle, il y avait un concept similaire qui fut mis à l’épreuve lors d’une célèbre traversée de l’Atlantique donnant un nouveau sens au terme insubmersible (invincible, incroyable, inhumain; des mots signifiants généralement l’opposé). Bien évidemment, un bateau, ça n’a rien à voir avec un programme informatique… Et pourtant, j’entrevois tant de similitudes entre le sillon laissé derrière cette nouvelle tentative à prouver la supériorité et l’immuabilité d’une nouvelle technologie. On m’a toujours dit de faire attention à ce que je voyais à la télévision (ou peu importe le média que vous préférez). Les années 90 sont assez proches pour que vous vous souveniez de l’hippo des familles, ĉu ne (en espéranto)? Sans parler de David Copperfield et ses prédécesseurs qui doivent exister depuis… Wow! Au moins 2700 avant Gee-See?!
Au 5e siècle de la même ère, le peintre Parrhasius fait une gageure avec son rival Zeuxis; celui des deux qui produirait la plus belle œuvre l’emporterait, le prix n’a pas d’importance. Le jour de leur duel artistique, les toiles sont toutes deux placées derrière des rideaux pour les cacher. Zeuxis dévoile alors des grappes de raisins, sont accomplissement est si convaincant que même les oiseaux s’y prennent à les picorer. Impressionnés, les juges ne peuvent attendre pour voir la pièce de Parrhasius qui n’ose l’entrouvrir. Zeuxis s’avance donc fièrement pour tirer le rideau. Humblement et en bon joueur, il admet – alors que ses doigts glissent sur les rideaux comme sur un canevas — que son rival était le plus doué : les rideaux étaient peints. Tous dupés par l’ingéniosité du subterfuge.
C’est ce pour quoi, lorsque la gente homo sapiens scande la fin du monde à chaque tempête de neige, j’y vois plutôt une opportunité pour notre espèce à franchir une nouvelle étape. Nous ne sommes pas encore bien loin de l’homme préhistorique, alors pourquoi semblons-nous avoir tout de même évolué si rapidement? Le pouvoir du cerveau mes amis. Nous saisissons à peine l’étendue du potentiel de notre matière grise qu’il est, à mon avis, présomptueux de notre part d’en annoncer déjà son obsolescence. En fait, j’y pressens plutôt une renaissance. Dans l’absence d’authenticité totale, les gens oseront aller à la rencontre l’un de l’autre pour déjouer l’IA — qui n’est que virtuelle — recherchant du concret dans leurs existences. Un peu à la manière de Néo dans The Matrix, nous choisirons aussi d’avaler la pilule rouge (si nous sommes tant woke maintenant). Pourquoi choisir de s’endormir au lieu de s’éveiller?
Philip K. Dick, un célèbre auteur de science-fiction, décrivait souvent ce futur dystopique où les lignes entre le vrai et le faux qu’efface notre système finiraient par apprivoiser l’humanité et la rendre docile à toute forme d’autorité. La tactique est simple quoique complexe, mais en somme il suffirait de progressivement couper l’individu de son libre arbitre et de ses instincts, bref l’absoudre de toute possibilité à exercer son propre jugement. Les moyens pour y parvenir? Source abondante d’information et complexification des tâches courantes; accessibilité facile à toutes formes de divertissements; creuser une tranchée fictive entre la classe ouvrière et l’élite; et, finalement, laisser le pouvoir décisionnel à des entités aisément manipulables (un programme informatique ou un humain pas trop-trop vite ou gentil).
Vous savez, l’être humain n’est pas un animal guidé par ses connaissances, mais par ses croyances. Pour le convaincre, on n’a pas à se ramener à des arguments logiques, il faut simplement lui faire croire que c’est possible. Il ne faut pas désespérer, 2024 marquait quand même la fin des « flats-earthers », puisqu’en décembre dernier pas moins de 48 internautes achevèrent leur expérience nommée « The Final Experiment » après un voyage en Antarctique dans le but de… Bien prouver ce que le reste du monde partage déjà comme idée; que la Terre est ronde. La preuve que le bon sens finit toujours par l’emporter (même si on sait très bien vous et moi que c’est un écran géant en dôme mis sur notre plateau terrestre par les reptiliens pour nous contrôler).
J’ai, pour ma part, beaucoup de difficultés à croire à une réelle révolution technologique grâce à l’IA. Pensez-y; croyez-vous que le système n’a pas déjà vu de pareilles inventions? Dans un monde où nos avoirs et — surtout — nos dettes sont comptabilisés sous notre identité respective, soyez assuré qu’on y a déjà pensé. Pendant que l’on s’affaire à démocratiser l’informatique dans toutes les sphères de nos vies, celle-ci est déjà désuète. Qu’arrivera-t-il lorsque créer des hyper trucages mettant en scène, des meurtres, des viols, de l’abus, des vols, etc. sera à la portée de tous? Je vous laisse réfléchir à ce sur quoi l’on devra se fier lorsque toutes les preuves audios et vidéos ne seront plus admissibles en cours pour défendre son innocence ou coincer un coupable.
Les trois premiers épisodes de L’indétectable seront sur TOU.tv à partir du 20 mars et l’autre moitié y sera la semaine suivante à compter du 27. Un grand bravo à l’écriture et à la réalisation qui révèle subtilement des bouts de l’intrigue avec une habileté et une maîtrise remarquables (et qui nous rappelle de faire nos impôts). Lesquels me demandez-vous et dans quel épisode? À vous de me le dire, cher lectorat. J’aimerais vous laisser sur une chanson de AC/DC parue en 2020 qui résume bien la période dans laquelle nous vivons. Voici donc Great Balls.
Bande-annonce
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