
Jour 8! Après avoir vu plus d’une trentaine de courts métrages, je crois avoir vu LE film du festival 2026. Je vous en parle évidemment dans ce texte-ci.
Une journée un peu plus sous le signe de la mélancolie, de la tristesse, de la vision d’une réalité dure. Mais de superbes films.
Compétition québécoise
Alex, un jeune étudiant en art, a choisi de réaliser son projet de thèse sur Beaver, une légende de la scène DIY locale. Ce qui devait être une journée de tournage amusante en compagnie du héros de leur enfance se transforme en une crise existentielle et un réveil alarmant sur le monde qui les attend après leur graduation.

Avec Hello, my name is Beaver, Trevor Blumas offre un genre de docu-fiction sur comment la réalité brise parfois les rêves.
Ce film, tourné comme s’il s’agissait d’un documentaire étudiant, montre la trop souvent dure réalité qui attend les étudiants en art une fois leur diplôme obtenu. Le fait est que parfois, on rêve de quelque chose, on fait les efforts nécessaires pour atteindre ce rêve, puis… La réalité se charge d’anéantir nos espoirs.
C’est un peu ce que raconte ce film, en mélangeant les genres afin que le spectateur ne soit plus trop certain de ce à quoi il assiste. Dans un monde où l’argent est plus que jamais la seule valeur qui semble avoir de l’importance, que reste-t-il de l’art? Que deviennent les gens qui essaient de faire du beau, de ceux qui tentent de faire vivre des émotions aux publics, de ceux qui cherchent à ouvrir les consciences?
Trevor Blumas frappe dans le mille avec ce court métrage qui laisse un goût amer dans la bouche des artistes qui le regardent.
D’une étrange intemporalité, cette fable nous plonge dans le quotidien d’un enfant fasciné par les rayons insaisissables du Soleil qui rythme la vie sur les terres atypiques d’Himalia.

Avec Himalia, Juliette Lossky et Clara Milo proposent une œuvre transcendantale qui amène à méditer sur la place de l’humain et sur le futur qui nous attend.
Quelque part entre utopie et dystopie, ce film tourné en espéranto, dans un paysage de campagne, cette œuvre se vit plus qu’elle se regarde ou s’écoute. On se laisse transporter par ce garçon et sa mère dans un monde où le soleil tient une place encore plus importante pour la vie.
Les réalisatrices ne situent pas l’histoire dans un lieu précis, alors qu’on a des paysages terrestres, mais plusieurs lunes. Étrangement, plutôt que de chercher à comprendre où on est ou comment fonctionne ce monde, on se retrouve simplement à espérer que le garçon pourra arriver à capter les rayons du soleil pour aider… Aider qui ou quoi, on ne sait pas trop. Et c’est probablement ça qui est le plus beau.
Ce genre d’œuvre est malheureusement très rare au Québec. Mais aujourd’hui vous avez l’occasion d’en voir une qui est très réussie.
Henri Painchaud est un fier Madelinot de Havre-Aubert, amoureux d’histoire et d’encyclopédies qui s’est promis dès l’enfance qu’un jour il fabriquerait un trébuchet, une arme de guerre médiévale.

Avec Le patenteux, Maude Petel-Légaré propose un court documentaire sur un homme qui réalise ses rêves plutôt que de simplement en parler.
Réaliser un portrait est une tâche ardue. Souvent les réalisateurs se retrouvent à faire soit un film beaucoup trop long où on finit par écouter les gens raconter de trop nombreuses histoires, soient, ils font quelque chose de trop court qui ne va pas assez en profondeur. Ici, malgré qu’il ne fasse que 7 minutes, le film présente bien son personnage.
On fait la rencontre d’Henri, un homme fascinant. Il n’a rien de particulièrement spécial, cet homme. Mais il a une façon de voir les choses qui lui permet de se distinguer des autres : lorsqu’il a un rêve, il agit pour pouvoir le réaliser plutôt que de juste se dire que ce serait donc bien le fun si ça arrivait.
Le film est tout simple. La réalisatrice suit Henri sur son terrain, où il lui parle de ses idées et de ses inventions. Puis, on finit par voir son œuvre principale. Petit détail… Il aurait tout de même été intéressant de voir son trébuchet en action. Ça aurait bien culminé le récit.
Mais ça reste tout de même un bon film.
Quelques explosions résonnent au loin, rien d’alarmant. Le temps s’arrête, permettant à trois silhouettes de trouver refuge dans leurs songes lumineux. Le soleil se couchera bientôt, les emportant avec lui.

Avec Rituels sous un ciel écarlate, Dominique Chila et Samer Najari offrent une œuvre coup-de-poing sur l’espoir, la guerre et les vies brisées.
Les réalisateurs créent une image dans laquelle la ville est en couleur et les personnes ne sont que des silhouettes, créant ainsi une forme d’anonymat. Ces gens, ce sont n’importe qui qui vit dans une région en guerre. On peut certainement penser à Gaza en voyant ce film, mais ça peut aussi être n’importe quel autre pays arabe qui survit sous les bombes.
Ici, un tireur perché sur un toit d’immeuble s’ennuie en attendant sa prochaine victime. Une mère de famille enregistre une vidéo pour une audition à un concours de chant télévisé. Une jeune fille transporte des bidons d’eau et doit traverser une zone dangereuse avant la tombée de la nuit. Quelques explosions résonnent au loin, rien d’alarmant. Le temps s’arrête, permettant aux trois silhouettes de trouver refuge dans leurs songes lumineux.
Rituels sous un ciel écarlate fait le récit d’un quotidien où l’espoir survit malgré la tragédie qui tente de l’engouffrer. Mais il laisse aussi entrevoir que l’espoir, dans ce genre de situation, ne mène souvent nulle part.
On pourrait croire que ces personnes sans visage (ou presque) créeraient une distanciation chez le spectateur, mais au contraire, ça rend ces personnages encore plus faciles à s’approprier. Le résultat est frappant, touchant et un peu décourageant.
La question : comment peut-on encore accepter ce genre de guerre où des milliers de civiles innocents sont tués chaque année?
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